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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 00:24

C’est son anniversaire, elle est née le 7 avril et vient d’avoir dix-sept ans. Euréka à déjà un amoureux. Bien plus âgé qu’elle. Luce est un être sombre et mystérieux. Une chevelure noire de Jai. Des yeux en amande bleue claire strié d’or. De longs cils. D’épais sourcils. Plutôt grand et mince. C’est un cinéaste qui suit les pas de John Carpenter et de Guillermo Del Torro et créait aussi de la musique de film fantastique. Luce est très âgé pour elle, mais on ne lui donne pas d’âge. Et il l’a fait rêver, il connait tant de choses, elle ne s’ennuie jamais en sa compagnie.

Euréka fête son anniversaire en tête à tête avec lui. Il est venu la chercher à la sortie du lycée avec sa belle jaguar noire. Les joues si pâles d’Euréka sont devenues roses. Elle avait des ailes. Il portait des lunettes de soleil dissimulant ses yeux. Elle a fait la bise à son amie Lorène puis a rejoint Luce dans la voiture. Son carrosse a-t-elle pensé. Elle a rit d’elle-même, puis soupiré, parce que c’est un peu niai toutes ces histoires de princesses.

Lorène cette jolie jeune fille aux cheveux dorés l’a remaquillé et recoiffé dans la cour de récréation à l’ombre du vieux chêne avant de sortir du lycée. La veille baptiste victorienne austère cache le soleil, elle fût un hôpital avant d’être une école. Alors que Lorène n’était vêtue que d’un simple jeans patte d’éléphant et d’un pull noire à fermeture éclaire, Euréka, elle portait une sobre robe noire en velours avec une capuche et des manches évasés. Lorène n’avait que pour seul coquetterie, un petit papillon bleue dans sa chevelure et des faux cils qui ombraient son regard mauve assez troublant. Euréka avait de longs cheveux châtaigne jusqu’à la chute des reins. Un visage rond, pâle et des yeux noirs.

Elle est avec Luce. Euréka souffle ses dix sept bougies. C’est un gâteau creusois. Les lumières bleutés du vitrail sont projetés sur cette table ronde en bois. La porte est entre-ouverte, un rayon de soleil s’y glisse. Il lui offre des cadeaux. Elle déchire délicatement le papier bleue nuit étoilé de l’un. Une petite boite Alice au pays des merveilles. Elle l’ouvre et découvre un pendentif. Une pierre taillée en croissant de lune. Blanche argenté, translucide, irisée par de multiples reflets bleues. Rappelant la clarté de la lune. C’est une pierre de lune. Les grecs l’appelaient la pierre d’Aphrodite, tandis que les romains pensaient qu’elle était constituée de lumière lunaire. C’est une pierre féminine. Une protectrice. Elle apaise les douleurs menstruelles. Elle est bénéfique en cas de stérilité ou de ménopause. Elle développe la douceur, la sensibilité, l’imagination. Ouvre le troisième œil. Développe les dons psychiques et l’intuition…

Luce lui met le bijou à son fin cou de cygne qu’il ne peut s’empêcher de biser. Elle déchire le papier cadeau du deuxième présent tout petit. Elle ouvre le joli petit sachet en tissus mauve et transparent. Il s’agit d’une bague. Non pas une bague de mariage mais elle est très jolie. La bague ciel étoilée. C’est une bague fantaisie ornée d’un cabochon de pierre : Blue sandstone. Il lui la met à son doigts, l’ajuste. Elle regarde sa main émerveillée. Il lui bise la main, elle rougit. Elle lit sur un petit papier l’explication : La blue sandstone, de couleur bleue nuit, tout comme la goldstone, de couleur ocre, ne sont pas à proprement parlé des pierres naturelles. Ce sont des pierres reconstituées composées principalement de quartz, feldspa car ce sont des minéraux assez courants.

Technique : avant de faire chauffer, on ajoute des cristaux de cuivre qui ensuite se cristallisent dans le verre sous l'effet de la chaleur donnant ainsi un effet pailleté. Pour la blue sandstone, on ajoute une teinture végétale bleue qui va donner à la pierre cette couleur bleu nuit qui ressemble à un ciel étoilé brillant.

Historique : on pense que la Blue sandstone (et la Goldstone) a vu le jour en Italie. Selon la légende, sa fabrication a longtemps été tenue secrète par la communauté religieuse qui l'avait découverte. Elle serait toujours une source de revenus pour ce monastère bien qu'elle soit aujourd'hui fabriquée dans d'autres pays. On raconte également que cette pierre aurait été découverte par des chimistes lors de leurs tentatives de transformations des métaux en or....

Elle ouvre le troisième, devine déjà qu’il s’agit d’un livre. Un livre mauve. Le papillon de l’âme de Renée Vivien. Elle le feuillette avec plaisir, à déjà le désire de le lire. Il est un peu écorné.

A présent, ils dégustent le gâteau creusois. Ses saveurs d’automnes et de sous bois, mais aussi celle d’un autre temps.

Je ne comprends pas pourquoi Luce a enterré des ancres dans son jardin. C’est tout à fait surréaliste ! C’est un immense jardin, un pré cerné par les bras de la Boutonne et le bois. Sa maison est une presque-île. Le cerisier est en fleur. Les tulipes dorées poussent à l’ombre, jamais loin de l’eau. Tout en nous promenant sur la rive mains dans la main, nous observions les libellules. Et les poissons argentés nageant à contre courant.

Il a ramassé un peu de bois mort et a fait une flambé avec.

Malheureusement j’avais des devoirs à faire. De l’algèbre. Je n’y comprends rien, heureusement il m’a aidé.

J’ai rêvé de lui. Lui, ma féline blanche et moi à bord d’une barque instable emportée par les flots tumultueux. En fait son pré était inondé et les flots nous emportaient dans le bois. Une forêt triste. Et la barque au gré des flots risquée de se percuter à un arbre.

Cela m’évoque un film qui se nomme la forêt oubliée. On voit des baleines nager dans la forêt.

Si il m’a offert une pierre de lune c’est parce que mes règles sont douloureuses. Des maux de ventre terribles. L’impression que je vais m’évanouir. Une fatigue intense. Et le sang qui coule à flot, transperce tout. Le tampon, la serviette, la culotte, le pantalon, la chaise où je suis assise en classe. Je suis blanche, presque bleue et je sens que je vais tomber dans les pommes.

Il sait que j’aime imaginer et que je suis mystique. Mais il sait aussi que je ne me sens pas bien dans mon corps. Si nous avons fait l’amour dans sa chambre inondée de hard rock des années 70. Et que le lit grinçait quand je balançais mon bassin en avant puis en arrière. J’étais profond en lui. C’était lui même qui me balançait ainsi. Comme sa vipère en moi. Je gémissais en attendant la morsure. Mes griffes noires étaient acérées à ses chairs au point de le faire saigner. Soudain sa chambre s’est mise à tournoyer bien plus vite que le vinyle. Je suis devenue bleue. J’étais tétanisée mais lui n’a pas vu, il était toujours dans la transe et mon corps se balançait mécaniquement malgré moi. Moi je sentais l’angoisse monter. Comme la marré revient et reprend ses terres. Soudain je me suis mise à sangloter. Je hurlais comme un loup. Je suffoquais. Je tremblais.

*

Du rock gothique flottait dans la chambre de Lorène. Assise sur son lit elle fumait une cigarette élégamment. Elle soufflait des volutes de fumées en forme d’étoile. Et ses ongles étaient peints d’une bleue nuit étoilée. Comme le blue sandstone de ma bague. Sa bouche était rouge et je voyais la blancheur quasi translucide de ses dents. Du rose de sa langue tourbillonnait la fumée. Comme la bouche de l’enfer. J’ai songé à un dragon vert chinois. Surtout quand la fumée est sortie de ses narines. Son nez si fin, si droit.

Nous nous sommes échangés nos lectures, nos livres. J’avais lu Renée Vivien en une seule nuit pendant que Luce dormait. Elle m’a passé Prison de chair de Clive Barker. Elle a admiré mes nouveaux bijoux. Son parfum à la violette flottait autour de nous comme la musique qui était plutôt douce et onirique.

*

Nous avons posé toutes les deux nues et en lingerie dans l’immense jardin de Luce. Il nous prenait en photo. Il les développé dans sa petite chambre noire. Il a réglé la luminosité et les contrastes. Avec les ancres c’était tout à fait surréaliste.

*

Je ne sais si c’est d’avoir posé toute les deux sur le lit de roses mais j’ai rêvé de Lorène aux yeux mauves, la bouche ouverte, ses dents si blanches presque translucides, un rubis d’un rouge soyeux était posé sur sa langue rose. Elle hurlait à la lune à la manière d’une louve et semblait en extase. Je me suis aperçue que ses canines étaient pointues, assez aiguisés comme celles des chiens loups. Tandis que le rubis étincelait dans sa bouche, et se reflétait sur ses dents et en dedans. Ses yeux mauves phosphorescents brillaient dans la nuit, d’une lueur pâle. Celle d’un phare qui n’éclaire rien, rien à la ronde. Comme un faisceau inversé qui absorbe en soi. Une pupille noire, un puits infini où chuter. Où m’évanouir, alors qu’elle se penche sur ma nuque palpitante pour s’abreuver. D’un sang bleu de l’enfance. Des ruisseaux striant la forêt. Elle s’abreuve à la nostalgie en riant.

Je me suis réveillée en sursaut.

Lorène est une amie d’enfance, je la connais depuis l’école primaire. A l’époque nous habitions en Creuse et pas en Saintonge. C’est pour cela que j’ai de la nostalgie. Luce à mon anniversaire m’a fait un gâteau creusois parce qu’il sait que je l’aime bien. Et si je grandis un peu, si j’ai l’avenir devant moi, manger ce gâteau à mon anniversaire était un moyen de me rappeler mon enfance, l’endroit tant aimé mais que j’ai dû abandonner, dont on m’a arraché. C’était un moyen de renouer avec mes racines, ma terre. Mais aussi d’en faire le deuil. Et le deuil de tout ce qui s’est passé là bas, dans un ailleurs. Luce est née en Creuse lui aussi. Lui aussi à la nostalgie. Pourtant en Saintonge, dans sa nouvelle maison, il a enterré des ancres dans son jardin. Sa presque île. A bord de sa péniche, il préfère suspendre le temps, comme pour l’arrêter. Les histoires qu’ils inventent sont à l’imparfait, dans un autrefois. Pour les ressusciter une autre fois. Il écrit toujours la même histoire. Même si l’œil de la caméra film un angle différent. Et n’a pas le même regard. Même si les scènes ne se passent pas dans le même ordre, au fond c’est toujours la même histoire qui le hante et qui doit exorciser.

Pourtant je n’ai pas que de bons souvenirs de mon enfance mais la Creuse n’y est pour rien.

La recette de ce gâteau provient d’un parchemin du XVème siècle découvert lors de travaux en 1969 dans un ancien monastère de la commune Mazière des bons hommes dans le canton de Crocq. . Ecrite en vieux français, elle fût traduite. C’est un pâtissier de Crocq, Monsieur Langlade, qui l’a fait sortir de l’ombre. Il s’est inspiré de cette ancienne recette traditionnelle pour élaborer un gâteau aux noisettes devenue spécialité de la Creuse et qu’on nomma Le Creusois.

*

Lorsque nous étions petites, Lorène et moi empruntions un sentier dans les bois qui nous menait à un ruisseau. Au fond de l’eau des milliards de pépites d’or. C’était cela notre quête. Au milieu du sentier des sables mouvants pouvaient nous avaler, il fallait contourner pour ne pas disparaître. Cela était facile en fait. Mais nous avions peur du Golem. Ce monstre d’argile qui pouvait s’éveiller à tout moment. Surgir de la boue et prendre forme. Devenir un colosse d’argile. C’était une légende raconté dans les livres mais nous y croyions. Le golem existait dans nos cauchemars. La nuit dans nos songes, la veille de nos excursions. Aller au ruisseau pour ramasser les pépites d’or était une aventure.

L’eau était couleur saphir. Et des milliards de pépites d’or scintillaient sur le sable fin. Les petites pierres dans l’eau de toutes les couleurs ressemblaient à des bonbons mais perdaient leurs beautés lorsqu’on les cueillait.

La rivière qui cerne le jardin de Luce mène peut-être, en la remontant, à ce ruisseau de mon enfance, Mon village se nommait Gourceix. Un village de pierres de d’eaux et de ruisseaux sous la terre. Où dans la forêt nous jouions dans les ruines d’un château. Les villageois c’étaient servit des pierres du château inhabité pour construire leurs maisons. De jolies sculptures en relief sur de simples maisons. Ainsi le château s’était démantelé, éparpillé à la ronde. C’était des maisons en granit scintillant, aux toits d’ardoise. Elle était dur et froide comme un roc cette pierre. Et grise avec des pépites rondes scintillantes mais rien ne pouvait l’effriter. C’était un miracle que les massons ai su la tailler pour en faire des blocs.

Le jardin de Luce était sous la mer il y a des milliers d’années. En creusant l’on peut retrouver des coquillages et des fossiles. Il pense qu’elle reviendra avec la fonte des glaces.

La glace aussi est un diamant aux milles facettes qui peut se sculpter, se tailler comme un bijou. Même à l’état brut, elle est complexe et merveilleuse. Les pierres que l’on taille pour en faire des bijoux sont quasi les mêmes pour ériger des cathédrales. Peut-être que la surface est un peu moins polis.

Tout ce qui semble dur comme du roc peut se transformer, devenir liquide. Et l’eau peut devenir pierre. Parfois je le rêve. Parfois le crois. Alors parfois je crois que l’eau est une émeraude liquide.

*

Une pierre de lune pour me protéger. Mais cette nuit mes règles étaient si douloureuses. Un mal de ventre terrible et des frissons de froid. La j’ai mal à la tête. J’ai voulu prendre un bain chaud pour me soulager. Mais si l’eau chaude apaise, elle fait couler le sang en abondance. Le sang a coulé à flot dans mon bain. J’ai finis par m’endormir dans l’eau, mon bain de sang où c’était un malaise. J’aurai pu me noyer. Une biche est entrée dans la salle de bain, son ombre fragile s’étirait sur les mosaïques. Tandis que la lune rouge, par la lucarne, flottait dans la salle d’eau. Ses sabots en or tintaient légèrement sur le carrelage. Elle s’approchait de moi sans crainte. J’aurai dû trouver étrange qu’un animal si craintif entre chez Luce. Je n’ose dire chez nous. Et qu’elle emprunte l’escalier en colimaçon, entre dans la salle d’eau. Ose venir s’approcher d’une humaine, elle qui d’habitude s’enfuie et se cache en la forêt, dépasse la frontière avec crainte. Mais je n’étais pas troublée. Sauf après quelques minutes a se dévisager, quand ses yeux me disaient quelque chose, me rappelait quelqu’un. L’animal à la robe d’or s’est abreuvé à l’eau de mon bain. Elle semblait aimer le goût du sang. Lorsqu’elle a cessé de boire, elle m’a regardé avec son museau fin, et j’ai reconnu le regard de Lorène. Son apparence de biche ne se reflétait pas sur l’eau, c’était le visage de Lorène que j’ai deviné sur l’eau. Mais mon corps a sursauté et une vaguelette l’a effacé. Je n’étais plus sûr de l’avoir vu.

Ce sont les pompiers qui m’ont éveillé entre chien et loup, j’étais nu dans mon bain de sang, si blanche et la tête me tournait. L’eau était devenue si froide. Je grelotais, je claquais des dents. Luce m’a pris dans ses bras et m’a porté. L’on m’a enroulé dans une grande serviette et il m’a mit au lit, m’a bordé. J’avais des absences. Le médecin m’a mit une perfusion a mon poignet gauche. C’était une perfusion rouge qui me reliait à un cœur palpitant. Un cœur semblable à une betterave sortie de terre. Celui de la biche. Le cœur était accroché, percé à une porte perfusion métallique. Après quelques battements de paupières, la vision s’est estompée. Ce n’était pas un cœur mais une poche de nutriments et de médicaments. Tout ce monde s’agitait autour de moi pour me soigner. Tous étaient encore troubles à mes yeux. J’entendais des « Elle » qui parlait de moi, puis des Euréka. Luce disait de moi « Ses menstruelles sont irrégulières, elles ne coulent plus durant des mois mais elles reviennent très abondantes à engorger le matelas qui devient spongieux comme une éponge. » J’avais honte de moi, qu’il raconte ça de moi, j’aurai voulu être invisible. Pourtant ils me regardaient tous d’yeux inquiets, observaient mon cas. Me regardaient comme on regarde un animal ou un enfant qui est irresponsable. Un pompier à demandé : « Mais est-ce qu’elle mange assez ? A vu d’œil quarante kilos toute mouillée. » La j’ai serré des dents, ma mâchoire crispée. Mes griffes acérées au matelas, je me serai prise pour un chat nerveux.

Le médecin et les pompiers étaient partis, nous étions tous les deux. Il caressait mon sexe de sa main. Il n’était pas assez doux à mon goût parce qu’il se désespérait que je ne ressente rien. C’était une main impatiente qui caressait mon sexe. Une main presque en colère. Une main irrespectueuse. Du sang bouillant ruisselait sur ses doigts. Parfois il léchait ses doigts avec gourmandise. Et moi pliée en deux par l’atroce brulure de mon bas ventre, je retenais mes cris. J’étais son animal. Animal malade. Sa chienne dégelasse mais aimé, enroulée dans les serviettes pour ne pas salir les draps. Mon corps était tout chaud, comme celui d’une louve, seuls mes pieds étaient glacés. J’étais prisonnière de cette transfusion piqué à mon poignet.

Ecume de lune (partie 1)

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