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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 14:26

Je pense à ce shampoing à la menthe qu’on m’avait donné à l’hôpital. Cette douche qu’on ne peut pas fermer à clef. J’ai pensé qu’il y avait peut-être une caméra. Cette chambre à vitres teintées(les gens de l’extérieur ne pouvaient pas me voir). Avec ses vitres miroirs j’ai cru qu’ils avaient créé un monde dans un monde semblable au vrai. J’étais manipulée. Je n’étais qu’un rat de laboratoire. On observait mon cas. Il fait peut-être jour ici, mais nuit dehors. Et la télé me parle. Non, ce ne sont pas les vrais programmes. Et certains infirmiers se sont déguisés en patients, ils veulent me faire parler, observer, tester mes réactions. Pourquoi la porte de mon armoire est défoncée ? Souhaite-t-ils me rappeler que mon père cassait tout à la maison ? Parfois quand il était ivre, il foutait des grands coups de pompe dans la porte du buffet. Pourquoi ses traces de pas sur mes draps ? Ils veulent me faire dire l’inavouable. Ils savent tout, mais ils me testent. Ils n’hésitent pas à appuyer la où ça fait mal. Peut-être pour faire sortir le pu de ma bouche, les maux de mon mental. Ils me demandent si j’entends des voix. Oui je les entends, oui c’est pour ça que j’incline toujours ma tête, ça fait du bruit dans ma tête, un bouquant d’enfers mais c’est peut-être juste mes pensés, ce n’est peut-être pas des voix. Je ne suis pas Jane d’Arc. Pourtant ces voix me donnent des conseils. Ce n’est jamais silencieux dans ma tête.

Prendre sa douche à l’hôpital est une expérience douloureuse, et étrange. Je ne trouve pas les mots pour expliquer ce que j’ai ressenti. C’est un peu semblable la douleur d’un SDF qui ne s'est pas lavé durant des mois. Je vois la scène dans un film. Alors cette senteur de menthe, si légère dans un lieu déjà si blanc, si hygiénique est…Je n’ai pas les mots.

Se laver. Se laver de quoi ? C’est un baptême forcé dans un vaisseau spatial où des extraterrestres sont tout prés de soi. Je ne supporte plus mon corps. Mon état. Je réalise que je suis au fond du puits. Je suis une moitié de moi. Où l’ombre de moi même. Je pleure sous la douche.

Une nuit j’avais déambulé dans les couloirs, j’interprétais les mots inscrits sur les portes. Les mots étaient des clefs, provoquaient des échos en moi. Les portes étaient fermées à clef. J’ai essayé d’en ouvrir. J’ai déambulé dans mon labyrinthe mais tout était bloqué…Mais au bout il y avait une issue de secours. La ville de nuit. Froide. Et moi en chemise bleue. Trop grande. J’aurai pu m’échapper mais je ne l’ai pas fait. Je n’étais pas tout à fait prisonnière ! Cela m’a soulagé !

Une infermière m’a surprise la nuit à côté des toilettes . Je ne dormais pas ! Je tirais la chasse. Je ne voulais pas qu’elle pense que je m’étais fait vomir. Je lui ai avoué avoir du mal à avaler la pilule, les médicaments, je l’avais en travers de la gorge. Quand on est détenue à l’hôpital, cette senteur de menthe appelle à la liberté, à la délivrance. Mais cette senteur est elle aussi trop hygiénique. C’est la senteur des dentifrices, du menthol. Des détergents. Ici tout est si lavée, blanchi à la javel, plus blanc que blanc alors tout devient si transparent, impersonnelle. D’ici je ne suis pas sortie indemne. Il a fallu redevenir normal, équilibré pour espérer en sortir un jour, de ce système. On ne sait plus si c’est en soi même la prison. On croit plutôt que c’est l’hôpital.

Une gentille infirmière m’avait fait un masque d’argile en salle d’esthétique, en me découvrant avec dans le miroir, j’avais ris puis j’avais pleuré. Je n’en pouvais plus de me voir ! Et d’être entouré de milliers d’yeux, de vitres teintées qui ne voyaient le monde que de l’intérieur d’elle-même, mare de ses vitres comme des miroirs où je me voyais dans chaque angle exigu. Avec ce masque vert, je n’étais pas masqué, il révélait au contraire que je n’étais plus tout à fait moi, plus tout à fait dans mon état normal, il révélait que j’étais devenue une sorte extraterrestre, malade et même folle.

Mais je me souviens surtout des douches après les bains de mer chez mes grands parents. La douche de jardin, de camping, en plastique, chauffé par le soleil. L’eau était plus chaude que celle de la mer. Mes longs cheveux salés que ma grand-mère shampooinait, et rinçait avec un peu de vinaigre d’alcool. Du vinaigre d’alcool versé dans une petite casserole avec un peu d’eau. Elle me disait que ça fait briller les cheveux et rend le démêlage plus facile. Ce vinaigre me piquait les yeux, mais j’aimais qu’il coule dans ma bouche. Ce vinaigre avait un goût de larmes. Avec mon corps entier l’eau était à ras bord dans la bassine en fer.

douche

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