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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 12:36

L’écho sinistre des chiens aboyant dans la campagne. Le crépuscule en feu dans les peupliers aux troncs d’argent. L’élégant héron du marécage prend son envol…

Cette pauvre femme qui boit du mauvais vin. Sanglote à la table, dans son ombre projetée.

Euréka âgée de quinze ans prend soin de sa petite sœur Oléine âgée de sept ans. Mais Euréka n’est qu’une enfant et lui raconte des histoires qui font peur. Devant la coiffeuse elle brosse les longs cheveux dorés de sa petite sœur, et lui fait des soins de beautés. Ou la maquille. Tandis qu’Oléine brosse les cheveux de sa poupée, princesse Sissi. Elles jouent à l’esthéticienne, puis à la costumière. Défont tous les habits de la penderie, la miniature pour la poupée puis la grande qui ressemble à la petite. Euréka récite un étrange poème d’Estelle Valls de Gomis à sa sœur.

Après la chute

Le chien noir qui parle
Au soleil levant
Est sage
Et tiède est son pelage
Ses yeux mordorés boivent la beauté du monde
Qui s'entend
Devant son horizon
L'horizon bleu des arbres, des elfes, de la magie
Du savoir et des secrets
Perspective de gaieté
Que je ne peux plus toucher
L’
Éden, dont on m'a jeté

Si Euréka ne dort plus, sa sœur non plus, elles s’amusent ensemble. Mais Oléine est terrifiée par les contes de sa sœur. Sa grande sœur y croit, elle aussi. Euréka ne mange plus car elle rêve d’être mannequin mais Oléine, elle, mange, pas gourmandise, parce qu’elle à faim. Et à sept ans quand on mange sa soupe, on ne grossit pas, on grandit. Elle aussi ressemble à une asperge mais elle n’est pas si pâlotte. Elle mange du chocolat devant sa sœur, rien que pour la faire enrager.

La psychiatre d’Euréka est une sorcière. Madame Olga Riska s’habille en prada, parle avec un accent de l’est et d’une façon élégante, un peu précieuse comme une bourgeoise. Elle a les yeux dorés et dominateurs d’une lionne. Si grande, si déstabilisante juché sur ses talons aiguilles.

Si Euréka à une phobie scolaire ce n’est pas une raison pour ne pas aller au lycée. Sa mère doit l’obliger. Si Euréka se sent fatiguée c’est du cinéma, elle n’a qu’à prendre ses trois repas. Si Euréka empêche sa sœur de dormir, il faut la punir sévèrement. Le martinet est à prescrire. Si Euréka ne mange pas, elle l’enfermera à l’hôpital. Euréka deviendra l’oie qu’on gave. Deviendra une petite cochonne bien grasse et docile, les yeux vitreux de ceux qui sont shootés aux antidépresseurs. Si Euréka s’échappe dans ses rêves, Olga lui volera ses rêves. Il faudra se conformer à la platitude de l’existence. Redevenir petit soldat, machine…

Madame Olga est terrifiante. Méchante. Elle hante les nuits d’Euréka qui recroquevillé par la peur sanglote dans son lit. Sa petite sœur vient la rejoindre dans son lit, caresse sa joue liquide de larme. Euréka hurle en buvant ses larmes. Elle a si mal à la tête. L’ombre d’Olga plane au dessus de son lit.

La petite télé en bas grésille en peu. Bruit de fond. Et verre qui se pose et se repose sur la table et s’entrechoque à la bouteille. Maison noyée dans un verre de mauve…Chaise qui grince et regrince. Être qui marmonne son mal être. Puis hurle après un chat, donne un coup de pied dans le vide en direction du chat et s’affale par terre. Et l’enfance observe tétanisé de peur du haut de l’escalier sa mère qui dérive comme un bateau en proie à la tempête. Sa chevelure hystérique. Les gouttes de vin coulent sur son menton et écœurent la petite. La lumière blafarde sur son visage. Les poches sous les yeux.

Madame Olga chevauchant un balai, les longs cheveux noirs en rafales, un rire glacial qui se confond à la voix d’un vent spectral. Passe à travers la fenêtre de sa chambre. Son ombre étirée au dessus de son lit en fer forgé. Un élixir bleu étoilé qu’elle tient dans sa main griffu. Du poison !

Les ronces aux pieds de son lit s’agrandissent aux mains orchestres d’Olga, et viennent s’enlacer, s’entortiller autour de la victime. S’agrippant de leurs griffes au corps d’Euréka. Son corps maigre se perle de sang. Elle veut hurler mais aucun son ne sort de sa bouche. Olga lui fait boire de force le contenu de la fiole. Le liquide glacé et visqueux coule dans sa gorge. Elle à un haut le cœur, la nausée…Les larmes coulent à flot sur ses joues. Euréka n’a plus de force, a du mal à se relever. Elle essaye en vain. Ce n’est pas à cause des ronces, même si elles déchireraient sa peau, elle peut se lever mais elle est tétanisée de peur. C’est comme sa voix qui ne sort pas. Lorsqu’elle parvient enfin à se relever brusquement, les ronces lui déchirent la peau laissant apparaitre son estomac, son poumon…Son cœur sort de sa poitrine. Elle se réveille en sursaut en hurlant. Cela réveille sa petite sœur.

Comme un chat Oléine se couche à plat ventre sur elle, et la serre très fort. Elle entend son cœur qui bat trop vite. Les larmes courent sur sa nuque, son dos. On entend dans le silence, le ronflement caverneux de la mère.

Elles descendent sur la pointe des pieds, à tâtons dans l’obscurité. Euréka prépare une infusion à la camomille. Elle sucre avec un peu de miel car elle se sent en hypoglycémie.

Dehors, elles entendent Moïse aboyer. L’ombre de la niche s’étire dans la cuisine et devient fluette. La grande ombre du Briard s’enfuit, traverse la cuisine, sa chaine se brise…Et sursaute sur le carrelage noir et blanc sans faire de bruit. Euréka se précipite dehors pour voir se qui se passe. Moïse est effrayant, il grogne immobile, montre ses crocs. Mais Euréka ne voit rien. Elle frisonne de peur, peut-être que la chose se confond à la nuit, tapis dans l’ombres ou caché dans un buisson. Oléine à l’arrière de sa grande sœur balaye son faisceau lumineux dans la nuit. Espérant découvrir le visage de ce qui hante sa sœur. Est-ce imaginaire ? C’est ce que prétend sa mère. Mais le chien à peur aussi, se sent menacé. Euréka tente de l’apaiser même si c’était plus qu’un cauchemar…Madame Olga ne chevauche pas des balais, mais elle est réelle et terrifiante.

Madame Olga décideuse du destin des malades. Les hôpitaux psychiatriques blancs immaculés. Les couloirs infinis. L’odeur d’eau de javel. Les blouses blanches. Les chambres qu’on ferme à clef. Les sangles qui lacèrent les corps de personne, personne devenue personne en chemises bleues…Dans des chambres semblables les une aux autres. Les immenses seringues qui pénètre la chair, le poison qu’un infirmier infuse en soi. La torture en salle d’électrochocs.

Mélanie leur mère connait cet univers carcéral. La peur se retransmet de mère en filles…Ce que raconte la mère, amplifié. Amplifié par l’écho des murs de l’hôpital de sa souvenance où sa voix se perd dans la profondeur de son puits infinie. Euréka se souvient de ce que lui raconte Mélanie sa mère. Ces propres frayeurs ce kaléidoscope à ce film. Euréka psychose. Sa mère alimente le feu de sa peur.

Quelques années plus tard

Oléine la petite sœur n’a jamais existé. Une sœur imaginaire d’Euréka. Euréka une enfant solitaire, trop seule. Euréka quand elle était petite n’avait pas de grande sœur. Elle s’est inventé des souvenirs. Euréka jouait seul. Euréka était terrifiée par la violence de sa mère et elle a toujours peur. Euréka se réveille à peine de ce rêve. Qui est cette Oléine qu’elle croit apercevoir dans les miroirs ? Elle est redescendue sur terre, perdue. La réalité lui parait extrêmement terre à terre, elle n’arrive plus à rêver.

Elle ne va plus à l’école, depuis longtemps. Elle prend des cours par correspondance de littérature avec le CNED. Prépare des examens pour devenir professeur de lettre. Ecrit un roman. Vît seul dans un studio. Reçoit une allocation car elle est malade. Mais à présent qu’elle est adulte, et se débrouille tant bien que mal, elle a envoyé balader sa psychiatre maléfique. Elle a cessé les consultations. Elle a mise Elsa son infermière à la porte. Celle-ci a eu le tord d’ouvrir son réfrigérateur. Il n y avait pas grand-chose, quelques tomates, des feuilles de salade, du jus de citron, et des yaourts zéro pour cent. Euréka est sortie de ses gonds. S’est montré brusque avec cette flic infermière parce qu’elle avait peur. Parce qu’elle la blessé. Lorsque l’éducatrice Monique est venue trois jours plus tard pour son insertion professionnelle, elle ne lui a pas ouvert la porte. Elle n’aimait pas la pression. Elle s’est cachée. La sonnette stridente insistait, faisait vibrer les murs. Ces gens là, ne sont plus jamais revenus. L’allocation a été versée tous les mois malgré tout. De toute façon Euréka sent qu’elle va réussir à s’en sortir sans et n’en aura plus besoin.

Tous les matins, elle va à ses entrainements de gym et de danse aquatique. Lorsqu’elle monte sur la balance 44 kilos s’affiche. Lorsqu’elle se regarde nu dans la glace elle se trouve très belle. Très aérienne. Elle voit ses os à travers sa peau translucide.

Journal intime d’Euréka

Mon éditrice, ma seule amie (épistolaire) m’invite à Paris pour une rencontre littéraire. Elle me paye mon billet de train aller-retour et mon hôtel. Flora pourrait-être ma maman. Elle me dit que ce voyage me ressourcera. Elle vient me chercher à la gare, m’accompagnera à l’hôtel, me donnera une carte de la ville et du métro si je souhaite aller visiter. Un taxi viendra me chercher à l’hôtel pour m’emmener à cette rencontre littéraire qui passe à la télé. Si je me sens trop effrayée dans le métro, tant pis, je paierais le taxi. Je ne vais pas commencé à m’angoisser. De plus, de Rochefort à Paris, il n y a pas de changement de train, c’est direct. Juste deux lignes de métro mais je serais avec mon éditrice. Je lui ai dit que j’ai peur. Que je n’ai pas l’habitude des grandes villes et du métro. Que je souffre d’une phobie sociale. Mais je dois faire un effort. J’ai préparé ma valise. Pour la soirée littéraire, j’ai prévue d’enfiler une robe gothique lolita, bleue ciel avec des broderies, des perles d’argent. Elle est mis longue avec une capuche doublé d’une fourrure blanche à l’intérieur (synthétique bien sûr). Un peu moulant, un dévolté en v, cela me va très bien car j’ai une taille si fine et une petite poitrine. Sur moi, ça ne fait pas vulgaire. Avec je porterais des bas de sois en dentelles blanches.

Comme je ne me passe pas de lectures, j’ai emporté Entrer dans la ville Morte de Florence Charrier. Les poèmes de Goerg Trakl que Flora m’a envoyé. Mon amie me conseille souvent des lectures. J’ai emporté aussi la photographie de mon père de 1993. Un jeune père agé de 24 ans, pâle, les cheveux noirs, un peu féminin. Un père qui nous a abandonné. Mon appareil photo argentique. Un pendentif qui appartenait à ma grand-mère. Un médaillon, en forme de fleur. Les contours dorés, un fond noir, une colombe en relief dorés. Lorsqu’on le retourne, on découvre l’étoile de David, à huit branches. J’emporte aussi ma trousse de maquillage. Ma crème biologique à la lavande. Mon tarot de Marseille. A la nuit, un parfum crée par Serge Luttens.

Ce matin, je suis allée à la piscine m’entrainer. Je suis épuisé. Je souffre d’anémie. Je vais manger (juste) une pomme.

…Durant le voyage en train. J’ai relus les poèmes de Goerg Trakl et de Novalis. Je rédige aussi un mémoire sur la biographie et l’œuvre de Goerg Trakl. Son amour pour sa sœur me semble aussi fascinant que son œuvre poétique. Je dois approfondir mes recherches.

A la gare Momparnasse, Flora m’attendait. Une femme sans âge. De longs cheveux noirs tressés. Peu de rides, juste un peu autour des yeux et c’est presque jolie. Elle porte des longues robes noires ou mauve. De l’ambre en pendentif. C’est une femme très douce qui parle avec une petite voix posé.

…Je n’arrive plus à dormir, ça fait des nuits. J’ai rêvé d’Oléine, ma sœur imaginaire. Oléine avait le même âge que moi. Nous étions dans ce train, nous allions toutes les deux à Paris pour nos livres. Elle avait un arbuste qui poussait sur sa tête, un tronc droit et assez fin, mais très grand. Le train devait être très haut de plafond. Car l’arbre si haut, je ne voyais pas la fin de cet arbre infini perdu dans l’obscurité du plafond du train. Un petit carré d’herbe sur sa chevelure comme un chapeau pointu de chinois. L’arbre semblait prendre racine à son esprit. Elle l’avait mit sur sa tête, car elle ne pouvait pas l’emporter dans sa valise, sur sa tête, c’était moins encombrant. Elle s’est levée de son siège, a tangué un peu, cherchant son équilibre. Je n’avais pas du tout honte, je n’étais même pas étonnée de sa singularité. Je me suis dit, elle est si spirituelle.

Je suis assise devant la fenêtre où je vois la nuit, la neige, le toit de cette petite église gothique. Je me suis baladée avec Flora dans la nuit. Pas un chat au jardin des tuileries, personne, seulement nous. On a longé la Seine, traversé le pont des arts. Sur les quais un sdf donnait à manger aux pigeons, des miettes de pain (de son sandwich qu’une passante lui a offert). Il y avait une bouteille de vin rouge non loin de lui mais l’homme barbu n’était pas ivre. Les bateaux mouches passaient devant lui. Aux champs Elysées il y a un marché de noël, Flora n’a pas pu résister à l’envie d’une crêpe au chocolat. En revenant mes pieds me faisaient mal, à cause de la neige. Ils étaient glacés et me brulaient. J’ai dû tremper mes pieds dans l’eau chaude du bain pour apaiser la douleur terrible. Je ne suis pas rentrée toute suite, cette grande roue, les petites nacelles…Flora en avait envie. Il n y avait personne. Nous étions les seules à monter à bord, je n’étais pas rassurée, dans la nuit, tout en haut. La peur du vide. Je me suis agrippée à son bras. La nacelle est restée suspendu en haut, quelques minutes et se balançait légèrement au gré du vent, c’était terrible ! Mais jolie aussi, ce jardin blanc des tuileries, ces flocons de neiges, et les arbres glacés comme soufflé par un verrier. Je grelotais de froid et mes pieds dans mes chaussures humides commençaient à être douloureux.

Euréka au cœur de la nuit lit et rédige son journal. Puis se lève, reste immobile à sa fenêtre contemplant les flocons de neiges et les petites lumières au loin, de la ville. Des yeux rouges à côté de l’église gothique. Un animal noir qui se meuve. Noir sur noir, il se fond à la nuit. Le chien ressemble à Moïse. Moïse avait disparu en même temps qu’Oléine. Un chien fantôme ? De son imagination ? Il s’était enfuis dans la nuit en brisant sa chaîne qui le retenait à sa niche, grognant après quelque chose de menaçant. Euréka était sortie avec sa sœur en pleine nuit, le chien grognait mais il n’y avait personne. Il s’est enfui, elles n’ont pu le retenir. Oleine a disparu le lendemain matin, sans doute à cause de l’albilify. Ils voulaient qu’Euréka revienne de ce pays des songes. Elle était entre, sur le seuil, la porte dans le miroir était entrouverte, la porte de cette autre monde où il y avait son autre plus petite qui souriait. Euréka réfléchit, ses souvenirs sont troubles comme l’eau stagnantes des marécages. Le rêve de sa sœur dans le train. Ce chien, un briard qui ressemble à Moïse. Un signe ? Et si c’était lui. Euréka ouvre la fenêtre et l’appelle. Le vent polaire s’engouffre dans la chambre, fait virevolter sa chevelure, les rideaux. Elle appelle mais l’animal à déjà disparu. L’œil d’une affreuse gargouille brille d’une lueur bleue. Euréka trésaille. Une petite luciole bleue prend son envole. C’était cela l’œil de la gargouille. La jeune auteure est rassurée. La luciole tourbillonne et se pose sur la blanche main d’Euréka, elle se dessine un sourire.

La luciole est restée posé à sa fenêtre. Euréka a laissé sa chambre dans la pénombre pour l’admirer. Elle prend son bain à l’huile essentielle de rose. Sous le reflet bleu de l’eau on dirait qu’elle a des écailles. Ce n’est qu’un effet d’optique avec les vaguelettes. L’effet d’un manque de sommeil. L’eau est incroyablement douce. Quand elle sort du bain, elle s’allonge nue sur son lit, la luciole est toujours là. Elle ouvre la fenêtre pour qu’elle puisse rentrer. Dehors il fait si froid. Euréka nue sur son lit l’attend en grelottant. La luciole n’ose pas entrer. Il neige. Euréka se glisse dans les couvertures, prend son baladeur Mp3 posé sur la table de chevet et écoute le dernier album de David Bowie.

‘Je suis une étoile noire, je suis une étoile noire. (…)Dans la villa d'Ormen se tient une bougie solitaire. Au centre de tout ça, tes yeux (... ) Je vois bien, de façon si étendue, une telle douleur à cœur ouvert. Je veux des aigles dans mes rêveries, des diamants dans mes yeux’ Chante David Bowie dans la langue de Shakespeare. Tandis que les images esthétiques du clip défilent sur son petit écran. Quand elle s’endort enfin, et que la musique s’échappe des écouteurs, la petite luciole se pose entre ces deux yeux comme une bougie solitaire, la neige oblique tombe dans la chambre. Glace les murs déjà blancs où une ombre en forme d’ours se promène.

Je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit. J’avais laissé ma fenêtre ouverte, il faisait froid. J’ai remonté le chauffage ce matin. La dame de chambre m’a apporté un verre de jus d’orange, un café. Dans ce rêve j’étais dans l’eau bleuté de mon bain. J’ai plongé, je me suis enroulée sur moi-même, comme une pirouette et je me suis retrouvée dans la mer d’Arctique. Il y avait un immense plongeoir, des échelles comme à la piscine municipale où je m’entraine. La maitre nageuse assise en hauteur me regardait avec ses jumelles et semblait m’encourageait. Entre ses mains un chronomètre. Oléine me regardait dans un miroir ovale au fond des eaux. Je l’ai rejoint. J’ai pris sa main, je l’ai tiré vers moi de toutes mes forces pour la faire revenir dans mon monde. Sur la banquise un ours nous regardait dans l’eau, d’un regard doux. Il a mit sa patte dans l’eau. L’océan s’est renversé dans le ciel, nous étions projetée dans l’espace étoilée infinie, nous nagions, je me sentais comme un poisson dans l’eau avec ma sœur retrouvée Oléine. Flottait un grimoire doré. Oléine a ouvert le livre, et des lucioles se sont échappées. Le visage de mon éditrice Flora est apparu sur l’écran du livre ouvert. Une auréole d’ange. Elle me souriait. Un vaisseau fantôme nous a traversés. Une malle est tombée de ce vaisseau et a coulé. Le canna s’est brisé à cause du choque sur les pierres au fond de l’eau. Des souvenirs d’enfance dans ce coffre, une photo en noir et blanc de ma sœur et moi. La photo de mon père (que j’ai emporté dans ma valise), une petite robe noire d’écolière avec un petit col blanc qui m’appartenait, une poupée blonde au bras cassés que je nommais Elodie. Un livre de lecture de l’école. Bambi en peluche. Un cahier d’exercice d’écriture.

Je me suis réveillée dans la chambre d’hôtel, le soleil faisait étinceler la neige. La fraicheur caressait mon visage mais je n’avais pas froid malgré tout avec les couvertures.

Euréka avec son plan s’aventure dehors. La soirée littéraire n’est que le soir. Elle espère qu’elle n’aura pas mal au pied comme hier avec la neige. Elle traverse le jardin des tuileries un peu plus animé que la veille. Passe devant l’Obélix. Se rend au musée d’Orsay ancienne gare, visiter l’exposition temporaire l’ange du Bizarre. Voyage immobile. Redécouvre le tableau Le cauchemar de Johan Heinrich Füssli et songe avec fascination à ses propres rêves sexuels. Parmi les œuvres de Goya et de Redon, une gravure méconnue attire son attention. Une apparition devant les pendus. Un château en dernier plan. Œuvre de Maurice Dumont. Mais aussi des œuvres de Fernand Knopff. Certaines scènes illustrant Bruges La Morte écrit par George Rodenbach, un récit qu’elle aime beaucoup. Des toiles de Munch. Euréka est émerveillée. Lorsqu’elle sort de l’exposition, elle est épuisée mais souhaite découvrir en nature les peintures de Vincent Van Gogh pour terminer. Elle a lu Lettres à son frère Théo. La correspondance entre Vincent et Théo son frère.

Euréka descend à la station de métro, consulte avec attention son plan. Elle n’a pas l’habitude. Néanmoins rapidement elle se repère. Et se laisse glisser dans la foule jusqu’au musée Beaubourg. C’est sinistre et le bruit des rames sont funestes mais elle aime bien. Devant le musée à l’architecture contemporaine, un groupe de lycéens assis en rond chantent, un jeune homme aux cheveux longs les accompagne à la guitare. Euréka s’assoit à la terrasse d’un café, commande un chocolat. Elle ne se sent pas bien. L’hypoglycémie. Elle pense que le chocolat suffira jusqu’à se soir. Elle n’a rien mangé, ni même ce matin mais elle a l’habitude. Il est déjà treize heures. Elle fait la queue pour visiter Beaubourg. Comme elle a vingt ans elle ne paye que six euros l’entrée. Picasso. Les mobiles de Calder. Puis les immenses escalators. Les statuts de Giacometti. Les toiles de Chagall. Les statuts de Brancusi à caresser des yeux. Les toiles de Balthus, les petites filles au chat. Le chat représente le peintre qui est un voyeur. Il a du lire Alice au pays des merveilles. Les petites filles sont troubles ou naturelles, on ne sait pas, c’est ambigu. La leçon de guitare l’est moins, c’est surtout violent. Tout en haut, au bout des escalators d’enfers, une superbe vue fascinantes sur les toits de Paris.

Euréka reprend un métro pour aller visiter la maison et l’atelier d’un artiste symboliste qui la fascine. Gustave Moreau. Son chez lui, l’espace où il vivait est assez sobre mais les deux ateliers aux derniers étages sont immenses et fascinants. L’infini planché, ses grandes fenêtres. Les escaliers en bois. Le temps semble suspendu et le peintre hante toujours ce lieu. Pleins d’œuvres inachevés. Euréka est fascinée, parfois troublée par les déesses et sphinges dans des paysages merveilleux.

Elle rentre à l’hôtel éreintée. Se déshabille et prend sa douche. Se trouve très amaigri dans le miroir. Ce n’est pas comme chez elle où les miroirs sont grossissants. Elle se demande si le miroir est sincère. Celui-ci finit par s’embuer. Elle enfile sa toilette bleue ciel à capuche et ses bas blanc mais ne se maquille pas car une maquilleuse va s’occuper d’elle avant d’aller sur le plateau. Dans quelques instants un taxie va venir la chercher en bas de l’hôtel. Euréka se sent nerveuse, ses mains tremblent. La nuit est tombée, la petite luciole est toujours là. Euréka éteint la lumière pour mieux admirer son scintillement. La luciole est bleutée comme elle.

Le petit chaperon bleu sort de sa chambre, met la carte clef dans son sac. Il ne faut pas l’oublier ! Traverse le couloir, tournoie jusqu’à joindre l’ascenseur. En bas l’élégante réceptionniste noire lui souhaite un bon soir chaleureux. La voilà dehors dans le froid. Le taxie est déjà là. Le conducteur noir, grand et mince, lui ouvre la portière de sa Mercedes. Une étrange musique flotte à l’intérieur du véhicule.

-Qu’elle est cette étrange musique ?

-La compositrice se nomme Aulne Papesse. Vous aimez ?

-Beaucoup. On dirait de la musique de John Carpenter.

Ca me change du métro. C’est royale de passer par les Champs Elysées.

-J’ai l’impression de vous avoir déjà rencontré.

-Pas moi, pourtant certains fantômes me poursuivent…

-Attendez ! Ca y est ! Cela me revient. Vous êtes écrivain ?!

-Vous avez deviné.

-Non, je vous ai lu, et j’adore vos récits fantastiques ! Ca fait froid dans le dos ! Mais c’est aussi très sensuel ! Je me souviens du portrait de vous au dos du livre.

-Merci.

-Vous êtres très gracieuses, vous pourriez être mannequin ! Vous savez Karl Lagerfeld est monté une foi dans ma voiture. Il est très gentil mais il a l’air tourmenté et souffrant.

L’homme sort un gros cigare, et l’allume avec l’allume cigarette. Euréka tousse, la fumée l’a gène. Elle n’ose pas être impolie, n’ose pas se servir de sa main comme éventail pour chasser la fumée.

- Je l’admire vous savez.

-Vous êtes pâle, ça n’a pas l’air d’aller…

-Le mal des transports comme le mal de mer en bateau…Je n’ai rien avalé depuis ce matin ! Hypoglycémie. En plus je suis insomniaque.

-Si j’avais des chocolats ou un bonbon, je…

-Ca va passer…Tout de même cette musique est si étrange.

La fumée de cigare voile le paysage urbain. Floute les lumières dans la nuit et la tour Eiffel. Son cœur bat trop vite. Sa poitrine est serrée.

Quand il se gare devant le studio, l’homme à un regard pleins de désirs, il la caresse entres ses cuisses.

Oh non soupire Euréka au fond d’elle-même. Encore un malade ! Que dois-je faire ? Lui dire d’arrêter mais il est si gentil, il m’a flatté, il s’intéresse à mon écriture, ce n’est pas tous les jours, je vais lui faire de la peine si je le rejette. Tant pis ça va passer. Oh, je suis trop faible, pourquoi je me laisse faire ?! J’ai peur, oh là il n’a pas froid aux yeux, si ça continue il va mettre la main dans ma culotte.

Sa main caresse à présent son sein sous sa robe. Euréka rougit. Il l’a croit émoustiller mais elle se sent mal à l’aise. Sa bouche comme une sangsue bise son cou fin de cygne.

-Je, je…dois y aller. Je vais être en retard.

-Prenez soin de vous !

L’homme lui donne sa carte avec son numéro de téléphone et la laisse partir. Il s’en va, en appuyant très fort sur l’accélérateur, comme un fou. Une de plus sur son tableau de chasse.

Devant l’entré du studio Euréka tremble, sanglote devant la porte.

Flora s’inquiète de son retard, alors elle sort et la découvre par terre. Euréka a perdu connaissance. Elle tapote sa joue pour qu’elle se réveille.

Il m’est arrivé quelque chose d’incroyable !

Je savais qu’un beau jour…Mais je vais conter à partir du début.

Je me suis réveillée dans un fauteuil rétro style année 70, dans une loge d’artiste. Flora était accroupie à mes genoux. A côté de moi sur une table basse en verre transparent, on m’avait déposé un plateau, un verre de jus d’orange, du thé jasmin dans une théière chinoise, des biscuits en forme de croissant de lune. J’ai bu un peu. Le thé jasmin sucré avec du miel. Et mangé lentement deux petits gâteaux.

La coiffeuse m’a lissé les cheveux. Ils étaient raides et soyeux comme ceux des japonaises. L’esthéticienne m’a maquillé, du fond de teint rose ivoire, de la poudre blanche, du fard rose à joue. Elle m’a maquillé les yeux, m’a fait les ailes de chauves souries. Différentes nuances de mauves. En commençant par l’argenté, et en finissant noir sur le côté. Du mascara effet faux cil. Du crayon à lèvre rouge pour le contour, les redessiner, puis du brillant à lèvre rouge.

Le plateau est intimiste, la lumière feutrée, on se croit dans un studio de cinéma. Les fauteuils d’un style ancien étaient confortables. Mon éditrice était assise a côté de moi et souriait à l’autre jeune femme blonde devant moi. Comme si elles étaient complices de quelque chose. L’autre personne était nerveuse aussi, ses mains tremblaient. Elle était belle. Ce visage ne m’était pas inconnu, j’avais l’impression de la connaitre. Elle était très grande, même assise et aussi mince que moi. Elle était vêtue d’une robe de soie noire assez sobre. Portait de jolis bijoux qui semblaient anciens. Son rouge à lèvre était rose pâle. Assez peu maquillé, si ce n’est que les faux cils, un trait de crayon sur la paupière à la manière d’une Egyptienne dans l’antiquité.

La présentatrice Mademoiselle Pimprenelle Du Corbeau, aux longs cheveux bruns, un visage rond avait une poitrine généreuse. Une taille fine mais des hanches et des fesses généreuses. Une manucure parfaite, des ongles bleue nuit étoilé. Elle avait une voix ronde et grave mais douce aussi. Flora serrait très fort ma main. Elle faisait ça comme une maman car elle me sentait nerveuse. C’est au moment de nous présenter que j’ai compris…La jeune fille blonde est ma sœur ! Oléine ! Si elle s’attendait à me rencontrer, moi j’étais démunie, je pensais même qu’elle était imaginaire. Oléine porte le même nom que moi. Elle se nomme Oléine Aralia.

Oléine a publié un recueil de poèmes qui se nomme La chrysalide des yeux. C’est Flora qui l’a publié, elle savait. Oléine est aussi chanteuse lyrique et mannequin. J’ai pleuré à flot. L’éthicienne est revenu sur le plateau pour retoucher mon maquillage. Oléine m’a expliqué que notre père Renald Aralia était amoureux d’elle et l’a kidnappé. Kidnappé n’est pas le bon terme car il a en effet demandé la permission à ma mère, elle a accepté car elle se sentait fatigué d’élever deux enfants. Ma mère Mélanie Tatiana m’a toujours fait croire qu’Oléine n’existe pas sous la complicité de Madame Olga qui m’a fait passer pour folle ! Des délires j’en ai eu quelques uns. Mais ma mère m’a menti ! Le monde entier fût mit au courant de cette histoire qui m’appartient. L’émission littéraire pris des allures de magazines psychologiques du style Ca se dispute avec Jean Luc Delaru. J’étais en état de choc et furieuse après ma mère. Je ne pouvais contenir mes larmes. Sur le plateau télé, je racontais ce que j’avais visité à Paris et mes rêves récents à la rencontre de ma sœur.

Madame Pimprenelle m’interviewa tout en faisant éloge de ma plume sur mon dernier roman « Le Miroir des Ophélie ». Un thriller fantastique très esthétique. Elle trouve que mon écriture est très graphique, voir cinématographique. Je suis montée sur la petite scène en bois et j’ai lu des extraits que mon éditrice m’a indiqués de lire.

Oléine plus papillon que moi, plusieurs cordes à son arc mais débutante dans tous, a lu quelque uns de ses poèmes qui m’étaient dédiés. A la sœur, comme elle me nommait. La pauvre était trop émue. Toute tremblante, pleurante, même sa voix était un sanglot, qui se déformait. Plus tard elle remonta sur scène avec sa guitare électrique chanter une chanson électro acoustique. Sa voix était cristalline. Je l’imaginais assise sur un croissant de lune.

Pimprenelle Du Corbeau mit en lien nos écrits. L’une et l’autre, dans nos écrits, nous nous évoquions et nous nous invoquions aussi comme on invoque une déesse, comme on s’adresse de façon mystique à l’absent devenu divinité car forcément idéalisé.

Flora après la rencontre littéraire offre aux deux sœurs un repas au restaurant indien et intimiste. Euréka a vivement besoin de manger pense Flora. Elles dinent au dernier étage du restaurant, à la fenêtre, où elles peuvent admirer la tour Eiffel. Presque la toucher en tendant le bras dehors. Et regarder la Seine. La neige tombe, elle s’était faite oubliée l’après midi. Une petite chandelle vacille entres leurs yeux timides et fascinés. Un chat noir svelte se promène dangereusement sur le bras de la structure métallique. Les chats sont parfois des oiseaux songe rêveusement Oléine.

-Quand nous étions petites c’est moi qui souhaitais être mannequin, pas toi. Toi, tu mangeais beaucoup, plus c’était sucré, plus tu aimais.

-Oui, c’est vrai, et j’ai réalisé ton rêve comme un miroir. En fait je suis très menue naturellement. Je fais bien un peu de gymnastique tous les jours, je mange équilibré et léger sans trop d’écart mais je ne suis pas une artiste de la faim. Mais toi tu ne mangeais pas beaucoup.

Euréka baisse les yeux, rougit, elle n’aime pas parler de ça. Une onde d’angoisse comme un éclair traverse son ventre.

-J’ai toujours des problèmes psychologiques, je suis à la MDPH…Olga Risqua me suivait toujours jusqu’à récemment. Elle me terrifie. Mais à présent je fais des études avec le CNED je veux devenir professeure de français. Je vis de l’allocation adulte handicapé mais comme je ne fais plus les soins on va me couper les vives bientôt. Il me faut mon diplôme et trouver vite un poste. Je prépare un mémoire sur le poète Goerg Trakl. Je vais à mes entrainements de gymnastique, et je fais aussi de la danse aquatique, de jolies figures. Je m’entraine beaucoup.

-Ah oui Olga cette vieille chouette ! Je m’en souviens. Quand elle t’a hospitalisé c’était terrible ! J’ai pensé que tu allais te laissé mourir !

-Je ne veux plus me souvenir. Moïse a disparu et toi aussi. Moïse existait-il ?

-Oui, il s’est échappé avec papa. Papa était amoureux de moi, il ne fût pas un père pour moi, mais je te rassure notre amour fût platonique, il était fasciné par mon corps de petite fille mais jamais il ne m’a fait de mal ! Jamais ! Il m’achetait de jolies robes et m’a inscrit à des concours de beautés. Adolescente tu n’allais pas bien et tu m’as mise en danger. Nous ne dormions plus et je devenais psychotique comme toi. Tu me terrifiais avec tes histoires de fantômes et de sorcières. Papa a dit que tu es un danger pour moi. Et maman aussi, elle l’était pour nous, avec son alcoolisme, mais toi tu étais déjà grande et prise en charge par les médecins. Tandis que moi…Maman ne s’occupait pas beaucoup de nous…

-Pourquoi papa ne m’aime pas ?

-Parce ce qu’il t’a battu et tu l’a dénoncé. Dénoncé c’est le mot qu’il emploi. En réalité tu l’as dis à ta maitresse d’école. C’est elle qui te posait des questions, car tu pleurais et tu avais des marques. Tu as eu raison de lui dire. C’était une évidence même si tu avais nié. Mais il est allé deux ans en prison et il était déçu de toi. En fait il pense que c’est normal d’éduquer les enfants ainsi. Néanmoins, moi, il ne m’a jamais battu car j’étais très sage, tandis que toi tu étais si vive.

-Je ne me souviens pas de tout ça ! A moi, on m’a fait croire que tu n’existe pas, pour moi tu es un fantôme, le fruit de mon imaginaire. Des électrochocs on effacés mes souvenirs. Je suis retournée plusieurs fois à l’hôpital.

-Et maman ?

-Je me suis éloignée d’elle. Elle est en cure de désintoxication. Pourquoi elle m’a menti ?! Mais pourquoi ?!

-Elle ne me manque pas trop. Je me souviens qu’elle me faisait peur. Papa est mort d’un cancer du poumon, il fumait trop, il y a un an. Il travaillait dans un grand magasin de vêtement de mode. Il aimait beaucoup lire, c’est pour cela que j’écris. Il n’a pas eu de femme dans sa vie sauf des amantes.

-Tu n’as pas essayé de me revoir ?! De me contacter…

-Je suis plus jeune que toi, et maman m’a toujours terrifiée. Mais j’espérais que tu me remarque à la télé. Je t’ai invoqué comme le dit si bien Pimprenelle dans mes poèmes, dans mes chansons…C’est bien une preuve d’amour !

Euréka n’a mangé que trois fourchettes de légumes aux amandes, elle n’en peut déjà plus, et joue avec la nourriture. Oléine savoure du riz au curry accompagné d’une ratatouille.

Autant dire que les retrouvailles avec ma sœur ne m’ont pas aidé à m’endormir. Quel est belle et fascinante ! J’en oublierai presque l’incident avec le chauffeur de taxie suivis de l’évanouissement… Flora trouve que j’ai encore maigri. Elle se fait un sang d’encre pour moi alors que moi je joue à l’acrobate sur le fil de ma vie, entre vie et mort. Je me meurs, je m’en fou. Je devrais culpabiliser de provoquer la peur chez l’autre qui m’aime. Moi qui ne m’aime pas. Elle s’inquiète, c’est presque la seule preuve d’amour que je reçois de sa part, qui me rassure, alors je n’essaye pas d’apaiser son inquiétude. Je pourrais faire semblant d’aller bien. Néanmoins mes jours d’insouciances je les partage avec joie avec elle.

Lire, j’en étais incapable, je pensais trop à ma sœur. Retrouver une sœur c’est un peu comme trouver l’âme-sœur. On dit l’âme-sœur pour l’amoureux ou l’amoureuse, c’est étrange…Au restaurant Oléine m’a donné sa carte de visite avec son adresse, numéro de téléphone. Je peux aller la visiter bientôt. Elle a hérité d’un bien immobilier de son père. Me propose de venir habiter chez elle, si j’en ai envie ou si je me retrouve sans ressource…Si je suis trop malade pour travailler. Si je préfère écrire. Elle, elle gagne bien sa vie. Et m’affirme y être peu présente. Il y a deux salles de bains et beaucoup de chambres.

Ma sœur vit dans un bel immeuble haussmannien. Une façade en pierre de taille et ses balcons aux fenêtres en fer forgé comme de la dentelle. De hauts plafonds jusqu’au ciel, un grand escalier en bois recouvert d’un tapis rouge. Un hall d’entrée fascinant avec son lustre en cristal, sa rosasse bleue et l’ascenseur classé. Son appartement à de belles cheminées dans les pièces, des moulures encadrant les plafonds, fenêtres et murs.

Elle m’a invité chez elle. M’a servit un thé de chine et une mandarine, nous étions assise autour d’une petite table en bois, dans son chez elle lumineux. Dans son salon un mur entier de livres (rangés sur des étagères blanches). Elle m’a montré les photos d’elle, de mode et de défilé. Sur l’une Karl Lagerfeld bise sa main. Sur une autre elle est au côté de David Bowie. Je lui ai montré la photo de papa. La seule que j’ai. Elle fût émue de la voir. Alors elle m’a fait découvrir des pans de son enfance en image. Une petite fille timide et sage. Peut-être trop sage. Surtout sur les photos d’école. J’ai reconnu sa robe noire au col blanc toute simple.

Aux concours de beautés contrairement aux autres petites filles elle ne prend pas des airs de femmes, on dirait un petit ange, elle n’a rien d’arrogant…C’est peut-être pour ça qu’elle a gagné autant de coupes et de médailles qu’elle expose dans une vitrine dans son sombre couloir. M’a sœur viendra elle aussi me visiter et nous irons chez ma mère ouvrir les malles d’enfances.

Nous sommes allées dans sa chambre, elle a la même coiffeuse que moi, blanche en fer forgé comme de la dentelle. Elle a ouvert son armoire à glace. Je me souviens de la penderie miniature de la poupée et de nos jeux devant le miroir à se maquiller. Toutes les filles de quinze ans rêvaient d’être esthéticienne et je m’exerçais sur ma sœur. Ma sœur devenue mannequin alors que c’est moi qui me prive de manger pour elle. Comme un monde inversé. Elle a de jolies toilettes bien rangées. Elle a sortie une jolie boite ronde et m’a demandé de l’ouvrir. J’ai toute suite reconnue la peluche Bambi qui m’est apparu en rêve, comme sa robe noir d’écolière avec son col blanc. Mais il y avait aussi des fèves, une couronne en papier et des figurines mangas, ainsi qu’une bd que je n’ai pas connu. Et un feutre fin doré. Autant de choses en vrac dans une petite boite. Comme une boite de magicien. Comme la malle au trésor de mon rêve tombé dans l’eau.

Ma sœur est venue chez moi. M’a aidé à faire mes cartons pour emménager chez elle. Nous sommes allées visiter la fascinante maison de Pierre Lotis qui a fait de sa vie un théâtre. Nous sommes allées voir maman aussi. Elle vient juste de sortir de sa cure. On a beaucoup pleuré. A la fin, elle m’a demandé pardon. A serré très fort Oléine dans ses bras. Au fur à mesure qu’elle visitait les pièces, les souvenirs refaisaient surface, comme une épave de vaisseau sous l’eau. Le vaisseau de mon rêve. Dans notre d’enfance où elle fût enlevé, on a retrouvé le collier de Moïse le chien parmi les playmobilles dans une boite à chaussurse. Des vêtements de poupée et la fameuse penderie miniature qui ressemble à la grande. Des poupées russes. Mais aussi la poupée mannequin princesse Sissi vêtue de sa somptueuse robe dorée et sa licorne. Sa brosse. Une boite à maquillage de petite fille. Une jolie boite Disney avec des milliers de perles de toutes les formes et de toutes les couleurs et des fils. Mais aussi quelques cahiers d’écritures, un livre de lecture, et des livres d’enfants…On a remonté ensemble la maison de poupée qui ressemble à la grande. Une petite maison où habite notre enfance. Avec des miroirs qui ne réfléchissent pas toujours. Ni vraiment la réalité. Les miroirs reflètent les rêves et les cauchemars de Sissi.

Lune et l'autre

Les deux cils de lunes, face à face,
en miroir, forment un cercle sur l’eau,
Semblent n’être qu’une, noir comme nuit,
mais son contour doré.
La jeune Atila pleure,
Ses larmes cascadent le ciel.
Tandis que les chiens aboient,
un train passe dans le lointain,
en emportant sa vie.
Les forêts bleutées s’enfuient,
Quand le vaisseau fantôme la traverse,
Le mal de tête revient et le vertige.
De sa frêle main, elle se retient au hublot.
L’ours polaire sur la banquise, la regarde,
Elle, enclos à la lune.
Pour s’abreuver à son onde,
son museau dans l'eau.
La voila projetée au ciel,
Comme l’oiseau inversé,
Elle s’agrippe de ses serres,
à la rambarde dentelée de sa chambre. Des écailles à ses jambes.
Elle a mal au plexus solaire,
O comme la lune est nouée,
entres ses petits seins blancs.
Comme une lame de lune se resserre
Comme deux cils de lunes aiguisées
forment des pinces de crabes d’aciers.
Elle supplie l’ours d’être à son monde.

Lune et l'autre

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