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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 11:08

s640x480.jpgUne jeune fille de 18 ans- appelons la Juliette-jolie, vive, passionnée, rousse aux longues boucles divaguant sur ses épaules en cascade, fait un rêve qui l'étonne et la marque. Dans un premier temps, cependant, elle le garde pour elle même, consciente qu'il recèle une part précieuse d'elle même. Elle me le relate vingt cinq ans plus tard, alors qu'elle est devenue une femme installée dans la vie, une collègue, psychologue.
"Le rêve se passe à Venise. La rêveuse voit la place Saint Marc recouverte d'eau-seulement quelques centimètres, comme une toute petite acqua alta. Au travers de l'eau, elle aperçoit, sur toute l'étendu de la place, des coquillages par centaine. Dans un coin, une placette qui dans le rêve porte un nom, "la carré d'Oscar Wilde". Une jeune fille y est allongée sur le dos, son corps apparaissant entres cinq centimètres d'eau. "C'est très beau, dit-elle, tout y est beau, la lumière, Venise, l'eau...Dans la rêve on comprend ce qui lui est arrivé. Elle est morte car son sexe à été bouché par un coquillage." Elle ajoute qu'il se dégage du tableau un sentiment de compréhension, presque de révélation, comme si une énigme venait d'être résolue." Elle a gardé ce rêve en mémoire. Il a pris pour elle le nom de "Rêve d'Oscar Wilde". En bavardant avec elle, elle m'apprend qu'il lui arrivait de passer des vacances d'hiver à Venise, visitant les musées, courant les concerts, et se promenant à travers la ville. En écoutant ce rêve une image s'impose devant mes yeux la naissance de Vénus, le célèbre tableau de Botticelli. Juliette connait le tableau bien sûr! La plus belle femme du siècle, Simonetta Vespucci, servit de modèle, pour représenter Vénus nue, incarnant la grâce et la sexualité féminine. La cascade de cheveux roux rappelle les ondulations des vagues, soulignant d'un même trait son origine aquatique et son tempérament de feu. La déesse se tient debout sur un coquillage, une coquille Saint Jacques, flottant à la surface de l'eau. Prés d'elle, Zéphyr et Aura, le dieu des vents et son épouse, soufflent tous deux, poussant l'équipage vers la terre. Le vent imprime un mouvement à la chevelure d'Aphrodite. On la devine un peu troublée par la fraicheur. C'est ainsi qu'on peut interpréter le mouvement de sa main droite dont elle se couvre nonchalamment les seins et la main gauche qui ramène une mèche de sa très longue chevelure sur son sexe. Du ciel tombe doucement les roses, fleurs d'Aphrodite, ses jumelles, nées d'une même mouvement qui la fît éclore.
Le point saillant, l'accent du rêve est le coquillage obstruant le sexe de la jeune fille, tout comme celui du tableau...Sans recouvrir a des interprétations exotériques ou psychanalytiques, les commentateurs du tableaux s'accordent en général à voir dans la coquille Saint Jacques un sexe féminin. Vénus-Aphrodite, chez les Grecs est née d’après Hésiode de la castration d'Ouranos par son fils Kronos. Des gouttes de sang retombent sur terre dont nées les Erinyes, divinités de la vengeance, qui veillent à ce que le sang versé ne demeure pas impuni. Après l'avoir tranché, Kronos jeta le sexe de son pére au loin, au milieu de la mer. Il retomba au cap Drepanon, au nord est de la Sicile, au pied du mont Eryx. Mais un sexe de Dieu ne perd pas sa puissance de fait de l'avoir coupé. De la semence d'Ouranos, mélangé à l'écume des vague naitra Aphrodite, déesse du désir sexuel. C'est bien l'ensemble de cette légende que condense ce tableau. La sexualité est évoquée par la nudité, les mouvements lascifs de la déesses, la coque géante,, l'étrange naissance est rappelé par le milieu aquatique. La castration du Titan est pudiquement représenté par la chute des rose, qui sont comme autant de gouttes de sangs. La jeune fille qui fît ce rêve réassemble les éléments du tableau en un nouvel agencement. Le coquillage d'où surgit la naissance de Vénus du tableau, représentant son sexe ouvert, vient ici obstruer le sexe de la jeune fille. La naissance cataclysmique du mythe grec devient dans le rêve une belle mort en un écrin d'eau cristalline. Les roses comme autant de gouttes de sangs deviennent ces coquillages répandus par centaine sur la dalle de la place Saint Marc. Une première lecture du rêve, le long du tableau, indique que la naissance d'Aphrodite qui pourrait être résumé par la phrase "et le désir sexuel déferla sur le monde" est ici inversé. Le rêve a décidé de la contredire. On peut étouffer le désir, obstruer le sexe de la femme, le conditionner à la beauté. Car la beauté est présente partout dans ce rêve, dans l'évocation de la ville de Venise, dans le scintillement de la place Saint Marc recouverte d'une pellicule d'eau, dans la sensation que laisse le rêve au réveil. D'où j'en conclu que le concept du rêve est une sorte de promesse que se fît cette jeune fille à l'époque. Celle de s'ouvrir qu'à condition de la beauté. Le carré d'Oscar Wilde n'existe pas à Venise. Mais l'écrivain anglais était aussi passionnée de culture grecque, de sa beauté. Son célèbre roman Le portrait de Dorian Gray, met en scène un jeune homme dont la beauté saisissante est est préservé malgré sa vie de débauche. Les marques du temps et les flétrissures de ses actions s'inscrivent dans la toile du tableau, épargnant le héros qui conserva sa beauté d'adolescent jusqu'aux dernières pages. Les rêves d'Oscar Wilde constituent des désisions. Ce sont des noyaux de philosophie personnelle. Leurs actions ne résume pas au lendemain, elle perdure aussi longtemps qu'un autre rêve n'est venu lui succéder, comme guide. Ils restent inscrit dans la mémoire des personnes qui peuvent évoquer sans difficultés. Una caractéristique de ce rêve est d’être figé comme le tableau. Ils ressemblent aux visions des voyants, sorte de tableaux immobiles aux milles détails, sur lequel il leur sera loisible de revenir lorsqu'ils auront des questions sur leurs voyances. Si juliette avait relaté ce rêve le lendemain, l'interprétation aurait pu être "Vous attendrez longtemps avant de vous marier, jusqu’à désir et vérité s'assemblent en une même personne." Mais reste une question, pourquoi Juliette se rappelle t'elle toujours de ce rêve, le seul, d’après elle, à être resté intact en sa mémoire. C'est que la désision prise à l'époque du rêve, au temps des balades dans Venise est toujours valable aujourd'hui, vingt-cinq ans plus tard, aucune nouvelle philosophie n'étant venue remplacer la première.
Extrait de la nouvelle Interprétation des rêves de Tobie Nathan

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