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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 13:47

"Cela fait peur comme le vent qui soulève les vieilles tapisseries." journal de Jules Renard, 7 mai 1814

La jeune femme sursauta lorsqu’elle vit sur le côté, une araignée noire dans le flacon d’eau de Cologne ambrée. Noyée. Sexe féminin. Elle observa plus attentivement le flacon. L’araignée se transforma en une fleure dessinée à la plume fine. En transparence, décalqué à l’intérieur, juste derrière l’étiquette. La couleur de cette eau feutrée l’avait attiré à la boutique. Comme un feu indien. Son odeur ambrée évoquait celle du bois de Hô. Orianna n’aimait pas l’odeur des parfums trop artificiels et préférait les eaux de toilettes. L’odeur était plus diluée. Comme un nuage de coton absorbe et étend ses veines.

Il restait une trace pailletée dans la baignoire ivoire. Les pieds griffus de la baignoire étaient crispés comme ceux de cette femme. S’agripper à quoi ? Tu n’es pas un arbre agrippé à une roche ! Tu ne t’enracines pas, tu flottes ! La musique symphonique Gost in the Shell de Kenji Kawai, vibrait contre les parois du manoir creusois. Les feuillages dansaient dans le ciel bleu cotonneux. Un papillon mauve se cognait sans cesse au hublot. Elle ouvrit la fenêtre. Un air frais et parfumé s’engouffra. Les nuages sans consistances s’effilaient. Lorsqu’un filet de lumière passa à travers le nuage déchiré, l’ombre chinoise de la fleure se projeta sur le mur. Au travers le reflet du liquide ondoyant.

Elle portait une longue robe en dentelle bleu cyan. Ses longs cheveux blonds cascadaient jusqu’à la chute des reins. Ses mains tremblaient. Un mois qu’elle n’avait pas touché à une goutte d’alcool. L’idée de boire du parfum à la bouteille l’effleura tant le manque était fort. Elle prit le flacon, retira le bouchon et le posa sur ses lèvres… Si Orianna devait boire, ça ne serait pas du parfum, mais un bon vin. Juste un verre, pourquoi je rechuterais ? Se dit-elle. Les autres savent boire modérément ! La bouteille de parfum lui échappa des mains et se brisa en mille morceaux à ses pieds. Orianna pleura car c’était le parfum de Laurent qu’elle allait boire. Elle aimait sentir son odeur, cela réanimait son fantôme. L’illusion de sa présence.

Quel étrange idée de boire le parfum de Laurent ! Je ne suis pas un vampire. Se dit-elle.

Elle songea que son père portait le même parfum que Laurent…

Dans l’ombre du couloir elle vit les yeux phosphorés d’Euréka sa chatte. De sa blanche patte, elle ouvrit la porte et la lumière s’engouffra dans le sinueux couloir. La lumière refleurie une à une ‘Les belles de nuit’ de la tapisserie. Mais la vue d’Orianna était floue comme noyée dans l’eau. Alors les pétales n’étaient que des larmes de sang. Tétanisée elle ne sût respirer. En ravalant son souffle, elle aspira le miaulement bleu de son chat.

*

Le miroir au fond du couloir était recouvert d’une tapisserie contemporaine nommé La forêt dessiné par Max Ernst et tisser à la manufacture d’Aubusson. Ce miroir était un lien magique entre sa sœur et elle. Elle aimait le croire car c’était sa sœur qui lui avait offert. Le couloir du manoir semblait déjà si étroit et infinie qu’elle en avait recouvert la glace pour l’empêcher d’allonger encore et encore ce chemin. Il était préférable de ce heurté à un tronc d’arbre (découpé à la verticale) plutôt que cheminer dans un labyrinthe infinie. Mais il ne fallait pas se faire hypnotiser par la spirale, ni même s’amuser à compter l’âge de l’arbre. Il fallait toujours recommencer, on s’emmêlait les pinceaux tant les lignes étaient les unes sur les autres. C’était un autre labyrinthe de l’esprit. Il lui sembla que l’arbre pleurait de la sève. Il était arrivé quelque chose à son autre. Elle glissa la tapisserie sur le côté, la tringle couina. Des éclairs zébraient la glace et il pleuvait.

Le corps diaphane d’une jeune fille flottant dans la fontaine. Sa chevelure comme des algues. Sa jupe comme un lys. Son sang se mêlant à l’eau turquoise. Les rayons de lune dentelés de feuilles. La mouvance du feuillage. Et le serpent noir à la gueule triangulaire surgit des cuisses de la jeune fille.

Orianna a peint de mémoire la scène qui était apparue dans le miroir. Elle a fait tomber par mégarde le flacon d’encre rouge…Orianna paniquée a épongé le sol. Elle avait du sang sur les mains ! Ainsi que sur ses vêtements. Assise par terre sur ses cuisses, la tête presque renversé en arrière, elle a hurlé comme une louve. Comme si c’était-elle qui l’avait poignardé! Frénétiquement, en panique, elle a effacé toute trace avec la serpillère.

Elle s’est fait couler un bain, et s’est baignée de longues heures en suffoquant. Elle était terrifiée car des milliards d’araignées noires grouillaient sur le mur et le plafond ! L’eau du bain s’infusait rouge au fur et à mesure qu’elle se frotter frénétiquement avec un gant et du savon. Tout ce sang, ce n’était pas seulement l’encre. Elle avait marché pied nue sur le flacon en morceaux sans s’en rendre compte. Brillant comme des larmes. Aux facettes tranchantes. Elle se demandait ce qui se passe ?

Le vent s’engouffra dans le couloir cela fît peur comme le vent soulève les veilles tapisseries. Cela semblait éveiller d’un long sommeil les scènes. Elle entendit des chiens galoper sur le feuillage d’automne, aboyer après une proie, et le son des cors. Des hommes euphoriques coiffés de casques gallois parlaient dans une langue ancienne. Leurs voix étaient profondes et caverneuses et portaient loin dans la forêt. Comme les bergers s’appellent d’une montagne à l’autre. Les lévriers s’effilaient dans leurs courses folles au travers les reflets du hublot puis de l’eau. Tandis qu’une biche tachetée d’or coulait comme un médaillon trop lourd en eau profonde. La lueur dorée s’était déposée sur le sexe de la jeune femme. Les silhouettes canines encerclaient la tache or, ce qui reste d’une biche. Un rayon de soleil se noyait en la forêt. Tous ; chiens et hommes s’absorbèrent dans la trace qui fût or. Le sexe d’Orianna les absorba tous, comme un siphon rouillé.

Il y eu un autre coup de vent. Une autre tapisserie se frappa contre le mur et éveilla la Damoiselle des bois qui s’effila dans le vent et dans le reflet du hublot avec sa robe. Mais dans l’écho ce ne fût pas la voix d’une inconnue : dame du moyen âge. C’était la voix de sa sœur !

-N’est pas peur des araignées, tu fais une crise de délirium…Tu as soif de son amour.

*

Lîla la sœur d’Orianna avec rage donnait des coups de poings et des coups de pieds dans un sac de frappe. Elle pensait à l’homme qui l’avait agressé. Elle rêvait de le frapper ainsi. Mais elle n’avait pas su. Quasiment seule en salle de fitness elle écoutait du métal violent. Sa louve blasée baillait couché sur le tapis de gym. Quand elle fut calmée, Lîla enchaîna son entrainement. Elle fît du vélo et couru comme une sourie dans une sphère de gymnaste. Tandis que sa louve jouait avec.

Le maquillage de ses yeux charbonneux avaient coulé. Ses yeux verts brillaient dans la pénombre du gymnase. Son regard était à la foi bouleversé, profond et pleins de rage.

Après trois heures d’exercices physiques, elle alla au vestiaire et n’alluma pas la lumière. Un vers luisant sur le siphon de la douche s’envola dés qu’elle fît couler l’eau. Oups se dit-elle. J’allais le noyer. Mais étais-ce vraiment un vers luisant ? Où une luciole ?

Son gel douche à la criste marine bio odorait ce triste vestiaire aux murs grisonnant. En béton. C’était une troublante odeur de veille pierre comme dans les églises mais en plus malsain, c’était mêlés à la moisissure, à la transpiration et l’odeur des veilles chaussettes. Une lucarne était ouverte sur la nuit perlée d’étoiles. Un vent léger mouvait une toile d’araignée qui était antre. Sa serviette comme un fantôme suspendu, était accrochée au porte manteau en fer. Elle surgit de la douche brumeuse et mit un pied sur ce sol glacé. Frissonna de froid. Elle tendit sa main vers la serviette qui s’enroula autour de son frêle corps. Elle enfila son pantalon moulant noir en skie. Et serra son corset. Dans la glace se remaquilla. Un peu de poudre rose ivoire pour son teint. Beaucoup de noires pour ses yeux. Et une goutte d’eau de colonne ambrée derrière son lobe d’oreille. Apolline songea à l’eau de colonne chez sa sœur. Elles avaient la même sensibilité pour les senteurs. Mais pas pour le reste…Apolline était bien plus rock’n’roll. Elle semblait froide comme pour se protéger. Orianna ressemblait à une princesse fragile tandis qu’Apolline n’aimait pas dévoiler trop de douceur et de romantisme. Apolline était à sa manière aussi raffinée que sa sœur. Mais c’était un univers plus sombre. Ce n’était pas une princesse, c’était cat woman. Ou une Louve urbaine. Mais ce n’était qu’une apparence qui la protégea parfois, mais pas assez. Le type avait perçue une faille et toute sa fragilité s’était dévoilée à lui. Elle n’avait pas su se défendre…Il l’avait abusé comme une petite fille. Sous ses airs de femme en noire, elle n’était pas plus forte que sa sœur !

Elle fit monter sa louve dans son Alpha Roméo. Apolline roulait à vive allure sur les routes sinueuses. Le buste d’une biche en plein phare a surgit des bois.

*

Les belles de nuit ne s'ouvrent qu'à la tombée de la nuit et ferment leurs pétales sur elles-mêmes dés l'aube...Orianna était assise sur le rebord de la fontaine encerclé par les belles de nuit dans son jardin des simples. Euréka le chaton jouait au dessus de l’eau parce qu’il y avait des poissons rouges en transparence, ainsi qu’un crapaud dans une fleure de lotus.

*

Chère Orianna,

Ma douce, j’arrive demain chez toi, dans la nuit sans doute…Je n’ai qu’un vague souvenir de notre maison d’enfance. J’ai beaucoup de mauvais souvenirs d’où ce départ précipité…Pardon de n’être jamais revenue te voir. Mais c’était trop douloureux. Je te vois dans les miroirs mais toi tu ne me vois pas. Tu es courageuse de te soigner pour ton alcoolisme…Tu as raison, ne bois pas comme papa !

Tu es jolie sur les photos. Tu as l’air d’une princesse oubliée. Mais tu ne fais pas assez peur ! Ne t’attache pas aux hommes ! Laurent ne mérites pas ton amour. C’est un homme trop violent ! Enferme toi à clef dans ton manoir, ne laisse entrer personne…Apelle les flics si il frappe trop fort à ta porte ! Ne le laisse pas te défoncer ! Je t’aime moi. N’aime que moi !

Y a un sal type qui m’a touché…Mon sexe n’est qu’un siphon rouillé !

Ta sœur Apolline

Ps : j’ai trouvé un travail à Aubusson qui consiste à étudier les tapisseries…

Apolline prépare sa valise. Elle emporte des croquettes de chien pour sa louve. Son journal intime. Le journal intime de Jules Renard. Une poupée Barbie pour sa sœur achetée au magasin de jouet. Sa sœur est adulte mais elle est restée très enfantine. Elle est handicapée et ne travail pas. Elle ne sort pas beaucoup de son manoir. Mais il est tellement vaste…C’est bien trop labyrinthique pour elle.

*

Laurent a cogné très fort contre la porte de chez elle. Si fort que le portail en bois allait se fendre. Il hurlait de l’autre côté. Il souhaitait récupérer le parfum qu’il a oublié. L’homme était si nerveux que les longs poils de son buste se sont redressés. La nature repris possession de lui, son instinct etait animal. Et c’est la gueule du loup qu’elle a vu à sa fenêtre. Ses yeux étaient injectés de sang. Et ses griffes lacéraient la porte. Il bufflait une haleine chaude d’animal. Orianna s’était tapis dans l’ombre, elle tremblait !

-Dieu qu’il ressemble à mon père !

Un grand coup de patte et la porte voleta en éclat. Il l’a vît et se jetta sur elle pour la rouer de coup. Appoline chevauchant sa Harley Davidson poursuivie de sa louve arriva à ce moment là. Dans un virage, elle freina brusquement et dérapa sans tomber. Elle descendit de sa bécane. Se précipita sur le mec et lui foutu un grand coup de pompe dans les couilles. Laurent s’est tordu de douleur. Elle la attrapé par le col de son pull et la soulevée en criant :

-Mais oh tu te calmes ! Si tu frappes une femme tu n’es pas un homme !

-Je ne suis pas un homme, je suis un loup garou !

Appoline lâcha Laurent.

-Dégage d’ici ! Laisse ma sœur tranquille ! Ne reviens plus !

La louve grogna en montrant ses crocs. Apolline calma sa bête.

- Calmes ma louve ! Calme, viens ici !

*

Durant la nuit de leurs retrouvailles. Les sœurs ont dîné aux chandelles. Des cèpes et du gâteau creusois. Elles ont regardé les photos d’enfance éparpillé en désordre dans un pette boite à chaussure bleu et ont parlé du passé. Apolline commentait les photos à voix haute.

-Sur celle-ci nous rentions en CP. Maman nous avait fait des tresses. Tu te souviens de cette rentrée ? On avait peur mais nous étions ensemble. Regarde ça ! C’est le chien Balou. Et ça c’est le mini bus bleu qui nous emmenait sur le chemin de l’école.

-Ah oui, ça me reviens ce bonhomme de neige. Hivers 1995 ! Tu prétendais avoir vu des règnes dans le ciel, au dessus des grands sapins…Ce jour là, nous avions fait de la luge.

-Papa dans le jardin avec Balou. Il avait réussie à faire éclore de la lavande vrai.

Apolline a bien mangé. Orianna n’a rien mangé mais s’est accroupie devant les toilettes et a vomit a sa place en s’enfonçant un crayon dans la gorge. Elle a convulsé. Ses yeux ont pleuré. Son cœur s’est accéléré.

Apolline avait cuisiné et Orianna lui en voulait et pas seulement pour ça.

-Tu n’es qu’une goinfre Apolline ! Je te déteste ! Toi et tes formes de bonne femme ! Et ton look noir vulgaire ! T’es qu’une pute ! Je te déteste Apolline ! Tu aurais du rester loin de moi…En Charente.

Lorsqu’Apolline a offert la poupée Barbie à Orianna celle-ci à hurlé ! Parce que les nouvelles poupées sont moins minces que celles de leurs enfances ! Avec un ciseau elle a coupé n’importe comment les longs cheveux de la poupée et l’a noyée dans la fontaine. De sa main elle maintenait la poupée la tête sous l’eau, sa chevelure tourbillonnait tel des algues. Mais la poupée remontait toujours à la surface.

-Arrête Orianna tu me fais peur ! T’es malade ! Laisse cette poupée tranquille ! Arrête, je t’en supplie ! Cria Apolline en avalant de chaudes larmes !

-Emmène-moi dans notre chambre, toi tu repères bien dans ce labyrinthe de manoir. Nous jouerons avec nos anciennes poupées. Je me souviens de la princesse Sissi. Dit-elle plus calmement.

La poupée s’était échouée sur le rebord de la fontaine. Orianna se laissa tomber par terre et sanglota. Apolline la serra dans ses bras et lui reprocha gentiment :

-Tu as vraiment une émotivité d’enfant blessé…T’es comme un enfant ! Même ton chat Euréka n’est pas si capricieux. Quand tu n’étais pas sage papa te giflait mais avec les années tu n’es toujours pas sage !

-Si je suis sage comme les images…Et cela fait peur comme le vent qui soulève les vieilles tapisseries.

Orianna donna la main à Apolline et dans le dédale elles tentèrent de retrouver le chemin vers la chambre d’enfant. Le vent s’engouffrait dans le couloir et son chant était spectral. Leur lanterne vacillait. Leurs pas craquaient dans l’escalier et sur le vieux planché en bois. Quand elles entrèrent dans la chambre tout était resté comme autrefois. Le lit blanc à baldaquin, la princesse Sissi dans sa robe couleur or. Assise devant sa coiffeuse dans le miroir de sa maison de poupée. Dans une chambre qui ressemble à leurs chambres. Le livre Bambi posé sur la table de chevet, à côté d’une petite boite pour les dents de lait destiné à la petite sourie. Et la pièce de franc sous l’oreiller fleurie. Le petit tableau noir pour jouer à la maitresse avec les ours. Le beau landau en bois. Un poster de la belle au bois dormant au dessus de l’étagère où des livres sont rangés entre des fèves Disney. Et le parfum de Laurent…Non celui du père Ulrich nommé Loup de steppes. Un design métallique et argenté comme on boit du cognac. L’ombre mouvante de la forêt projeté sur les murs comme un reflet d’eau.

L'été indien

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