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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 23:10

Ondine est amoureuse de la poétesse Renée Vivien. Avec son lévrier blanc elle se promène dans la forêt. Il neige des flocons de pollen. Des fleurs mauves et bleutés tapissent la forêt. Elle sait qu’elle aimait le violet. Elle a accroché sur les murs de sa chambre des photos d’elles. Elle a dans sa chambre beaucoup d’œuvres de Renée Vivien. Elle range ses livres dans une jolie bibliothèque. Sa mère Yolande l’a dénichée dans une brocante. Elle a une coiffeuse raffinée, très fine, blanche en fer forgé. Quand elle s’y mire, c’est le visage de Renée Vivien qui apparait, presque en noir et blanc, habillé en garçon, toute de sombre vêtue. Avec un bouquet de violettes entres ses mains blanches dans le prolongement de ses veines bleutées. La jeune fille a le regard lointain. De grands yeux aux pupilles dilatés. Et les lignes de sa frêle silhouette sont incertaines, diluées. Comme les larmes diluent les lettres écrites à l’encre. N’ancre pas ce squelettre. L’hémorragie mauve d’une étoile noyée. Une goutte de sang tombée sur la neige. Elle s’étire à la ronde de rayons ondulées, emmêlées et fourchus. Comme la folle chevelure de Renée Vivien qu’Ondine n’envie pas. Elle aime ses doux et longs cheveux de jais. Si brillants presqu’un miroir ! Avec des reflets bleu-nuit.

Ondine ne vît plus chez sa maman, elle a un lieu à soi. Car elle fait un apprentissage de costumière. C’est un logement d’étudiante. Où elle n’habite pas tout à fait. Elle vît entre-deux elles. Même si elle le trouve jolie, elle a un sentiment de vide. Il faut occuper l’espace. Il est au troisième étage d’un immeuble ancien. Deux fenêtres donnent (celle de sa chambre et celle de sa salle à manger) sur une charmante cours intérieure, avec une fontaine où nagent des poissons rouges. Un buie taillé en forme de fuseau. Un palmier et des roses jaunes. La fenêtre de sa petite cuisine donne sur une autre cours intérieure plus ancienne et très fleurie. Un lilas est en fleurs et éparpille au gré du vent sa senteur fraiche. Quand elle laisse sa fenêtre ouverte et qu’elle fait la vaisselle, les parfums de fleurs sont très enivrants. Son logement est intimiste, mansardé. Il ressemble un peu à une maison de poupée avec ses murs rose-pâle, ivoire. Sa mère lui a installé des étagères. Ici elle a moins de livres. Le peu de livres qu’elle a, elle le range sur cette étagère. Poussières et Cendre de Renée Vivien, ainsi que la Dame à la louve.

Ondine au reflet de la belle Pauline Mary Tarn (qui se fait appeler Renée Vivien) ne mange presque plus. Elle se prépare des jus de légumes. Souvent des jus de tomate qu’elle mixe avec des oignions et beaucoup d’eau. Elle va à la piscine, nage durant des heurs quand elle n’est pas à l’atelier de confection. Elle se vêt de vêtements qu’elle créait elle-même. Le plus souvent noire. Ils sont comme une seconde peau. C’est Marthe une femme ronde aux longs cheveux blonds qui lui montre…

Alors lorsqu’elle revient chez sa mère, passer une semaine de vacances au mois de mai. Ondine est malade. Elle ne tient plus sur ses jambes. Elle a des frissons de froid. Beaucoup de fièvre. La tête lui tourne. Elle a la nausée. Et la migraine. Elle se met au lit. La chienne Bambie se couche avec elle. Ondine appelle sa mère qui est en bas, pour lui demander un verre d’eau car elle a très soif. Mais Yolande ne l’entend pas. Elle est sans doute dans le jardin. Ondine n’a pas la force de descendre dans la cuisine. Elle l’appelle en vain mais personne ne vient. Elle finit par sangloter.

Sa mère pose sa main sur son front. Ondine est brulante. Elle va lui chercher un grand verre d’eau avec un zeste de jus de citron. Et lui ramène un mouchoir imbibé d’huile essentielle de pin de Sibérie. Elle pense qu’elle a des allergies aux pollens. Plus tard, au diner, elle lui apporte un potage avec un doliprane. Mais Ondine n’a vraiment pas faim. Sa maman lui dit « Tu as la nausée parce que tu n’as rien mangé! » Ondine se souvient du temps où elle était petite. Parfois elle tombait malade, elle attrapait froid. Elle n’allait pas à l’école. Elle pouvait regarder des dessins animés au lit ou lire pendant que ses camarades étaient en classe. Bien heureuse d’être ici, dans un nid douillet, elle pensait à eux. Par la fenêtre des flocons de neige passaient, un peu comme une télé qui ne fonctionne pas. Sa mère lui donnait un petit mouchoir imbibé d’huile essentielle de lavande. Elle lui apporté de la tisane avec un peu de miel pour soigner sa gorge. Ondine devait prendre des doses de sirop au doux goût de bonbon. Sa mère étalait du baume chinois sur sa poitrine. L’odeur était très vivifiante, presque piquante. Elle en mettait aussi sous son nez qui était irrité à force de se moucher. Le soir, sa mère lui déposait un dîner sur sa table de chevet. Le plus souvent des nouilles et un yaourt à la confiture de framboise. Même malade elle avait faim. Une fois elle avait ouvert sa fenêtre en grand, il neigeait et elle s’était mis toute nue dans le courant d’air pour être malade plus longtemps. Plutôt que de devoir retourner en classe, elle préférait rester à la maison. Personne ne pouvait la voir, il n y avait pas de voisin, seulement des grands arbres. Petite, elle était déjà si fluette, elle n’imaginait pas qu’elle devrait faire attention à sa ligne quand elle serait grande. C’était si naturel à l’époque.

Ondine est somnolente, Renée Vivien est assise à son chevet et lui souris. Depuis combien d’année le fantôme de la poétesse la hante ? Depuis combien d’année est-elle Renée ? Mais Ondine, elle, n’a jamais voyagé. Presque pas. Mais où vît-elle. Ondine écrit des beaux poèmes mais ils ne sont pas d’elle. C’est de l’écriture automatique. C’est Renée Vivien qui écrit à travers elle. La présence du fantôme dans la chambre ne trouble pas Bambi. La main de Renée caresse son poil soyeux. La chienne renifle son parfum de violette.

Ondine est endormit. Elle rêve de Renée. Elle est dans le miroir de la coiffeuse. Le visage de Renée passe au travers la glace pour l’embrasser sur la bouche. Sa bouche à un goût sucré de bonbon à la violette.

Ondine s’éveille dans la nuit. Elle a mal à la tête. La tête lui tourne. Elle est dans les vapes mais elle doit se lever pour aller faire pipi. Elle dérange la chienne endormis sur son lit. Elle réanime une senteur de violette en remuant légèrement les couvertures lorsqu’elle quitte le lit. Sans doute le parfum de Renée. Ondine se lève péniblement, marche en titubant jusqu’à la salle d’eau. Elle est presque nue, les os saillants, elle porte juste une petite culotte. Le robinet n’est pas fermé ! L’eau coule dans le lavabo et tournoie dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Alors que l’eau se noie, une lueur violette remonte à contre courant. Le buste fantomatique de Renée émerge du lavabo. Epouse parfaitement la vasque. Tandis que sa chevelure bleutée cascade comme de l’eau sur ses épaules. Ses yeux sont hallucinés. Ondine sursaute. De son fin poignet à sa main, un serpent noir s’y glisse et la tétanise de peur. Il a une gueule rectangulaire. Il semble vouloir la défendre du fantôme. Pourtant les serpents dans l’Egypte Antique protègent les défunts, pas les vivants ! Ondine est vivante ! Vivante redis l’écho de la salle d’eau. La salle d’eau tournoie sur elle-même, elle a le tournis. Ondine s’évanouit.

Le lendemain matin, le médecin ausculte Ondine. Elle est allongée sur son lit. C’est un homme assez grand, barbu. Il a une barbe noire. D’épais sourcils et des yeux bleus en amande. Ondine regarde ses mains en souriant, elles sont si blanches, striées de veines bleues, au bout de ses doigts s’ouvre des violettes. Sa chienne entre dans la chambre en poussant la porte. Lèche ses doigts. Déracinant les petites fleurs mauves.

-Votre fille semble perdue dans ses pensées. Dit le médecin à Yolande. Ils sont dans le couloir. Ondine entend ce qu’ils disent.

Elle n’est vraiment pas en forme ! Il faut qu’elle change d’air cette petite ! Qu’elle voyage !

Renée Vivien éclate de rire en entendant le mot voyage. Yolande est surprise car ce rire n’est pas celui de sa fille et il n’y a personne d’autres dans la maison. Elle-même, sa fille et le docteur. Bambi jappe de joie, et remue la queue devant la coiffeuse. Un sourire se dessine sur le miroir de la coiffeuse. Ondine est dans sont lit, et dort paisiblement. Ca n’est pas qu’un reflet, ce n’est pas son reflet ce sourire dans la glace. Ce sourire d’hivers. C’est ainsi, grâce aux conseils du médecin, qu’Ondine voyage autant que Renée Vivien accompagné par sa chienne. Une chienne entre deux ondes. Messagère. L’âme de Renée Vivien n’aura jamais su habiter…

La chienne de Renée Vivien
La chienne de Renée Vivien

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