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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 13:30
Marouissia l'autre côté, extrait 2

*

Sheila se tourne et se retourne dans son lit. Elle décide d’aller explorer le dernier étage de l’établissement, plus précisément l’aile Est  qui est l’abandon, c’est l’ancien dortoir. C’est une zone interdit aux élèves, comme beaucoup d’endroit ici, beaucoup de portes sont fermés à clef et referment leurs secrets.  Elle attend que le gardien de nuit passe pour s’éclipser, elle guette la lumière de son lampion qui passe sous la porte de sa chambre. Elle entend le souffle haletant du berger allemand d’Hector. Ce vieux chien bave partout ! Hector à de longs cheveux noirs grisonnants, une barbe noire, des yeux noirs en amande, assez malicieux sous des sourcils broussailleux, il est grand et large d’épaule. Parfois il lui arrive d’ouvrir certaines portes, et balayer du regard la chambre. Sheila sait qu’il est là, fait semblant de dormir et sent parfois la truffe du chien contre sa nuque. Elle a horreur de cela. L’odeur de chien mouillé reste imprégnée dans son oreiller, dans ses cheveux. Elle adore les animaux mais l’on dit : tel chien, tel maître ! Elle ne peut pas aimer ce clébard aussi malsain que son maître. Hector lui tire sur la laisse pour le ramener à lui, en chuchotant : Brutus, ici, tu va la réveiller ! Et ils sortent. Mais une fois il est resté de longues minutes à la regarder dormir. Depuis Sheila à peur d’Hector. Ce gardien de nuit semble tarée !  Depuis Sheila cache les choses trop intimes hors de vue, tout comme sa correspondance entre Tatiana et elle. Où son journal intime. Si elle laisse son journal intime sur sa table de chevet, il pourrait la lire dans son sommeil. Pour les grands, l’extension des feux est à 22h et 23h lorsqu’il n’y a pas école le lendemain. Mais Sheila avec une lampe de poche parviens à lire ou à écrire caché sous sa couverture. La lumière ne passe pas sous la porte et Hector ne s’en aperçoit pas. Quand il passe tout prés et colle son oreille contre sa porte, elle éteint toute suite sa lampe de poche. Elle fait toujours attention lorsqu’elle a finit de lire, elle cache sa lampe de poche. Il lui confisquerait ! Hector sait bien qu’elle est utile pour lire en cachette après le couvre feu ou pire partir faire une escapade nocturne ! Elle serait fortement sanctionnée s’il la découvrait dans ses affaires. 

Elle entend Hector monter les escaliers alors elle éteint sa lampe, la cache hors de vue sous ses couvertures, et fait semblant de dormir.  

Elle entend le loquet de la porte tourner sur lui-même. La porte grince. La lumière mouvante du lampion éparpille plus d’ombres qu’il illumine. Sheila n’ose même plus respirer. Hector balaye du regard la chambre et son œil se pose sur elle, il la fixe. Sheila ne pense qu’à fermer ses paupières et ne surtout pas les ouvrir ! Ne surtout pas papillonner des yeux ! Elle sent la nuque froide du chien contre son cou. Il lèche son oreille gauche et ça la chatouille mais il ne faut surtout pas rire ! Elle avale sa salive discrètement. La grande ombre d’Hector au-dessus du lit la glace. Il s’approche. Elle étouffe sa respiration. Le balancement de la lumière l’aveugle sous ses paupières. Sheila sent les gros doigts moites d’Hector effleurer sa chevelure, puis elle sent  sa chainette froide glisser sur son cou. Sheila croit devenir bleutée tellement c’est effrayant ! Mais très vite elle comprend que c’est le médaillon qui l’intéresse. Elle entend le petit clic de l’ouverture. Un Ô s’échappe de sa bouche. Il regarde le portrait. Après une longue contemplation, il referme le médaillon et le pose entre sa poitrine. Son cœur bat si vite. Hector s’en aperçoit, alors il chuchote :

-Ca va p’tite ?  

Comme Sheila ne répond pas, il croit qu’elle dort et il s’en va lentement, d’un pas lourd. La lourde chaine de son chien évoque le chant d’un carillon moins subtil que les autres. Un tintement venu des enfers.  Même lorsqu’il ferme la porte Sheila n’ose bouger, ni même respirer. Son cœur cogne trop fort en elle. Elle sent qu’il est là derrière la porte. Brutus assoiffée tire la langue, et halète.  Hector se questionne au sujet du médaillon, il sait peut-être quelque chose. C’est pour ça qu’il reste immobile derrière cette porte. Une chose n’est pas tout à fait refermée. 

Sheila ne sait pas si elle aura le courage de faire cette escapade nocturne après une telle émotion. Hector connait-il ce médaillon ? Où il l’a regardé par simple curiosité ? Il a semblé ému. Ce qui est étonnant pour un brut comme lui, armoire à glace. Elle a déjà vu Hector fessé des gamins de ses grosses mains jusqu’au sang et hurler comme un troll. Alors cette voix douce et grave pour lui demander « Ca va p’tite ? » la déroute.  

Sheila comme une ombre silencieuse traverse le couloir, passe d’arcane en arcane, de voute en voute, de porte en porte et de symbole en symbole. Sur chaque clef de voute est sculpté un personnage ou un animal mythologique. Licorne, dragon, fée, sirène, vouivre…Sheila effleure le mur et se cache de pilier en pilier. Elle guette si la petite lumière d’Hector surgit au loin. Rien à l’horizon, son faisceau de lumière bascule sur la fée Mélusine, la prochaine clef de voute. Mais quelle voix elle ouvre ? Si son chant était un chemin. La petite lumière s’allume au loin et s’approche si vite comme l’étoile tombe du ciel. Avec ce bruit de lourdes chaines comme un Troll prisonnier à la cheville d’un boulet. Sheila panique un peu. Pas le temps de s’enfuir. Elle reste cachée contre le pilier et dans son ombre. Les lourds pas d’Hector claquent sur les dalles. Hector passe sous Mélusine, Sheila retient son souffle. Brutus incline légèrement la gueule en arrière et la regarde furtivement de son regard rouge. Ses canines blanches sont phosphorées dans la nuit. La bête fait comme si elle ne l’avait pas vu. Brutus se contente de ralentir un peu son allure alors son maître tire sur la chaîne. Hector ne semble jamais regarder en arrière. Il fait confiance au flair infaillible de son chien et en sa fidélité. Si Hector savait qu’il a manqué à son devoir et l’a trahie. Pour les beaux yeux d’une adolescente. Pour la protéger. Sheila pense que ce clébard est plus gentil et intelligent qu’il en a l’air.
Sheila se glisse sans un bruit de l’autre côté du pilier. Elle passe par le côté étroit du mur comme une feuille de papier. Elle guette la lumière d’Hector jusqu'à temps qu’elle disparaisse. Elle est redevenue un point. Etoile lointaine. Comme un mauvais présage qui s’éteint. La jeune fille s’échappe sans bruit jusqu’à la cage d’escalier.
Elle monte au dernier étage où le croisement des couloirs forme l’étoile de David. Elle empreinte celui le plus à l’est. Passe d’arcane en arcane. De symbole en symbole. Retrouve la fée mélusine à la dernière voute. La porte en bois est peinte en bleu ciel. Elle tourne le loquet mais comme elle s’y attendait c’est fermé à clef. Sur le seuil elle lit une inscription gravée dans la pierre.


« 1930/1965 dortoir des filles.
La clef n’est pas forcement celle que l’on pense. »


La jeune fille observe son reflet dans la cime des arbres. Un train qui passe fait vibrer les vitraux bleutés ainsi que les murs. Sheila voit la colombe, dans son nid, derrière les vitraux où un ange est représenté. Sheila l’ouvre, la colombe s’envole. Des petites plumes du duvet sont éparpillées sur trois petits œufs. Sheila remarque un papyrus enroulé glisser entres les œufs. Elle le tire délicatement a elle de ses doigts fins. Les œufs sont tout chauds. Elle défait le lacet bleu du papier. Et déchiffre le message

« Aligné sous la clef de voute, invoquez Mélusine.

Mélusine, O fée ouvre moi l’aile Est,

Où le soleil s’est levé,

Où tu as érigé tes premières pierres,

Ouvre-moi ton passé,

Ouvre-moi ta source, aux milles diamants,

Je l’avais oublié, car le soleil se couche à l’ouest,

A l’aile ouest tu as assemblé la dernière pierre,

De ce collège enchanté. Et la nuit est tombée.

Je suis de l’autre côté. Sous l’aile ouest de l’oiseau.

Mais le passé n’est qu’un miroir à franchir,

Et la Russie aussi,

Car la maison s’est dédoublée dans ton bain,

A la source d’ici et celle d’ailleurs.

Apprend à tes élèves l’art et la magie,

O Mélusine,

Accueille dans ton antre, les âmes nobles,

Qui ne s’effraient point de ta queue,

Et que leurs mains l’effleurent,

Initie les adolescents à ta magie

Et aux joies de l’amour qui ouvre des portes,

Autant de clefs tournées dans une serrure,

De déclics, qui élève l’âme du corps. »

Sheila  qui découvre l’invocation est un peu troublée par la sensualité du message. Elle a peur. Comme elle a eu peur lorsque Hector a effleuré ses cheveux. Elle était tétanisée. Elle a cru qu’il voulait la toucher. Hors c’est le médaillon qui l’a intrigué.

-Je ne suis qu’une enfant ! Dit-elle à voix haute.

Elle frisonne de peur lorsqu’elle entend un rire de cristal en un écho. Néanmoins Sheila sous la clef de voute lit l’invocation a voix haute avec foi et détermination. Mais elle rougit vers la fin de la prière et l’a dit plus timidement. Les yeux au ciel elle s’adresse à Mélusine. Des ondes comme un voile invisible s’ajuste à son crane, elle ressent une douce chaleur l’entourer et entrer en elle. Elle est parcourue de légers frissons un peu comme lorsqu’elle écoute une musique qui l’a fait vibrer. Mais c’est un peu différent. Comme touchée par la grâce. L’expression prend tout son sens. Comme par magie une petite clef en or tombe a ses pieds. Sheila se réjouit, la ramasse et ouvre la porte qui grince sinistrement et tousse de la poussière.     

Le dortoir est une chambre étroite et profonde, le plafond en bois strié de grosses poutres  comme une arche inversée. Les lattes en bois qui partent dans le sens de la longueur accentuent l’étirement pour ne pas dire le vertige. Les miroirs au fond de la salle dédoublent à l’infinie le dortoir. Les miroirs dans les miroirs grandissent l’espace. Ils reflètent les lits alignés en fer forgés, ainsi que les épais rideaux bleus cyans. Sheila est surprise de découvrir qu’ici dorment des enfants. D’où viennent-ils ? Au pied du premier lit Seilla découvre une fillette endormie sous un filet de lune. Elle a de longs cheveux blonds et de longs cils, son tien est diaphane. Elle porte une chemise de nuit blanche comme on en fait plus. Son drap et sa couverture sont remontés un peu en dessous des épaules. Elle semble dormir paisiblement. Sheila balaye son regard sur la rangée de lit. Toutes les petites filles se ressemblent. Et portent les mêmes chemises de nuit. Comme des poupées. Bien sûrs toutes ont des coiffures différentes. Lisses, ondulé ou même bouclé. Du blond bébé au noir ébène. Certaines dorment sur le côté. Elle est ont toutes le tien claire et toutes sont frêles. Il n’y a qu’une seule petite fille noire aux cheveux d’encre. Tous les lits sont alignés sur le côté gauche derrière les épais rideaux qui cache la forêt. Mais sur le côté droit un rideau entoure un lit. Celui d’un surveillant. La chandelle rayonne comme une étoile derrière l’épais rideau bleu ciel.  Tout est ombre chinoise. Un O insonore sort de la bouche de Sheila car elle reconnait la silhouette de Madeleine qui tourne les pages d’un livre. Assit dans son lit, calé par de gros oreillers de plumes. Derrière l’ombre chinoise des barreaux raffinés du lit elle semble prisonnière. Comme dans une cage à Oiseaux. C’est presque esthétique avec l’ombre de Jésus sur sa croix. Sheila n’ose plus respirer, marche à pas de loup et se fond dans les ombres. Elle songe à se cacher sous un lit. Mais les nombreuses toiles d’araignées la découragent. Elle est si fine que son ombre chinoise prolonge chaque ombre de barreau vertical. Et lorsqu’elle incline son corps sur le côté gauche son ombre part à l’horizontal et se rétrécie. Elle s’ajute pour se fondre dans le barreau horizontal des lits. Ainsi Madeleine ne peut plus la deviner. Elle n’ajoute aucune ombre suspecte, elle se confond à celles familières. Sheila constate qu’aucune enfant ne dort dans le lit numéro sept.  Il est bien fait. Au carré comme à l’armé. Et sur la table de chevet il y a un bouquet de chrysanthèmes jaunes. Enfin la chandelle de Madeleine s’éteint. Un filet de fumé fin comme un feu follet monte aux étoiles. Sheila décide de rester tapis dans l’ombre, le temps que la gardienne de la nuit s’endorme. Sheila a des fourmis dans les jambes et commence à s’impatienter. Le bois a tendance à la trahir en grinçant légèrement sous ses pas.  Après de longues minutes elle entend le léger ronflement de la surveillante.  Ainsi l’adolescente est sûre qu’elle dort. Sheilla de sa paume de main caresse les chrysanthèmes. La pensionnaire serait-elle morte ? Elle ouvre la sobre armoire en bois blanc numéro 7. Elle y trouve une robe noire à col blanc suspendue et aligné juste en dessous, les ballerines noires et rouges. Tel un personnage sans corps. En déplaçant les tringles elle découvre le même modèle de robe au col blanc mais avec des colories différents tel le bleu ciel, le gris souris. Mais il y a aussi une jupe rouge a carreaux style écossaise. Et une salopette en jean assemblé avec un t-shirt noire à manche longue. Et une robe portefeuille un peu plus coquette que les autres. Noire à fleurs blanches et roses. Des chaussures rouges à talons aligné dessous comme quelqu’un sans visage, sans corps. Seila remarque que les vêtements de cette jeune fille sont à sa taille. Et en mettant sur le côté les habits Sheila découvre une petite boite rose à fleur doré. Plutôt un petit coffre avec une petite serrure en forme de fée. Mais où est la clef ? A côté de la pair de ballerine elle y découvre un sac noir en bandoulière. La clef est peut-être là. Elle le soulève et découvre une paire de tennis-blanches à rayure rouges. Sur l’étagère du haut, des pulls sont plier et à côté une autre pille de vêtements deux chemises de nuits blanches sous des maillots de corps blancs. Et sur la troisième pille du côté gauche il y a des culottes blanches en coton. Sauf une. Sous une culotte noire a nœud mauve elle y découvre l’eau de toilette Maroussia de Slava Zaïtsez. Le flacon n’est pas dans sa boite. Il est semblable à celui que lui a offert Tatiana sauf que le flacon est d’un format plus discret. Presque miniature. Les jeunes filles des années soixante avait-elle le droit d’avoir de beaux sous-vêtements, des parfums, d’autres robes que les uniformes d’écolière, et des chaussures à talons ou des jeans et des basquets qui donne un air rebelle et négligée ? Sheila regarde à présent dans le tiroir de la table de chevet et y trouve une photo dans un cadre. Sheila dirige l’image sous le filet de lune qui passe par la faille du rideau. Elle reconnait le visage de Tatiana sa correspondante à côté d’une jeune fille qui lui ressemble bien. Tatiana a un ruban dans ses cheveux. Les deux jeunes filles en noir et blanc semblent complices. Sa main qui tien le petit cadre sans quelque chose derrière. Comme un bout de scotch sur une petite chose. En bougeant le cadre elle entend un tintement léger à l’intérieur. Elle le retourne. Retire le scotch de la fine paroi en bois aggloméré qui s’épare la photo du verre. Il y un trou rond. Elle devine les deux visages en transparences. Elle jette un œil dans le trou. Et y voit une petite clef en or en forme de libellule.  Se dit qu’elle s’était certainement collée au sotch mais en bougeant le cadre elle est tombée. Sheila la prend. Et tente aussitôt d’ouvrir ce petit coffre. D’un clic puis d’un autre la boite s’ouvre. Elle y découvre des patins à glace sur un châle en soie bleue et en soulevant légèrement les patins et le châle, elle aperçoit des lettres, ainsi qu’un carnet qui ressemble à un journal intime. Mais Sheila ne veut pas s’attarder ici, c’est trop risqué et décide d’emporter la boite. Ainsi que le sac ou elle y glisse la photo parmi des cahiers et de vieux livres. Sheila referme tout doucement l’armoire sans un bruit. Et à pas de loup se dirige vers une porte au fond du dortoir. Une porte ovale dans le miroir avec un loquet noire. Une tapisserie recouvre une fenêtre. C’est une fée blonde dans les bois avec une biche. La pièce ressemble à une tour de château avec sa cheminée et sa clef de voute. Des poupées et des ours sont assis dans des petites chaises en osier autour d’une table basse et semblent prendre le thé. Des roses rouges sont les motifs de la théière et des tasses en porcelaines. Derrière le lapin blanc en peluche il y a un petit tableau noir pour enfant. A gauche de la poupée blonde à la robe rose fuchsia il y a une petite table en bois d’écolier, des crayons de couleur éparpillés dessus le dessin d’un bonhomme biscornue. Et juste à côté une bibliothèque avec des livres d’enfant. Dont le club des cinq de la bibliothèque rose.  Des livres de Jules Vernes. Mais aussi des boites de jeux comme les petits chevaux. Les dominos. Où les jeux des sept familles. Sheila sort de la petite salle de jeu et se retrouve dans la cage d’escalier. La porte se referme toute seule derrière elle. Elle se retourne et tente de l’ouvrir. Elle est fermée à clef. Sheila descend un escalier en bois, des rayons lunaires perce le vitrail doré de la porte en bois. Elle tourne le loquet blanc de la porte. Elle est sous une verrière et au seuil d’un abrupt escalier de fer. C’est le jardin d’hivers où Sheila et ses camarades sont venus étudiés les plantes, les papillons et le sexe des escargots avec la professeure de science naturelle. Le rose des fleurs en forme de trompettes semblent déteindre sur le ciel. Le jour se lève. La lune semble fêlée sous le verre. Elle est translucide. Fine comme une crêpe. Et elle illumine en transparence les fines veines des feuillages. Sheila en descendant l’escalier de fer, écrase une limace en posant son pied sur la terre. Elle s’assoit sur l’un des bancs de ce jardin à la japonaise. Pose la boite rose à côté d’elle, l’ouvre et découvre plus en détail ses secrets. Sous la pair de patin à glace et le châle bleu elle y trouve des lettres dans leurs enveloppes ouvertes avec soin. Elles sont destinées à Stella Oyen et semblent d’après les timbres et les cachets venir de Moscou. Au dos de l’enveloppe elle découvre l’auteur de la lettre et son adresse écrite en français.  

Petrouchka au pensionnat du ballet de Moscou 31 rue du palais de glace.

Une adresse similaire à l’adresse de Tatiana. Sheila ouvre l’une des lettres. Elle découvre une petite plume bleu glissée entre le papier rose. Le papier rose à une senteur légère de rose. Et une ballerine est dessinée dessus. Mais Sheila est dessus lorsqu’elle découvre la lettre écrite dans une langue étrangère. Ce qui ressemble à du russe. Elle ouvre les autres lettres, elles sont toutes écrites en russe. Elle pourrait les faire lire à Tatiana, elle, elle serait traduire. En revanche le journal intime est écrit en français. Elle lit les premières lignes.

Mardi 3 janvier 1961,

Je suis dans le train, de retour de Russie qui traverse la steppe glacé. Il neige. Je  distingue à peine les rennes. C’est Petrouchka qui m’a offert ce carnet. Elle me manquera beaucoup, je l’attends avec impatience en France au pensionnat Sainte Marie Madeleine. Quel joie d’avoir fait du patin a glace et d’avoir fêté Noël las bas et avec elle. Je mange une mandarine et boit du chocolat en rêvassant. Ses lèvres sont rouges comme le sang, son tien est blanc comme neige, ses yeux sont à la foi hypnotiques et absents, glacés de bleu. Sa silhouette est frêle mais athlétique. Elle n’a presque pas de poitrine comme une grande fillette.  Ses pas sont aériens et rapides, elle touche à peine le sol. Ses mains sont fines et jolies. Sa voix est douce, grave et monocorde. Sa peau est douce et froide et fond dans ma bouche, dans mes baisers d’amour. Ses baisers sur mes lèvres ont un goût d’agrume. Son parfum est à la foi frai et mystérieux. Son humeur est tantôt espiègle, tantôt triste. Elle souffre de Mélancolie. Elle s’est reposée et retirée de l’école durant un mois et eu un long sommeil agité de rêves à la foi oniriques, terrifiants et sexuelles qu’elle a noté et m’a raconté. Petroucka est la meilleure patineuse artistique de son école mais elle doit étudier aussi la littérature et les arts. Elle m’a lue les poèmes de Marina Tsvétaïeva.  

Jeudi 5 janvier,

Coule dans mes veines de la mélancolie. Sans doute la sienne. Je suis emplie de larmes. Et souffre d’une intense fièvre. Me voici au lit, à l’infirmerie. Les yeux fixes qui contemplent des mondes intérieurs et inconnus. 

Sheila quitte le jardin des plantes et rejoins sa chambre avant que la sonnerie retentisse, bientôt il faudra se réveiller pour prendre le petit déjeuner, se préparer et aller en cours. Elle rejoint sa chambre et cache la petite boite dans son armoire, mais sort quelques livres et cahiers du  vieux cartable. Elle trouve Macbeth de Shakespeare tout écorné. Elle l’ouvre. Sur la marge il y a écrit des précisions sur le jeu théâtral au crayon à papier. Ils devaient l’apprendre et le jouer. Stella devait jouer le rôle d’une sorcière car elle a souligné les passages où elles apparaissent et les indications sur son jeu sont dans la marge a ses endroits là. Dans le cartable elle trouve aussi Bruges la Morte de George Rodenbach, ainsi que Les vies encloses. Ceux ci ne sont pas abimés, les couvertures et les pages sont légèrement jaunis rien de plus. Lorsqu’elle les ouvre, elle lit Petrouchka première année sur la première page en haut. Ils ne sont pas épais, d’un format intime en haut à droite. D’une petite écriture de timide. Sheila hume la senteur de ses vieux livres. Dans ce sac il y a des petits cahiers. Elle ouvre une page au hasard du cahier jaune. Une mandragore y est dessinée et en dessous Sella lit :

 La Mandragore est une plante herbacée vivace, des pays du pourtour méditerranéen, appartenant à la famille des solanacées, voisine de la belladone(…)

C’est sans aucun doute le  cahier de science naturelle Sella pense au jardin des plantes.  Sheila parcoure le cahier. Elle y trouve de jolis herbiers. Et des ailes de papillons. Mais aussi plusieurs dessins du corps humains, l’un avec le nom des os. Puis le schéma d’une disséquassions de grenouille et ses étapes. Sheila assez sensible ferme ce cahier et ouvre celui à la couverture rouge. Des cartes sont dessinées à la main, celle de la France avec le nom des fleuves, le nom des régions, des départements et des villes.  Mais aussi la carte de Russie. Sheila trouve que Stella dessinait bien et avait une belle écriture. Sheila ouvre le cahier bleu. Elle y lit une biographie de George Rodenbach et le sens caché de Bruges La Morte. Sheila a lu ce livre et l’a trouvé très poétique. Sheila ouvre également la trousse : il y a un encrier, une plume, un compas, un crayon de bois, une gomme, un taille crayons et des crayons de couleur. Dans le cahier de texte Stella avait dessiné une fée. Il y a aussi un petit mot de la part d’une amie.

Je t’aime ma fée, tu es belle, nous sommes liées à jamais…Une éternité. Tu deviendras immortelle. Petrouchka ton amie.

On dirait le message d’un vampire pense Tatiana…Je n’aimerai pas vivre une éternité, l’enfer est peut-être plus enviable. Aujourd’hui j’ai 16 ans mais pourtant j’ai le sentiment d’être si âgé. Cette Stella semble lié à moi-même, j’ai le sentiment de la connaitre pas cœur. Et cette Petrouchka n’est que le remake de Tatiana que je ne connais pas si bien.

Sheila ouvre le cahier de croquis. Elle est très émue de découvrir des autoportraits de Stella, et des portraits de Petrouchka. Mais aussi le dessin d’une gracieuse patineuse artistique. 

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