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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 19:23

La robe de fée bleue est sous mon lit. Bien plié dans une boite en bois. J’aime la sortir de dessous le lit. La regarder, même sans la déplier. M’imaginer dedans. Maman m’interdit de la mettre avant le jour du carnaval par peur que je la salisse. J’ai envie de la mettre mais n’ose désobéir. Lorsque je suis rentrée dans cette roulotte en bois, j’étais émerveillée de tous ces beaux habits. Je voulais me déguiser en clown mais mes parents m’on choisit une tenue de fée. Je l’ai essayé, elle est à ma taille alors mes parents l’ont loués.

Avec les chaussures à talons hauts de maman, trop grandes, je descends les escaliers à la manière d’un mannequin. J’adore les vêtements qu’on nous a donnés. Ils sont encore dans les poches en plastiques. Je les éparpille en vrac par terre. J’hume leurs odeurs de lessive mêlé à la poussière. J’essaye tout. Je me déguise, me vêt d’un bout de chiffon, suffit qu’il a des fils dorés, une petite étoile cela devient une robe. Une barrette à cheveux papillon devient une broche pour maintenir le châle devenue robe. Robe sans fil et sans couture. Se monte et se démonte, s’ajuste à la silhouette en infinie possibilité. J’aime bien mon corps de petite fille. J’aime bien me regarder dans les miroirs. Le miroir de mon armoire à glace communique avec le miroir de l’armoire à glace chez ma mamie et mon papé. Car c’est la même armoire. Elles sont jumelles.

Mamie et papé vivent au bord de l’océan. Mamie me chante avant de m’endormir une drôle de comptine, « Ils y danseront tous sur le cabinet à ma grand-mère que t’a défoncé, ils y danseront tous sur le cabinet… ». En fait le cabinet, ce ne sont pas les toilettes, c’est comme une armoire. Mais je ne comprends pas cette chanson. Si moi je dansais sur le toit de cette penderie, j’imagine. Je serai trop grande pour ça, non seulement je me cognerai au plafond mais en plus je devrais danser recroquevillé comme si j’avais très mal au ventre comme papa. Eux ils y dansent à plusieurs sur le cabinet à la grand mère et passent au travers. C’est sûr ils y trouveront le costume de Zorro de mon grand frère ainsi que Nounours Châle.

Sous mon lit, est rangé mon habit de fée. En me regardant dans le miroir de cette armoire je songe à cette fée vêtue de bleue, aux longs cheveux blonds qui est apparue de dessous mon lit. Elle a traversé la chambre chez ma grand-mère sans me voir. J’étais émerveillée. Mais il y avait aussi une ombre sous le lit à la voix caverneuse qui m’a terrifié. Je ne dormais pas. Je pense que c’est la fée de Pinocchio. Elle lui ressemble. Mais cette fée appartient à l’ombre. Mais ils sont de l’autre côté du miroir, chez mes grands parents.

Lys adore son oncle artiste. Avec sa nouvelle amie, ils ont deux petites jumelles et une jolie maison. Avec des moutons dans le pré. Et plus loin une rivière où il aménage une piscine naturelle avec un toboggan. Mais lorsque Lys s’est baigné, elle s’est blessé le pied, une bouteille de verre brisée, tranchante, dans l’eau. Le sang s’infusait abondamment à l’eau, puis sur le sable. Sa tante lui a mit un pansement.

Elle a dormis chez eux, dans la chambre des jumelles, sur un matelas, à l’étage, à côté de leurs chambres.

Au petit déjeuner, son oncle lui a parlé de l’existence d’un Dieu dans le ciel, et du Diable sous terre. Lys n’avait jamais entendu parler de tout ça. Elle imagine Dieu comme un œil la regarder nuit et jour.

Lys assise sur la balançoire parle toute seule au ciel, et se balance. Quand elle entre à la maison par la chambre à ses parents, là où il y a la coiffeuse en fer forgée. Elle entend une voix dans le ciel. Une voix qui fait peur.

Il y a quelqu’un prés d’elle. Elle ne voit que ses mains rouges et elle l’entend. Elles surgissent de la tapisserie, ou des draps. De jour comme de nuit, elle le voit et l’entend. Elle a peur mais elle lui parle.

Son école est très grande. La cours de récréation s’étend à infinie jusqu’à l’horizon. Il y a plusieurs bâtiments plutôt grands. De grands portiques avec des balançoires. Lys s’y sent angoissée. Le soir, il lui faut prendre le bus devant l’école, ne pas se tromper entres les deux. La sonnerie a sonnée, elle se dépêche d’écrire la leçon, puis les devoirs dans le cahier de texte. C’est très angoissant. Elle a envie de faire pipi. Et plus elle s’angoisse, plus elle se dépêche, par peur de louper son bus, plus elle a envie. Elle s’est retenue toute la journée. N’ose jamais faire dans les toilettes de l’école.

L’écriture est semblable à des hiéroglyphes mystérieux. Elle n’arrive pas à lire et à écrire. On l’a mise dans une classe qui se situe dans un autre bâtiment. Une classe avec peu d’élèves. Lys aime bien que la maitresse lui lise des histoires et apprendre des poésies.

« C'était, dans la nuit brune
Sur le clocher jauni
La lune
Comme un point sur un i.

Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d'un fil
Dans l'ombre
Ta face et
ton profil ? …»

Le jour du carnaval sa maman lui a maquillé les yeux pour la première fois. Et lui a mit de la poudre diaphane. Elle était vêtue de sa robe bleue et coiffée d’un hennin. Quelqu’un la prise en photo, à la pause déjeunée, sa maman lui a préparé un pique nique. Elle est assise devant l’immense portique et mange un croissant.

Il n’allait pas bien. Sa femme est partie avec les petites jumelles. L’homme est en proie aux visions parce qu’il prend de la drogue. Une nuit, il a dormit par terre au pied du lit de Lys. La présence de la petite le rassurait. C’est comme si il lui a retransmit ses visions, ses peurs en une nuit.

La maison en Creuse au milieu des bois, Lys s’en souvient. Elle en rêve et la maison l’appelle. Elle appelle aussi ses parents. Sa maman a écrit à la propriétaire. La maison est libre et les attend.

Par la fenêtre de ma chambre j’ai vu les mains rouges. Le fantôme va partir, me laisser tranquille mais il m’a promis que dans la maison en Creuse il y serait. Nous allons nous retrouver.

*

Balou garde la maison dans les bois. La voiture, au retour des courses, roule de nuit, sur les routes sinueuses, je regarde par la fenêtre les sapins en plein phare et les animaux échappés. Effrayés.

Mon tonton est au ciel, c’est lui qui a souhaité partir. Nous n’avons pas de nouvelle de ma tante et des petites jumelles. Pourtant moi j’étais une petite maman pour elles.

Le fantôme est toujours là mais je n’ai pas plus peur de lui. A présent il me protège. C’est mon ami. Certaines nuits mes parents se discutent avec violence. Mon papa n’est plus lui et me terrifie.

Je me suis envolée avec le fantôme. Dans l’espace. Il y avait une maison posé sur un nuage, comme un nid, sans toit, ni mur, j’aurai aimé y rester.

Cette nuit il est revenu me chercher. En apesanteur posé sur ses mains. Je me suis vue partir. J’étais allongée, posée sur ses mains. J’ai traversé la chambre lentement. Si longue. Arrivée au seuil, devant la porte, j’ai entendu la voix de ma mère. Elle m’a appelé. Le fantôme a eu peur et m’a reposé rapidement sur le lit. Mais moi, je voulais partir.

J’ai demandé à maman si elle m’a appelé cette nuit. Elle m’a répondu : non.

La robe de fée dans une malle sous le lit, les sortilléges échappés

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