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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 10:43

Trois ans auparavant, jour pour jour, Oléine était âgée de 17 ans, elle fêtait les rois mages à l’hôpital pour enfant de Limoge, ancien manoir gothique. Rose était une jolie infirmière noire, très douce, très fine. Un nez fin, des yeux bleus et des cils noirs recourbés, des paupières violettes, une bouche pulpeuse. Des ongles longs roses ivoire. De longs cheveux lisses très épais qu’elle aimait tresser. Au moment de s’en aller chez elle, elle se changeait au vestiaire, retirait sa blouse blanche…Elle quittait l’hôpital vêtue de robes fusains, plutôt noires à fleurs. Les enfants la regardaient par la fenêtre de la bibliothèque ou de la salle de jeu, s’éloignant avec son ombre étirée, entre l’allée de platane, juchée sur ses chaussures roses à talons aiguilles, tandis que l’air éparpillait son parfum fleuri. On entendait l’immense grille grincer sinistrement.

Oléine, une jeune fille timide aux longs cheveux noirs, à la peau si blanche comme l’ivoire, aux grands yeux bleus et expressifs comme dans les mangas japonais. Des cils de biches. Une jeune fille devenue muette qui fût pourtant chanteuse. Sa voix enfermée en cage comme un oiseau. Une voix dans un cd où elle appuie sur play mais ce n’est plus vraiment la sienne, plus ailes. Les oiseaux tristes ne chantent pas.

Son amie Marylin, une patiente aussi, ses anglaises tombant sur ses frêles épaules, et son look gothique lolita aimait dessiner et confectionner des robes. En ce jour de fête, elle lui avait offert une robe à la foi sobre et raffinée d’un style un peu victorien avec des motifs un peu baroque. Rose avait pris soin des deux amies adolescentes, en salle d’esthétique elle les avait maquillés. Oléine, elle, avait un look plus sobre, passe partout sauf pour les spectacles. Mais elle était si gracieuse que même vêtue d’un jean et d’un sweat noire à capuche elle ressemblait à un ange tombée du ciel.

Camille la plus jeune patiente, un peu étrange, était sous la table et attribuait les parts de galette à chacun, au fur et à mesure. Le destin était entre ses mains mais elle n’était pas voyante. Qui allait avoir la fève ? Quel couple allait naître ? Un jeu d’enfant en apparence, à faire semblant.

C’est Oléine qui eu la fève, on la couronna. Elle désigna Marylin sa reine, et Destin son roi. Destin était un monsieur qu’elle aimait bien. Un personnage doux, à l’aura apaisante avec un nez d’oiseau, des cheveux noirs corbeaux et il avait du charme. Il donnait des cours de littérature à des petits groupes d’adolescents. Oléine en faisait partie, faisait l’école à l’hôpital. Il offrait des livres aux enfants à noël et à leurs anniversaires. Il avait offert Carmilla de Sheridan le Fanu et Mélusine à Oléine.

Il regardait la scène du ‘sacrement’ de Marylin souriant dans l’ombre. Oléine s’approcha de lui, le prit par la main, et lui mit sa couronne vêtue de sa robe de princesse, les ailes englués. Il bisa sa joue rose et glacé, elle ria, leurs yeux pétillaient comme les bulles du cidre qu’ils étaient autorisés à boire à l’occasion de l’épiphanie.

Destin expliqua de sa douce voix, grave et monocorde, aux enfants, que jadis les trois rois mages venue d’Orient ont suivit l’étoile du berger jusqu'à Bethléem, en Galilée. Ils avaient offert à l’enfant Jésus de l’or, de la Myrrhe, et de l’encens. On mange de la galette depuis la Rome antique. La fève n’était pas un petit personnage en porcelaine mais une fève en forme d’embryon, symbole de nativité et de renaissance. Oléine allait-elle renaitre de ses cendres ? Peu de temps après elle sortie de l’hôpital sans jamais revoir Destin, ni même Marylin mais elle continuait à lire, à écrire, à dessiner…Il lui avait fait naitre une passion pour la littérature.

Oléine regarde les photos de cette période de sa vie. Elle a gardé dans une petite boite à bijoux la fameuse fève. Une licorne. Une guérisseuse pourtant Oléine n’est pas pansé de tout. Si elle crée, elle souffre et il lui arrive de songer à Destin. A côté de l’hôpital, il y a une forêt où les enfants faisaient des chasses aux trésors avec la professeure de svt, de la couse à pied avec le professeur de gymnastique, ou de l’équitation. Son cheval noir s’appelait Eclair et elle galopait à vive allure dans les bois. Elle avait croisé Destin et son sourire comme le chat d’Alice, dans les branches d’arbres. En réalité c’était peut-être un homme oiseau. Dans cette forêt il y avait une rivière, des ruisseaux, une fontaine à fée et même un lavoir. La luminosité d’un hiver singulier dans l’eau.

Un an plus tard, lorsqu’Oléine retourna à l’hôpital, visiter ses anciens soignants et donner de ses nouvelles, Rose lui affirma que Destin n’était pas là, n’avait jamais été là. Elle l’avait inventé. Alors elle n’allait jamais revoir ce mystérieux personnage ! Elle pleura. Rose la consola comme avant. Mais alors qui lui a glissé les légendes de Mélusine sous sa porte de chambre ? Le jour de son anniversaire ? Et les leçons aux enfants? Comment avait-elle pu s’inventer autant de souvenirs ?

-Mais j’ai tous les livres qu’il m’a offerts dans ma bibliothèque et ses mots glissaient dans les pages ! Avec sa signature ! Je ne suis pas folle !

Le regard trouble de Rose lui disait : si, tu as perdu l’esprit ! Destin n’hésite pas ! C’est quoi cette histoire ? Es-tu sûr que tout va bien ?

Rose lui autorisa à revoir sa chambre, elle était inoccupée, des enfants chahutaient dans les couloirs, Rose haussa la voix d’un éclat de voix glaçant. Les enfants se mirent à trembler. Se cachant dans les ombres des murs, Oléine ne les voyait plus, ne les entendait plus comme si ils avaient tous disparu, se confondant au décor, comme des caméléons ! Oléine se retient au mur pour ne pas tomber, les yeux sur le planché qui semblait en mauvais état. Elle eu peur de passer au travers ! Rose lui sembla soudain si austère et sévère. Ce n’était pas l’image qu’elle avait gardé d’elle. Dans la chambre numéro 7, elle reconnue son petit lit en fer forgé, sa table de chevet, sa jolie lampe diffusant une lumière bleutée, son armoire à glace, sa table en bois d’écolière mais il n’y avait plus ses dessins accrochés au mur. Des animaux tristes en noir et blanc. Des roses rouges comme des pétales de sang tapissaient la pièce. Elle jeta un œil à la fenêtre. La forêt, le soleil baignant les vignes, rien n’avait changé. Une pierre tombale contre un arbre dans la forêt l’intrigua. Elle ne se souvenait pas de cela. Elle descendit le grand escalier en marbre accompagné par Rose. Rose lui fît remarquer qu’elle avait beaucoup minci. Oléine s’offensa, s’enfuie en courant et alla dans la forêt en l’appelant. Destin Amorique n’était pas là. Mais grâce à cette pierre tombale elle comprit qu’il avait vécue dans ce château il y a fort longtemps. C’était le jardinier de la Comtesse Cécile d’Auvergne. Cette pierre tombale lui était dédiée. Oléine l’imagina avec ses fèves, quelques une dans sa poche. Elle sentit une présence autour d’elle alors qu’elle caressait de ses doigts les inscriptions latines. Comme un aveugle le braille.

Mais il y a peu de temps, en se promenant non loin de cet hôpital pour enfant, elle vît un homme entrer dans le muséum d’histoire naturelle. Il ressemblait étrangement à Destin. Elle se renseigna sur lui, sur internet. Et découvrit qu’il était gardien de musée et poète/archéologue. Il y avait aussi une page wikipédia dédié à son ancêtre le jardiner au service de la Comtesse Cécile qui écrivait des poèmes. Une femme tourmentée, très pâle, aux yeux opales et vides, les cheveux soyeux. Il y a un portrait ovale, d’elle, dans l’un des couloirs du manoir devenue hôpital. Cette femme était veuve, vivait seule. Elle avait accouché d’un enfant mort née durant l’été tandis que Destin récoltait des fèves dans le jardin en forme d’embryon. Non, il n’y avait rien à faire, de sa magie, de sa recette il ne pouvait la guérir. Il n’avait pas tout les pouvoirs. La comtesse lui en tenu rigueur.

Avec un nom comme ça, il n’a pas tout les pouvoirs ! Qu’elle est cette mauvaise farce ?

Le rituel de la fève n’avait pas porté ses fruits ! Mais personne n’a su qui était le père de cet enfant car elle était si triste, si solitaire on ne l’imagina pas avoir une aventure. Ce ne pouvait pas être le fils de son mari défunt car il était mort deux ans avant la naissance de cette enfant mort-née. Fils du Saint Esprit ? Ou du jardinier ? Où peut-être un tour de magie qui a mal tourné. Un embryon de fève dans son ventre qui a grossit mais n’a pas survécu.

Oléine a acheté de l’encens de qualité comme le nag champa, qui sent un peu le parfum pour homme et qui se nomme Forest. Elle a acheté aussi une galette des rois dans une boulangerie pâtisserie. Elle enfila la robe que Marylin lui a crée trois ans auparavant.

Elle entre dans le muséum. Il est là, parmi de drôles d’oiseaux exotiques. Il semble lui aussi derrière la vitrine. Tellement intérieure et enclos. Ses doubles de lui se reflètent dans les vitres. Le temps semble suspendu. Il la reconnait. Il lui sourie. Il entend pour la première foi le son de sa voix (et pas seulement enclos dans un cd). Une petite voix douce.

-Monsieur Destin, mon bon monsieur, j’ai pensé à vous, je vous cherchez, vous m’êtes si précieux.

Elle lui offre sa galette dorée comme les blés. Il ouvre le petit paquet cadeau et découvre l’encens. Le hume.

-Il sent bon ! Oh merci, comme tu es gentille !

Il lui caresse la joue avec sa main, elle rougit. Les vitrines se brisent, en éclat comme un rire, en milles morceaux. Les oiseaux engourdies plient et déplient leurs ailes et froisse l’air. Un crie échappe de la bouche de Destin. Oléine ouvre la fenêtre où enfin ils s’échappent pour regagner les cieux. Destin est effrayé, tellement surpris. Il s’apaise et finit par sourire. Il se sent libre et Oléine le prend par la main.

-Ce sont des oiseaux animés.

Dit-elle avec un regard rêveur, au ciel.

Destin, allons nous promener dans la forêt, il fait beau.

-Oui, je te suis, j’emporte la galette des rois, à l’ombre d’un chêne prés du lavoir nous en mangerons une petite part…On a bien le droit à notre petite part de bonheur, à la lune. J’espère que tu lis et écris toujours.

-Oh oui c’est mon Destin!

Ils se baladent dans la forêt et ils se parlent avec les yeux, les sourires.

-Où avais-tu perdu ta voix ?

-Je l’avais perdu dans l’eau, dans la fontaine aux fées…Dans un écrin bleuté, nuageux.

-Hum, je vois, ça peut arriver…

Ils éclatent de rire parce c’est poétique même si c’est un mensonge, mon songe.

Les féves de Monsieur Destin

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