Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 décembre 2015 6 19 /12 /décembre /2015 21:07

Elys ne rêve pas d’être une femme. Des pertes blanches dans sa culotte en dentelle mauve. C’est ce qu’elle observe, assise sur les toilettes à faire pipi. Elle est presque nue. Sa peau est fine et diaphane comme un pétale. Elle sanglote. Son chat noir vient se frotter à sa fine cheville. Elys se relève et s’évanouit.

Est-ce que la mort d’un père ou son absence est supportable ? L’abandon est-il pardonnable ?

Le vide l’étire, s’étend, la démantèle, comme une étoile qui se désarticule de ses bras, ses jambes…Il lui faut un trou noire pour disparaître. La chasse d’eau s’enclenche. La salle d’eau tourbillonne, la baignoire se tors, se déforme…Comme si les yeux étaient un miroir d’eau. Un miroir déformant comme ceux à la fête foraine, ces palais de glaces. Elle a le tournis, la nausée.

Elys va se laver, elle est nue, elle aperçoit un cafard dans le bassin creux de la baignoire. Elle est écœurée. Elle prend la paume de douche, elle hésite un peu à le faire, mais elle tourne le robinet. Mélange de cruauté et de remord. Elle asperge l’eau sur la bête. La bête noire tourbillonne au dessus du siphon mais sans se faire avaler. Ses pattes se débattent. La jeune fille s’en veut de cette cruauté, la paume entre les mains mais il est trop tard, à présent il est préférable qu’il en crève plutôt que d’agoniser, le cœur noyé. Elle croit qu’il est aspiré. Son cœur bat la chamade comme si c’était elle la noyée. Elys s’en veut d’avoir fait ça ! Même si ce n’est qu’une vilaine bête. La bête noire. Elys met un pied dans la baignoire comme l’on met un pied dans la tombe. Et monte dans ce navire inversé. Commence à se savonner. La bête remonte à la surface. La jeune fille est tétanisée. La bête n’est pas morte. Elle grossit, grossit, grossit à vu d’œil devient aussi grosse que la damoiselle, même plus... Et avec ses vilaines pattes poilus elle traine cette enfant jusqu’ au tribunal des cafards qui se situe en dessous dans les tuyaux. La voila, à l’envers, transporté sous sa carapace, les bras et les jambes serrés par les pattes répugnantes du cafard. Ils glissent et éclaboussent sur l’eau qui s’aspire, tourbillonne et Elys atterrit sur le banc des accusés. Un tribunal semblable à ceux des humains. La reine de pique tout de rouge sang vêtue ordonne qu’on lui tranche la tête.

Elys se réveille en sursaut.

Cette longue pièce tout en longueur, ces lattes de bois dans le sens de la longueur qui l’agrandis et se répète à l’infini dans les miroirs. Les miroirs des miroirs. Ce sol qui s’incline à la verticale. La coiffeuse blanche en fer forgé glisse jusqu’aux armoires à glaces. Blanches et scintillante comme la glace au soleil. Glisse avec le lit aussi, tout droit vers les penderies où elle range toutes ces toilettes, ces habits de modèles. Les glaces agrandissent l’espace, son vide…La table de chevet et les livres posés dessus glissent sur le plancher à la verticale…Comme si les miroirs les appelaient…Il n’a fait que réfléchir à ceux qui l’entoure, compose son monde, sa chambre.

Elys a posé dans cette chambre en lingerie. Assise sur son lit avec son gros ours. Elle lissait ces cheveux noirs de jais avec sa petite brosse. Elle a posé dans cette chambre devant la coiffeuse avec ses bas, sa jupette en dentelle noire, son corset violet et les seins nus. Dans l’un des clichés elle tient le parfum d'Unglee dans sa frêle main blanche. Un parfum imaginaire en forme de tulipe bleue. Et la série de clichés du botaniste de tulipes s’éparpille sur le sol à ses pieds en éventail. Pas une seule tulipe bleue. Unglee fût empoisonné par les effluves du parfum sur lequel il travaillait…Elle rigole de le sentir, à l’idée d’en mourir.

Elys perd connaissance en sentant le parfum toxique de tulipe bleu. Le photographe des fashions-week ne peut s’empêcher de la prendre en photo, de mitrailler. D’attacher ses mains avec du ruban en soi blanche pour les photos à la manière des bandages japonais. Il créait des mises en scène avec la poupée qu’elle est devenue. Evanouie elle est à sa guise.

50 tasses de thé vert pour mincir qu’elle a consommé c’était trop. C’était à perdre connaissance. A ne pas fermé l’œil sur ses nuits. Comme Balzac consommait 50 tasses de café par jour. Lorsqu’il buvait son café c’était comme un rituel chinois. Sa drogue pour écrire. Sa cafetière blanche, parée de cercles rouges en porcelaine de limoge posée sur une chaufferette. Dans sa maison d’Auteuil où il vivait reclus, il écrivait jusqu’à dix huit heures par jour. Balzac confectionner lui-même son mélange. Il errait dans Paris à la recherche des meilleurs cafés. Le plus souvent il dosait trois variétés originaires de l’île Bourbon, de la Martinique et de moka du Yémen. Puis il prenait soin de préparer la décoction qu’il faisait bouillir des heures pour obtenir un concentré de caféine capable de le faire tenir toute la nuit. Après son voyage en Pologne en mai 1850, Balzac en meurt à l’âge de 51 ans.

Elys mélange son café noir à la petite cuillère, s’y voit à l’envers. Elle tourbillonne, effleure l’eau noire comme une libellule. Se cogne à mille reprises contre les parois arrondies de la porcelaine. Elle, elle est plutôt Alice. C'est-à-dire thé vert aux vertus amincissantes et lièvre pressé, mais parfois, elle ne se refuse pas un café noire à la turque avec un morceau de chocolat.

Dans son journal ouvert posé sur son lit à la dernière page, elle a écrit (d’une écriture fine et penchée, les lettres élancés mais serrés, parfois détachées malgré-elles) : Cette nuit j'ai rêvé de ma poupée Elodie, elle n'était plus abimée (plus de déchirures, de bobos dessinés au feutre)...je trouvais qu'elle me ressemble, qu'elle est comme ma fille de sang...Mais j'étais grande. Je me souvenais que c'était un cadeau de mon oncle artiste qui se suicida alors que j'avais sept ans...non ce n'était pas un cadeau du père Noël, où l'on me cacha dans la cuisine lorsqu'il arriva et que ma cousine Isabelle était avec moi...Avec cette poupée je me baignais dans la mer un soir d'hivers en bas de l'ancienne maison de ma grand-mère. La nuit tombait. La haute falaise et l'escalier abrupt en bois qui menait chez elle, dans le jardin. La poupée n'était pas vraiment faite pour se baigner avec son ventre de mousse mais son visage et ses membres étaient en plastiques. J’ai rêvé d’accoucher de la poupée. Sans doute par le Saint-Esprit. Je n’ai pas fait l’amour. Je semble être une poupée Barbie sur les photos. J’ai pour animal totem ou amour totem l’ours et l’oiseau. L’ours hiberne un peu. La poupée que je suis ne peut l’éveiller. Tandis que la plume d’oiseau pour écrire dort d’un sommeil léger sur mon ventre.

Période de noël avec sa petite amie

Assit à son bureau Lunaka fait sa rédaction, écrit son rêve onirique en anglais. Ses yeux se perdent dans l’océan arctique. La neige tourbillonne. Elys prépare du thé de Noël. Lui en sert dans un service en porcelaine de limoge avec un chocolat et une clémentine. Alors qu’Elys décore le sapin de Noel qui odore la maison, Lunaka assiste au spectacle silencieux et féérique d’une aurore boréal. La lecture du Cd s’enclenche, le morceau Lengsel de The3rd and the mortal. Lunaka appelle son amie. Elles sortent dehors à peine couverte, serrés l’une contre l’autre, à greloter, mais les yeux émerveillés. Un ours polaire traverse la plage enneigée. Se retourne et les regarde un long moment. Leurs longs cheveux s’envolent aux rafales…La porte est ouverte, le froid entre, mais le chant sort dehors danser en vagues calmes d’aurore boréale. Dans l’océan un orque plonge gracieusement, dos rond tel un dauphin. L’on entend sont chant harmonisé à cette voix cristalline de fée.

Sur la table de chevet du Clive Barker, du Haruky Murakami ainsi que Les chants de Maldoror de Lautréamont. C’est allongée à plat ventre sur son lit, presque nue, en lingerie qu’Ely bouquine durant des heurs à la lueur d’une chandelle. A présent elle entend la chanson Shaman du même groupe. Pendant ce temps là, Lunaka prépare un dîner. Sert du poisson accompagné de riz noir au chat dans une petite assiette.

En Norvège le jour ne se lève pas mais les jeunes filles préfèrent la nuit. Elles dînent aux chandelles. Six huitres avec un filet de jus de citron, du pain et du beurre. Une tranche de saumon. Accompagnés de pommes cuites aux poireaux. Une forêt noire. Elles entendent les rafales de vent, les vagues de la mer.

-Tu as de la chance d’avoir hérité de la maison de ta grand-mère. Lui dis Lunaka.

La lueur des flammes de bougies dansent sur leurs visages ainsi que l’ombre des flocons de neige.

-J’ai peur que la mer m’engloutisse avec le réchauffement climatique et la fonte des glaces. Je n’aurai plus de maison. Lui avoue Ely.

-Si, sous les eaux lorsque tu deviendras fantôme, même si le toit est arraché, emporté par l’océan ça ne fait rien …On aura une maison avec presque pas de mur et presque pas de fenêtres. Les assurances, tu ne seras plus ce que c’est. La vie sera plus simple, plus onirique…Les baleines viendront chanter à ta porte en ton honneur, te pensant sirène. Tu seras immortelle et ne verra plus jamais le jour comme un vampire…Plaisante Lunaka mais son regard est sombre.

-Tous les norvégiens sont des vampires ou des albinos…Leurs visages sont si pâles, presque translucides, leurs cheveux blonds presque blancs…Les yeux si claires et glacés. Ici c’est le paradis où s’épanouissent ceux qui ne sont plus tout à fait envie, ni tout à fait mort…Nous n’avons pas le soleil, mais on a l’espace, les étoiles palpitantes, les forêts, l’océan, les villes modernes illuminés, et les aurores boréals…

-On divague…J’aime le printemps quand le soleil fait scintiller la glace.

Lunaka boit un peu de vin de rouge tout en disant cela, fait tournoyer le liquide rouge sang dans son verre…

-On dit vague comme l’eau…L’océan est fou. L’eau sous ses airs parfois si calmes, si innocents…

Le soir Ely fait prendre un bain à la poupée de ces rêves. Elodie. Lunaka la surprend alors qu’Ely chante une berceuse.

-Tu n’es plus une enfant…lui reproche Lunaka.

-C’est ma fille de sang. Et elle aime aussi les bains de mer.

Le lendemain matin Lunaka fait son jogging et rencontre son amant, un autre joggeur. Un brun aux yeux bleus. Fascinant au regard hypnotique. L’embrasse sur la bouche.

Le soir, Lunaka avoue à Ely

-Je te trompe avec un homme et je vais le revoir demain…

Ely pleure. Long silence puis finit par lui répondre :

-Mais moi, je t’aime et ce soir je veux t’offrir le plus beau des cadeaux.

C’est à la belle étoile qu’Ely offre à son amante le parfum de tulipe bleu. Celle-ci contemple le beau flacon en forme de tulipe bleue. Sa respiration se dessine dans l’air. Lunaka est si pâle.

-C’est délicat d’offrir une chanson c’est un peu comme offrir un parfum…Il ne faut pas se tromper.

-Je peux le sentir ? Tu peux m’en mettre ?

-Oui mais attend un peu, reste avec moi.

Ely sert très fort la main de Lunaka, embrasse sa bouche bleue avec fougue.

Tu dois rester avec moi pour l’éternité, je t’aime, je suis jalouse de celui que tu as rencontré…

-Je ne peux pas rester avec toi…

-Mais pourquoi ? Tu ne m’aimes plus ?

-Je ne sais plus.

-Alors sens le parfum ! Lui ordonne brusquement Ely.

Lunaka à peur d’Ely comme elle lui cris dessus. Elle est troublée. Tremblante Lunaka tourne le petit bouchon doré du flacon. L’odeur s’échappe un peu. Ely fait attention à ne pas humer ce parfum si envoutant mais toxique. L’odeur est merveilleuse, Lunaka le respire. Lunaka se met à saigner du nez. La tête lui tourne.

-Mais, je…La victime n’a pas le temps de finir sa phrase. Les yeux de Lunaka se ferment et elle tombe par terre.

-A présent nous sommes ensemble pour l’éternité.

Ely l’embrasse sur la bouche et respire son dernier souffle. Bise son cou.

Le corps glacé de Lunaka est dans son lit. Elle est nue. Ely caresse sa petite poitrine si blanche. Son sexe.

Ely ne mange plus depuis la mort de Lunaka, cela fait maintenant trois semaines. Lunaka est devenue un squelette comme Ely. Ely oublie sa faim. Ely dort à ses côtés, à ses côtes et s’y cogne lorsqu’elle l’enjambe.

Elle a laissé la porte ouverte, il ne reste que de la braise dans la cheminée. Les vitres et les murs sont recouverts d’une épaisse pellicule de glace. Les mâchoires de l’océan sont au seuil de sa maison et avance dangereusement. Un gros crabe entre à l’intérieur, marche en biais sur le carrelage noir et blanc, rejoint la chambre, puis le lit pour les manger. Il grossit à vu d’œil tandis qu’elles disparaissent. Et la scène se répète milles fois dans l’écho des miroirs qui se succèdent.

La maison est engloutie sous les eaux. La poupée Elodie et l’ours flotte à la surface. Comme un souvenir…

le parfum de tulipe bleu

Partager cet article

Repost 0
Published by fee-noire.over-blog.com
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de fee-noire.over-blog.com
  • Le blog de fee-noire.over-blog.com
  • : Mon univers sombre et féérique...Je m'appelle Prisca Poiraudeau,une rêveuse gothique, je suis passionné d'art...
  • Contact

Recherche

Liens