Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 22:54

Eloïse cherche son sommeil, se tourne et se retourne dans son lit. Finit par s’endormir. Son sommeil est léger, des ombres peuplent ses rêves. Le moindre bruit, le moindre geste la fait tressaillir, même le froissement d’ailes de papillon passé trop prés de son oreille, l’a fait s’assoir dans son lit, le cœur bondissant comme un guépard sur la défensive, le regard livide, échevelée. Etat au seuil du somnambulisme mélangé à de la douce folie.

Elle écoute la musique d’un ami compositeur Louis Papesse, de la musique très étrange et onirique. Dans un demi-sommeil elle se sent flotter. Quand la lecture du cd est finie. Elle essaye de dormir. Mais ses inquiétudes planent à nouveau au dessus d’elle. Des oiseaux noirs. Elle a la sensation que sa tête va exploser. Sa tête lui fait mal. Sa chambre est noyée d’idées sombres qui dessinent des petites vagues reflétées sur le plafond et les murs. Des livres flottent à la surface. Sa chambre n’est plus assez neutre. L’ordinateur veille d’une blancheur blafarde, sa légère ventilation s’étouffe de poussières. Eloïse descend dans la cuisine et se fait chauffer de l’eau. Choisit une infusion. Priscille la chatte rousse gratte à la porte de son balcon en miaulant plaintivement. Eloïse l’a fait entrer. La nuit s’y glisse aussi, elle goutte à son froid polaire et son infinie. Ses yeux s’émerveillent d’étoiles lointaines et s’inquiète de la lune au visage blême. L’animal se frotte à ses chevilles en ronronnant, en miaulant d’une voix douce. Sa maitresse lui sert du poisson bleu dans une petite assiette en porcelaine. Et se glisse dehors, à son balcon. Un peu d’air nuitée l’apaisera sans doute. Elle rejoint une autre chambre inoccupée, plus neutre, et s’endort enfin.

C’est à la suite du troisième évanouissement en à peine un mois, qu’elle se décide à aller consulter son médecin. Non pas qu’elle s’inquiète vraiment pour elle, mais elle a besoin d’un certificat médical, elle n’a plus la force d’aller à son travail.

Eloïse se déshabille en tremblant, s’allonge sur la table froide mais confortable d’auscultation. Il écoute son cœur à l’aide d’un stéthoscope, lui demande de respirer profondément mais elle est si tendu qu’elle ne respire pas comme il faut. Il lui tapote le ventre. Vérifie ses réflexes, un petit coup léger de marteau sur les coudes qui ne réagissent pas. Il lui prend la tentions descendu à neuf. Vérifie son poids léger.

Il lui faut un certificat pour son travail, une semaine de repos, à prolonger si besoin.

Eloïse risque de mourir si sa tentions descend trop…Si son cœur ne bat plus assez vite. C’est la sentence du médecin. Il lui prescrit bien des choses, comme des fortifiants. Mais elle jette l’ordonnance à la poubelle à la sortie du cabinet. Il ne lui a même pas prescrit de somnifères car l’antidépresseur est censé suffire. Elle l’a pourtant supplié. Elle aurait voulu dormir nuits et jours en attendant la mort. Des somnifères roses, elle en aurait abusé. A dormir, elle n’aurait vraiment pas eu besoin de manger et tôt ou tard, elle allait mourir. C’était ce genre d’idées morbides qui lui traversaient l’esprit tant Eloïse se sentait vide et seule. Ce n’est pas ce toubib qui va lui dire ce qu’il faut faire.

Elle se rend tout de même à la parapharmacie s’acheter du L72 trouble du sommeil et des tisanes sommeils à la verveine, réglisse, tilleul et mélisse. La voiture est garée en bas de la rue plus loin, à 500 mètres. C’est vrai qu’elle a les oreilles fines comme du papier à cigarette, le froid lui fait mal. C’était son amour qui lui avait dit ça, des oreilles fines comme du papier à cigarette. Comme si elle avait soudain une otite, elle regrette ne pas avoir mit son bonnet. La voiture s’est refroidie, elle la démarre et augmente le chauffage. La radio France culture. Une émission sur Antonin Artaud.

Eloïse va à la bibliothèque, non pas celle où elle travaille mais une autre pour trouver des lectures ou des films.

Les remèdes ne suffisent pas pour dormir. Alors dans sa nuit, elle visionne un film en DVD Santa Sangre d’Alejendro Jodorowsky. En buvant sa tisane.

Ce jeune homme qui se pense aigle parce que son père lui a tatoué cette animal sur le torse avec une lame de couteau. Qui se perche à son arbre mort dans sa chambre d’hôpital. Cette petite fille acrobate au visage de Pierrot qui doit traverser une corde en feu. Sa mère d’adoption, mauvaise tigresse, qui la menace de son fouet, si elle ne le fait pas. Ce jeune homme qui s’enfuit de l’asile quand il entend la douce voix de sa mère. Sa mère qui n’a plus de bras et de mains emprunte ceux de son fils, et le possède. Marionnette, l’un et l’autre ne fond qu’un. Ses bras et ses mains recouvertes de sang sont devenus celles de sa mère. Qu’il tombe amoureux ne plaît pas à sa mère pieuse, elle lui ordonne de tuer, il a beau essayer de contrôler ses mains et ses bras, ne pas souhaité commettre les crimes, c’est sa mère qui a le contrôle. Cette petite muette, cette amour de jeunesse, ce pierrot, qui revient du passé lui révèle que sa mère n’est qu’un fantôme, n’hésite que dans sa tête.

Eloïse hypnotisée par l’écran regarde ce film esthétique et morbide, cette poésie où se mêle le sang. A la fin elle ne trouve pas sommeil. Ni apaisement. Un exorcisme ?! Pas vraiment, ça alimente la machine à cauchemars. Aussi beau film soit-il.

Dans la nuit, elle réveille sa Belle Jaguar devenue si froide à la nuit d’hivers. Se promener, voila, ce qui reste à faire lorsque jamais Morphée ne revient. Radio classique. Elle traverse la nuit où des petites lumières lointaines brillent timidement. Priscille est assise sur le siège avant. Éloïse ne l’a pas vu. L’errance n’est pas si solitaire. L’animal la suit en son errance.

Priscille, est une chatte devenue SDF à la suite du décès de sa vieille maitresse alcoolique et asociale. Si l’animal n’a gouté à ce breuvage que des yeux, en observant sa maitresse. L’animal est aussi asocial que sa maîtresse morte. Agressive avec les autres chats et toujours seule. Elle est si belle Priscille. La seule qu’elle veut aimer c’est cette jeune Eloïse, si seule aussi. Et tellement plus douce que sa maitresse. Priscille est si jolie qu’elle ne pouvait que la charmer. Néanmoins elle ne dort pas encore à la maison, se contente de venir grignoter des croquettes à toute heure du jour et de la nuit. Qu’elle soit insomniaque est bien commode pour elle lorsque la nuit est si froide. Le reste du temps, elle aime le jardin, et se percher dans les arbres, lieu d’observation. Elle est libre. Pas comme un chien, mais elle sait aimer aussi. Elle a du chagrin pour sa maitresse que les voisins jugeaient, disaient du mal. Dans un quartier tout se sait. Et l’on médit sur les uns et les autres, le commérage va bon train. Priscille, elle, elle savait sa douleur. Elle savait la regarder. Elle ne voyait pas une malade mais un être doté de sensibilité. Eloïse aussi est détachée des ont dis et de la pitié. Qu’elle boive, elle n’avait pas envie de le savoir. D’alimenter la moquerie mesquine. Elle lui a bien apporté un bouquet de muguet. La femme n’a pas ouvert l’amitié, peut-être qu’elle ne se sentait pas bien, avait un peu honte de son état. Eloïse serait même mal placée de la juger.

Dans le rétro Eloïse s’aperçoit lointaine, en noir et blanc, c’est peut-être la nuit…Et les joues si creuses. En souriant, elle se fait peur, comme si une sorcière était assise sur le siège arrière. Puis ses yeux, ses yeux. Ceux de son père. En proie à l’émotion et à la tragédie. C’est lui en elle.

Une femme vêtue de noire fauche les blés en pleine nuit. Des blés à cette saison ? Eloïse longe les bois et la rivière. Freine brusquement à cause d’une chouette qui vole un peu trop bas et a traversé la route, a fleur d’aile. L’effleurant presque. Eloïse dérape, perd le contrôle, la féline s’agrippe de ses griffes à son siège en pleurant. Juste le temps pour Eloïse de la voir dans les yeux. Voir la mort.

La Jaguar est sous les eaux. On la voit à travers le scintillement bleuté au reflet des rayons de lune. De l’émeraude liquide. Au loin, dans un autre village, l’on entend les sirènes des pompiers. Elle est coincée dans la voiture, mais elle à son téléphone portable, elle a pu appeler avant que l’eau s’engouffre. C’est dans cet aquarium inversé qu’elle s’est endormie ou perdu connaissance tandis que Priscille frotte son museau contre sa joue en miaulant, lui demandant de revenir, de ne pas partir. Sommeil, oui, mais pas comme la belle au bois dormant. D’ailleurs c’est Eloise qui a appelé de l’aide, pour une fois.

*

Sommeil pas encore pour demain. Mais elles sont saines et sauves. Il n’y a que la luxueuse Jaguar qui est à la casse. Rester encore chez soi, et rêver de s’éloigner en prenant la fenêtre. L’infinie nuit, glacée. Pas toujours rassurant au milieu des chiens errants. La petite lampe de chevet est allumée, Eloïse lit, tandis que la chatte lit aussi en Eloïse.

Vomir, vomir, involontairement, assise devant la cuvette des toilettes. Peut-être qu’ils savent, peut-être que la voisine morte l’a su. Par le hublot de la salle d’eau, le visage d’une veille femme souriante. Priscille court vers elle, gratte au hublot. Lorsqu’elle la voit aussi, le visage de la morte, elle sursaute et crie d’effroi. Mais la brume s’éparpille, n’évoque plus de forme, laissant la buée derrière la vitre. Encore une hallucination, c’est certain.

*

D’une lettre d’un être aimé, un oiseau s’extrait des lignes et vient à Eloïse. L’oiseau prend la forme de l’homme qui lui a tant manqué et recouvre de douceur celle qu’il s’interdisait d’aimer. Il ne montrait qu'un cil de lune de son amour pour elle. Le reste dans l'ombre. Elle est enfin endormie. Il s’allonge à ses côté, et caresse de sa main son visage pâle. Elle est brulante de fièvre mais apaisée. Elle pense qu'elle rêve en lui.

*

Elle est assez lucide pour savoir qu’elle ne peut guérir, qu’elle ne peut lutter, lui-même le sait, il ne s’attend pas à un miracle, l’amour ne suffit pas, mais tout de même cet amour qui prend soin d’elle, lui apporte douceur et apaisement. Déjà, le jour se lève. Quand la nuit va revenir, il veillera sur elle. Aller se promener main dans la main, visiter un château…La journée sera douce. Il aime son Eloïse au chat, fragile.

Sommeil d'émeraude

Partager cet article

Repost 0
Published by fee-noire.over-blog.com
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de fee-noire.over-blog.com
  • Le blog de fee-noire.over-blog.com
  • : Mon univers sombre et féérique...Je m'appelle Prisca Poiraudeau,une rêveuse gothique, je suis passionné d'art...
  • Contact

Recherche

Liens