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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 14:32

Chers amis lecteur, avant de lire cette deuxième partie de ce récit, je vous conseille de lire en premier la partie 1

http://fee-noire.over-blog.com/2016/03/ecume-de-lune-partie-1.html

Suite à ce malaise, je ne suis pas allée en cours durant deux semaines. Et je n’ai vécu que la nuit. Je dormais le jour. J’étais très fatiguée mais mes douleurs se sont apaisées, et je ne perdais presque plus de sang. Je me sentais juste extrêmement fatigué.

J’ai invité Lorène chez nous qui m’a apporté les devoirs. Elle nous a offert un bouquet de tulipes jaunes. On a mit les fleurs dans un vase, sur la table de la cuisine, à côté de la corbeille de fruits. C’était une étrange nature morte à la lueur des bougies et du feu de cheminé. Une lumière vacillante.

Je n’ai pas pris en compte les signes de mes rêves et de mes visions. Lorène semble si angélique. J’ignorais une part d’elle plus obscur. J’aurai dû la trouvé étrange avec ses yeux mauves phosphorés la nuit. J’aurai dû être effrayé. Mais je suis fascinée.

Dans la clairière, nous avons allumé un feu pour un rituel. Nous étions vêtues toutes deux de rouge et de bijoux en or. Nous avons invoqué la déesse Babylone Isthar, déesse de l’amour, de la beauté. Elle est apparue au milieu des flammes. De longs cheveux corbeaux, des yeux verts, une taille extrêmement fine, une robe rouge, des bracelets en or à ses fins poignets. La vision n’a duré qu’une fraction de seconde. Mais j’ai ressentis sa présence m’envahir d’une douce chaleur intérieur. Un magnétisme enveloppait mon crane. Elle était entrée en mon corps. J’étais elle, magicienne, j’avais tous ses pouvoirs, tout mes désirs pouvaient être comblés. Mais je n’avais envie de rien, car j’avais l’essentielle. L’amour de Luce. C’était Lorène qui avait souhaité faire ce rituel, c’était elle qui était en attente. J’avais tous les pouvoirs de la Déesse et donc son don de voyance. En moi, j’ai entendu une petite voix intérieure. Lorène est angélique, Lorène est fragile, Lorène est tourmentée, si son vœu n’est pas exaucé elle se donnera la mort. Lorène se meurt à être ton ombre. Mais Lorène aimerait être Euréka, être à sa place. Lorène est un vampire. Elle ne le sait pas. Mais Euréka, tu n’existes pas encore.

Lorène observait la danse du feu et ses reflets bleus avec ce mélange d’espoir et de désespoir. Mais elle n’était pas intimidée d’invoquer cette force si puissante.

Euréka n’existe pas encore. Mais si ! J’existe ! Je ne comprends pas. Pourquoi la déesse affirme que je n’existe pas ? Suis-je en danger ? Lorène est-elle un danger pour elle-même ? Pour moi ? Pour Luce ? Dois-je combattre cette fascinante jeune fille douce comme l’aurore ? Je pense que Lorène doit se reposer. Dormir et rêver. Quand elle s’éveille, elle est triste et moi j’en meurs à petit feu.

J’ai une amulette pour conjurer le mauvais sort. Moi j’ai une pierre de Lune. Lorène n’en a pas.

J’ai fait pousser de la lavande en moi. A la fenêtre de moi. De la lumière du soleil. De l’eau mais pas trop. Et un quartz rose dissimulé sous la terre. Car c’est l’amour que je cultive. Prendre soin de moi. Car je ne m’aimais pas. Alors ce bouquet de lavande, si je ne peux pas l’offrir à Luce. Je l’offrirais peut-être à Lorène ? Ou à moi-même. Je fais pousser de la lavande en moi, car dans un rêve c’est ce que je fais. J’ai rêvé en Luce. Le chakra du cœur est de couleur vert émeraude or on dit avoir la main verte. Et la couleur mauve de la lavande est liée au chakra coronal. C’est l’amour spirituel que je cultive. On dit que la lavande a des vertus apaisantes.

Lorène n’a pas de protectrice féminine. Elle s’enferme dans sa chambre, sanglote. Ne mange plus. Et fume.

Elle a écrit le début d’un poème, ou une lettre d’adieu.

Je me suis abreuvée à la nuit, une étoile rêvée, s’est coincée dans ma gorge, comme une arrête. Quel flot infini de tristesse ! ...J’ai un corps mais j’aimerais être de l’eau. Abreuves- toi d’étoiles en reflet. J’ai un corps mais j’aimerai être de l’air. Les éléments nous aiment inconditionnellement. Ils donnent sans demandé leurs restes. Alors j’espère que tu me pardonneras de n’avoir su t’aimer.

Avant toi, je n’avais pas envie d’être incarné sur la terre, je ne voulais pas me porter. J’aspirais à voler, à nager. A me sentir légère.

C’est un jour éternel, un matin blême baigné de rosée où tout m’accable.

Je n’ai que pour refuge mon sommeil, toi tu as une grotte sous les eaux.

Un matin Lorène est retrouvée noyé sous les eaux émeraude de la Boutonne. Les fritillaires pintade se sont éteintes et se mirent dans l’eau qui les emporte. Le mauve de leurs pétales s’est décoloré. Est-ce les larmes qui les ont déteintes ? Les petites chandelles baissent la tête, dos rond, forment une boucle. La pluie dessine des ronds dans l’eau.

Un vent lugubre. Il faisait nuit, je buvais une tisane dans le jardin d’hivers. La lune comme un médaillon. Ses rayons faisaient étinceler ma pierre de lune. J’étais triste, je pensais à Lorène. Je relisais son mot. Je ne savais pas si elle s’adressait à moi ou à Luce. Une policière brune au visage fin et aux yeux si bleus m’a entendu. Quand elle tapait sur le clavier de son ordinateur, en inclinant un peu la tête, sa queue de cheval dansait légèrement. Elle m’a posé beaucoup de questions. Depuis combien de temps se sent-elle si triste ?

Mais c’est un suicide alors l’enquête s’est clos rapidement. Pas de meurtre. Aucun meurtrier à retrouver. La meurtrière est un sentiment, une tristesse.

Le ciel était d’un bleu nuit métallique. Le vent s’engouffrait dans le jardin d’hivers. Et une étrange mousse blanche à mes pieds m’a surprise. Je ne savais pas ce que c’est. On aurait dit des nuages virevoltant à raz du sol, dés que l’air soufflait, s’engouffrait dans la maison par les fentes. J’ai regardé avec inquiétude dehors. Les arbres brimbalés par le vent, certains déjà fracturaient. C’était l’océan qui avait engloutie le jardin de Luce ! J’étais immobile, sondé par l’astre lunatique, mes pieds nues dans l’écume de mer. J’étais à la foi fascinée et effrayée.

Surgit des bois, Luce m’est apparue, debout à bord d’un cercueil en guise de barque. Ses longs cheveux noirs virevoltaient au vent. Il avait l’équilibre malgré l’eau tumultueuse et semblait diriger la barque jusqu’à moi, par la force de sa pensée. Il était à l’aise comme un poisson dans l’eau.

*

Quelques années plus tard.

Je suis retournée à la source. J’ai déménagé en Creuse dans une charmante petite ville. Aubusson. J’ai repris mes études de lettres. Et je travaille à temps partielle dans une bibliothèque attachée à un musée sur la tapisserie. Mon nouvel appartement est charmant. Perché en hauteur, avec une petite terrasse donnant sur les toits et le clocher, les jardins en pente et la rivière en bas. Je fais de la danse aquatique à la piscine. Et je consulte un psychologue.

Plus le mal être dans mon corps était important, moins j’avais envie de lui faire l’amour. Cela il me l’a reproché. Quand on l’a fait, si le désir et l’amour était présent, il a éveillé des fantômes. Alors je ne voulais plus le faire, car toujours ils revenaient me tourmenter. J’avais peur.

Lorsque nous étions couchés l’un à côté de l’autre, il me caressait dans l’espoir d’allumer le feu, je demeurais insensible. Froide il m’a dit. Et même il m’agaçait à me tripoter ainsi. J’avais envie d’être seule. J’avais assez de moi en mon corps immonde à supporter. Et j’avais même peur d’éveiller le loup et de me faire dévorer par lui.

En apparence tout allait bien, les discutions étaient profondes, notre relation tendre et romantique. Il était tout à fait intentionné alors qu’en lui-même il m’en voulait à mort. Je lui ai toujours tous dit de moi, de mon enfance. Je lui ai répondu que le sexe n’est pas l’essentielle. Je lui reproche de remettre en question la relation pour ça. Et je me pardonne de ne pas m’avoir toujours su m’écouter pour lui faire plaisir. Je lui en veux d’avoir été insistant. Il n’a que pour seul excuse le secret de son enfance. Encore un autre homme qui n’a pas su me respecter. Mais il pense qu’il n’a rien fait. Et me reproche d’être devenue cette femme sans sexe. Il me dit plus fragile, c’est à ce moment la qu’il m’abandonne. Il dit avoir de l’affection mais je n’y crois pas. Lorène est morte. Lorène est morte. Mais c’était Luce le vampire.

Ce n’est pas Luce que j’aime. C’est un homme de lettre que j’aime. Et pas un scénariste raté. C’est Lorène qui aimait Luce. Aimait sa folie. Et souhaitais être à ma place. Avoir aussi ma beauté idéale.

Euréka aimait un autre sous les eaux, revenue enfin et qui vît avec elle en sa maison. Lorène aimait Euréka parce qu’elle voulait être elle, à sa place. Elle l’admirait, elle l’enviait. Mais elle n’était pas à sa place. A sa place elle n’aurait pas voulu être là. Elle n’a vu que les apparences, mais l’eau était plus trouble qu’elle pensait. Tout n’était pas si limpide.

Ecume de lune (suite et fin)

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