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14 novembre 2015 6 14 /11 /novembre /2015 22:30

Un flacon de parfum dans l’âme-chambre,
Pour m’habiller d’une senteur,
Je serais encore plus nue, vêtue d’un parfum,
Ou bien plus envoutante avec mon voile de senteur.
Le chant des baleines dans la salle d’eau où dans l’océan,
Je ne sais plus très bien d’où il vient, cet écho.
Peut-être dans les tuyaux…
Dehors la tempête et moi qui me sent bien à l’abri,
Même si elle tangue dans le ciel, mon âme-chambre.
Et que les flacons s’y renversent, et que le lit s’y glisse…
Derrière le vitrail qui sépare l’âme de ma peau,
Un orque me voit à l’intérieur de moi,
D’un regard jaune.
Si la baignoire griffue est une femelle ivoire,
Au bassin creux et glissant,
J’en ferai cette nuit mon bateau de naufrage.
Inspirer mon corps avec son sexe,
Me laisser tourbillonner à sa guise,
Comme une putain d’eau.
Mais mon âme, aile, reste en mon âme chambre,
En apesanteur, cognée sans cesse à la clef de voute,
Comme une vague, à ressentir sur ta peau,
Comme une serrure qui charme sa clef.
Vampire des mots, en mon empire du chaos,
Où je suis devenue Divinité avec juste une larme de parfum,
Dans une chambre à coucher, dans un lit à glisser,
dans un bain à couler,Où je crois entendre le chant des orques.

Notre âme-chambre sous les eaux

Assise presque nue sur son lit Lumi se parfumait A la Nuit de Serge Luttens. La culotte noire en dentelle avec des petits nœuds dorés sur les hanches saillantes. Des bas bleus à ses jambes fuselées. Ses petits seins nus et pointus de jeune fille, les côtes apparentes, son cou menu. Elle eu l’idée de parfumer discrètement son recueil de poésies qu’elle allait offrir à cette amie. Shiite, Shiite. Un filet de sang coula le long de sa cuisse diaphane. Elle alla se rincer. Une jambe dans la baignoire, comme on met un pied dans la tombe. De la paume de douche qu’elle tenait maladroitement de la main gauche, un filet d’eau froide aspergea sa jambe, le sang comme de l’encre se dilua à l’eau. Un soleil rouge apparue sur la ligne d’horizon, Mulan regardait à la fenêtre du train le paysage en écoutant Voyage To Avalon de Kenjy Kawai. Des chevaux blancs couraient dans la steppe, effrayant les corbeaux qui s’envolaient. Des flocons de neige tourbillonnaient. Le train traversa un long tunnel, puis longea l’océan. Les flocons tourbillonnaient, et les ailes des orques surgit de la mer dansaient, éclaboussant sur le côté. Le chant des orques vibrait sous la voute céleste. Des piliers grecs s’élevaient haut dans le ciel, perçant les nuages blancs. Et les orques gracieux plongeaient dos rond, dessinant des demi-cercles. La vapeur d’eau flottait dans la salle de bain, embuant les yeux de Lumi, et le miroir. L’orque en plastique posé sur le rebord de la baignoire glissa dans l’eau. Tourbillonna par la force de la spirale du siphon mais sans disparaître. Cet orque appartenait à sa petite nièce Luna fille de Boris, le frère de Lumi.

Weekend de la Samain…

Boris lui a fait prendre son bain. La petite ne voulait pas, les pieds griffus de ma baignoire l’effrayaient. Il est venu le jour de la Samain. La petite était déguisée en sorcière. Quelques gosses du quartier sont venus frapper à la porte de chez moi, réclamant des bonbons. Cette fois ci, je n’ai pas oublié d’en acheter pour Halloween. La petite se cachait dans le placard à chaussures dés que la sonnette se faisait entendre. Avec sa main elle retenait son rire. Le son m’évoquait une chouette avec son rire étouffé en écho dans le placard, son corps d’enfant parcouru de spasme. Lorsque j’ouvrais la porte, l’ombre aux mains griffus de Luna surgissait (je lui avais mit de faux ongles noires et pointus), elle bondissait vers eux en faisant « Bou » ce qui faisait sursauter les plus petits, et provoqué quelques pleurs. Luna, elle, rigolait, rigolait…Mais elle était si excitée, si intenable, que je me suis fâchée. C’est moi qui l’ai maquillé. Je n’ai rien oublié de ma formation de maquilleuse mais malheureusement je n’ai pas trouvé d’emplois dans ça, justes deux ou trois journées par mois pour des théâtres, des opéras, des ballets et des tournages de films…Mais avec tout ce maquillage, le soir avant d’aller nous coucher, nous lui avons fait prendre son bain, le noir, le blanc et le rouge s’écoulait sur ses joues. Comme lorsqu’un peintre rince ses pinceaux. Et sa seconde peau devenait liquide. Et les larmes ? Allait-elle emporter ses joues roses ? Sa main crispée retenait la Barbie princesse Sissi, la tête sous l’eau, les cheveux comme des algues tourbillonnantes à la force du siphon.

Nous sommes allés sur la tombe de notre père (mort d’une dose mortelle de datura) pour y déposer un bouquet de roses jaune. La bonne humeur de Luna s’est dissipée. Je la tenais par la main, elle n’avançait pas vite. Se promener dans le parc automnal puis sur la plage allégea notre tristesse. La nuit, Luna fît un cauchemar, elle était dans la forêt, poursuivie par une sorcière volante (sur un balai), une sorcière (d’après la description qu’elle en a faite), qui lui ressemble. Dans la forêt elle a aperçue une baignoire ivoire aux pieds griffus (complice de la sorcière), la poursuivre, faisant déborder son eau noire sur le côté.

De vieilles baignoires dans les champs on en trouve, les paysans les remplissent d’eau pour que les bêtes s’abreuvent. Moi-même, je n’ai pas passé une bonne nuit, j’ai rêvé de mon père. Ce n’était pas un beau rêve. Mais c’est de ma faute car j’ai laissé la fenêtre de ma chambre ouverte, j’ai allumé une bougie dorée que j’ai posé sur le balcon, avec un bol de soupe au potimarron et trois bonbons à la sève d’érable. J’ai laissé entrer les morts, je les ai même invité. Si je l’avais raconté à mon frère, il se serait moquer de moi car il est pragmatique.

Journal intime de Lumi

Lumi est allée chercher Mulan à la gare, cette jeune fille au tient basané et aux longs cheveux noirs, aux yeux bleue-cyan. La neige tourbillonne, Lumi frisonne. Ses cheveux dorés se mouvant au vent. Elles se sont écrites et échangées leurs photos. Se sont envoyées par la poste des livres. Lumi a envoyé à Mulan La Dame à la Louve de Renée Vivien et Mulan Carmillia de Joseph Sheridan Le Fanu à Lumi. Elles se sont plût. Mulan est étudiante dans une université spécialisé dans la faune aquatique, où elle étudie les mammifères marins. Sur le quai de gare, elles se font timidement la bise. Elles se respirent leurs odeurs comme des animaux qu’elles ne sont plus tout à fait, depuis que l’homme s’est civilisé. Elles prennent un tram qui traverse la ville, et qui longe un bout de la plage. Les vieilles façades, belles mais austères, les rues pavées, et les architectures modernes comme à New York ou Tokyo. Mélange harmonieux entre tradition et modernité. Les vagues sont gigantesques, et un vent violent chante d’une voix lugubre.

-Ce soir, il y a une alerte orange, j’aurai dû te faire venir un autre jour…Lui dit Lumi.

-Oui je sais, les catastrophes climatiques sont de plus en plus nombreuses, dans le train, j’ai lu un article sur ma tablette au sujet de la symbolique de la baleine grise. Dans l’astrologie amérindienne, j’en suis une au lieu de poisson. Elle symbolise la bibliothèque ou l’archiviste, elle est la gardienne des secrets de l’histoire et de la destinée, elle fût témoin des catastrophes écologiques. Celui qui connait l’origine connait sa destinée, son chant contient ce savoir et des vibrations guérisseuses. Elle symbolise aussi une longue vie et le pouvoir, elle est la reine de l’océan. Je suis clairvoyante et je peux demander des informations à l’univers car les baleines sont liées aux étoiles et à l’infini. Elles s’y baignent. La baleine montre le chemin, et nous rend à l’écoute de nos vibrations et donne un sens à nos vies. Conte Mulan.

-Pour une étudiante en science, tu es assez spirituelle je trouve…Tu pourrais dire comme Saint Thomas : Je ne crois que ce que je vois. Ce n’est pas le cas. C’est très profond cette signification.

-Oui profond comme ces mammifères qui nagent dans les abysses de la terre. Le train a longé la mer, j’ai vu des orques, c’était un magnifique ballet presque irréelle. Au milieu d’une ruine gréco-romaine. On aurait dit les vestiges d’Atlante, des immenses colonnes, les pieds dans l’eau. Ce sont comme ces immeubles là bas, regarde, je ne voyais pas la fin, le chapiteau…J’ai dû rêver mais je n’en ai pas la sensation ! J’avais les yeux ouvert et je savourais un café intense. J’ai eu envie d’en savoir un peu plus, non pas scientifiquement, ça je l’étudie à la fac, mais spirituellement.

-Je connaissais une vétérinaire qui donnait des cours de Tai Chi Chuan, cette art martial chinois très spirituelle…La science n’est pas incompatible à la croyance. Avant on parlait d’alchimie, l’âme de la matière. L’âme à trière. Dit Mulan d’une voix énigmatique.

Weekend de la pleine lune, lune de sang

Dans mon âme-chambre où je dessine, j’ai laissé des illustrations d’un conte pour enfant. Une fée-enfant dans le ventre de la baleine comme sous une cathédrale gothique qui s’éclaire d’une allumette, la petite fille découvre sur un autel un très vieux grimoire avec une couverture en or et des saphirs incrustés.

Mulan les a admirés et m’a complimenté. Dans l’armoire à glace de ma grand-mère, je lui ai laissé une petite place pour qu’elle range ses vêtements. Un cheval est sculpté à même le bois de chêne, sa crinière en fleurs cascade une fontaine où nagent des poissons. Au dessus de mon lit, un immense éventail chinois. Une bibliothèque raffinée. Une coiffeuse blanche en fer forgée. Sur ma table de chevet une lampe qui diffuse une lumière bleuté, puis mauve. Un bâton d’encens et un chandelier. Une porte coulissante en bambou ouvre la salle de bain où Luna s’est baignée. Le petit balcon fleuri de lierres, de fougères, de roses anciennes donne une vue panoramique sur la ville. Le studio de deux pièces est au cinquième étage d’une vielle immeuble style art déco. La minuscule cuisine/salle à mangé est assez atypique : elle est traversée d’une poutre d’origine, les pierres sont apparentes, une rossasse l’éclaire d’une lumière dorée. Il y’a aussi une petite cheminée fonctionnelle en plus des radiateurs.

Elle était vêtue d’une petite robe noire en soie, avec un dévolté en v, un arbre brodée au fil d’or dont les branchages comme de frêles mains encerclaient ses seins. Comme une sphère dans chaque main. Elle portait des chaussures rouges montantes à talon d’un style ancien et des bas noires. Je devinais son soutien gorge en dentelle et son nœud rose lorsqu’elle se penchait un peu. Un pendentif en forme de libellule flottait entres ses seins, deux améthystes pour les ailes. Mulan a une taille très fine mais des hanches assez larges comme une latine. Moi à côté, je suis une brindille, (bien qu’elle ait une taille fine à l’extrême). Je portais une longue robe rose pâle à dentelle avec un long et beau gilet blanc à grosses mailes tressés. Des bottines noires à talons. Et des mitaines en dentelles blanches. On était assises sur le lit, l’une à côté de l’autre. Je lui ai offert mon livre enveloppé d’un papier cadeau doré et au ruban mauve. Elle ouvrit délicatement le paquet avec ses longs ongles. Et découvrit mon recueil de poésies La chrysalide des yeux. Elle le feuillait comme un vent léger dans les arbres. Tandis qu’un vent lugubre se levait dehors et que j’apercevais par la fenêtre la neige tourbillonner. Et les arbres brimbalés violement par le vent. Mon livre ouvert dans sa paume de main, elle huma le parfum, alors qu’elle y lisait au même moment une citation de Serge Luttens créateur de parfum. Elle me demanda :

-C’est quoi ton parfum ? Tu peux me faire sentir ?

Je mets mes cheveux derrière l’oreille, elle renifle mon cou, puis le livre.

-Tu as parfumé le livre ?

-En fait, le livre est resté dans ma chambre, il s’est imprégné des odeurs de parfums, d’encens…

Elle bise ma joue, mon cou. Je rougis. Elle rit en me disant :

-Mensonge, mon songe, je ne te crois pas, l’odeur est trop intense, tu as parfumé le livre !

-Je voulais que cela soit plus discret mais je suis trop passionnée et cela t’effraie comme une chouette.

-Oui, ne me crucifie pas dans ton cœur pour me retenir, tu sais bien que j’ai un petit ami…

-Je ne te demande pas de me faire l’amour et de le tromper, le sexe n’est pas essentielle même si je pourrais avoir envie de toi, si tu me la réveille. J’aimerai surtout que l’on devienne plus proche, comme des sœurs, et que tu me câlines. Où es le mal ?

-Si je te câline, je me métamorphose d’instinct en vieux loup, je te dévore...

- Je pense que tu réfléchis trop...

Tu dis en vieux loup mais tu ressembles à une jeune louve.

Je me suis assise devant la coiffeuse blanche en fer forgé, Mulan m’a coiffé.

-Tu es blanche Lumi, ça n’a pas l’air d’aller…

-J’ai mal au ventre, ce sont mes règles, je ne les ai pas eu depuis six mois…J’ai avalé un doliprane ça ne passe pas, et ça coule, coule…Ce matin j’ai dû me changer tous les cinq minutes. La, le flue est moins abondant.

Je me suis mise au lit, je lui ai fait signe de s’allonger à côté de moi, elle a fait non avec la tête. Elle s’est assise à mon chevet. Je me suis mise à sangloter, mélange de douleur au ventre et de maux amoureux. Elle a pris ma main dans la sienne car me voir pleurer lui a fait de la peine.

-Chut ! Dors un peu…je t’attends.

Je me suis endormie bercé par les éléments déchainés, annonciateur de la tempête.

Pendant ce temps là, Mulan lisait le recueil La chrysalide des yeux.

Rêves d'ambre bleue

Rêves d'ambre bleue

Qu'un lapidaire

Façonne à son image.

Milles facettes...

Les rêves de soi trouble

Chantés d'une voix cristalline...

Presque fantomatiques

Accompagnés d'un orgue sous l'eau.

Un rêve suspendu qui se balance

entre ma poitrine,

sursaute sur les battements de mon cœur qui s'affole...

Ma peau est translucide,

Suis les fleuves bleus sous ma peau!

Le rythme sombre de mon âme,

Le galop d'une licorne qui m'échappe.

L'écho venu de l'abysse...

Une fée perdue dans un palais de stalactites glacés.

Echo. Echo. Echo.

Mes rêves d'ambre bleu...

Tu les nommes les attrapes rêves. Psychose.

Presque inerte, j'attends l'araignée...

Pour mieux me noyer dans cette absinthe.

"Donnes moi des chansons

A chanter

Des rêves d'émeraudes

à rêver" (Jim Morisson)

Ta voix est rocailleuse

C'est le rire des cailloux d'une rivière

Qui s'entrechoquent, les uns contre les autres...

Milles facettes, épars, en morceaux...

La mienne est en un flocon de cristal

et glisse sur ta joue...

Je suis ce djinn en un rêve clos

Il n'y a jamais eu de clef.

Je suis Alice,

c'est ma voix lointaine qui t'appelle

De l'autre côté du miroir...

Il est peut-être brisé.

Mulan lit et hume l’odeur du livre comme un loup. L’impression d’humer la peau embaumée de Lumi. Le livre est peu épais, d’un format intimiste. La couverture est rose ivoire, douce comme sa peau au touché avec un pan rectangulaire de dentelle noire comme une deuxième peau de soi et de dentelle. Le titre est écrit en lettre d’or. Des larmes sont dessinées à l’encre bleu sur l’épiderme du livre. Une fine pellicule d’or recouvre les pages du livre. Mulan ressent des frissons, son grain de peau se resserre, ses poils noirs de femme du sud se redresse. Mulan crispe sa main griffue, et griffe le livre. Le livre lui échappe des pattes comme elle ressent qu’elle se transforme en loup. Mulan panique, mais cherche à se rassurer, se résonner, respire profondément, elle rêve, elle ne peut pas se transformer en loup même le weekend de la pleine lune. Ce sont des légendes ! Même en la présence de cette belle jeune fille ! Qu’elle s’interdit de toucher. Le weekend sera sage, elle a juré fidélité à son ami Louis, et ils vont se marier. Elle ne peut pas choisir Lumi pour épouse car sa famille est profondément homophobe, et elle ne veut pas perdre sa famille pour une femme qui n’est peut-être qu’une histoire sans lendemain. Car elle imagine la passion comme un feu de paille, si intense, mais tellement éphémère. A-t-elle oublié de prendre son Abilify que le médecin lui a prescrit ? Elle re regarde ses mains. Oui, ce sont bien des mains humaines, de jeunes femmes, pas des pattes de loup. A pas de loup, elle fait coulisser la porte de la salle de bain, et se regarde dans la glace, elle n’a rien d’un loup, si ce n’est que son regard injecté de sang. Mais c’est parce qu’elle est hallucinée. Son désir est un animal qu’elle a du mal à dompter. Dans le miroir elle aperçoit la belle Lumi endormit sur le lit, tellement gracieuse, féminine et sensuelle.

Elle sort de l’âme-chambre et s’occupe d’allumer un feu dans la cheminée car les vieux os du studio sont glacés. Elle, elle se sent en chaleur et seul un feu peu l’apaiser de cet hiver mental. Elle a l’impression d’être une bonne sœur qui ne doit pas toucher au fruit défendu.

Lorsque le feu est enfin allumé, elle fait comme chez elle, elle ouvre les placards pour se trouver une petite casserole. Se fait bouillir de l’eau car elle aimerait boire une infusion. La rosasse projette ses fragments colorées sur le sol. Dans une petite boite en fer elle trouve des infusions, elle en choisi une à la pomme caramel. L’ombre de Lumi surgit. Elle s’est réveillée.

Nous sommes allées au restaurant asiatique. Nous avons bu du thé au jasmin. J’ai mangé du colin d’Alaska accompagné de riz noir. Et mon amie des légumes chop-suey et un petit bol de riz à la sauce sauja.

Après le repas, nous ne sommes pas rentrées toute suite. Nous voulions observer le spectacle de la mer une nuit de tempête. Face au vent nous avions du mal à avancer, il nous poussait. Nos pas dans la neige. Nos frissons, j’espérais qu’il nous rapproche. Dans le ciel il n’y avait pas une étoile, c’était une nuit d’encre. Le vent chantait d’une voix lugubre dans les arbres qu’il tourmentait. Ils avaient mit des barrières de sécurités tout le long de la plage et de la falaise, mais nous les avons franchis. Nous courions sur la plage, et nos éclats de rire faisaient penser aux cris des mouettes. Elle essayait de m’attraper. Tandis que la mer nous éclaboussait, et que le vent nous échevelait. J’avais l’air d’une folle ou d’une femme de croc-magnions avec mes cheveux échevelés et mes joues rougis par le vent et l’iode. Le sel de la mer me brulait les joues. J’avais froid et très mal aux oreilles. Fines comme du papier à cigarette. Nous sommes rentrées dans une petite grotte de la falaise, nous nous sommes assises l’une contre l’autre. La roche scintillait (comme des étoiles dans le ciel) juste à la lueur de mon briquet. En brassant le sable avec mes doigts, j’ai trouvé un fossile. Avec mes doigts comme une aveugle je cherchais à comprendre sa forme complexe, ses creux, son dessin.

Nous avons entendu un étrange chant, ce n’était pas une voix humaine. Les vibrations étaient si singulières comme un chant céleste. Dans l’océan déchainé j’ai cru apercevoir un orque, il a plongé à la manière d’un dauphin.

A notre retour, j’avais la nausée, j’ai vomit tout le repas sur la plage qui s’est mélangé au varech. J’étais plié en deux et j’avais si froid. Mon amie me tenait bras dessus bras dessous avec une force masculine qui m’a troublé. A la voir, je ne l’aurais pas pensé si costaud. Elle n’était pas infirmière, ne faisait pas de musculation…

En rentrant, le feu était toujours aussi vif. J’avais si mal au ventre et la migraine. Je me sentais fiévreuse. Et mes jambes ne me portait plus, j’avais la sensation que j’allais m’évanouir. Je me suis mise au lit. Mon amie m’a aidé à me déshabiller, non pas comme une amoureuse mais comme une infermière. Elle mettait sa main sur mon front brulant en me dévisageant d’yeux inquiets et brulants. Elle me bordait. Moi je grelottais, je claquais des dents. Elle souhaitait dormir dans le canapé, mais elle s’est couchée à côté de moi, serrée contre moi pour me tenir le plus chaud possible. Dans le noir, elle me chuchotait des mots.

-O pourquoi es tu si pâle ? Si malade ? O pauvre muse.

Nous étions bercées par les éléments, de mon lit, dans mon demi-sommeil, je voyais la tempête de neige. Nous nous sentions bien à l’abri dans mon âme-chambre parfumée, flottante dans l’espace à la merci des éléments mais pourtant si résistante comme un roc sous ses airs si féminin.

Au réveil, il restait de la braise dans la cheminée.

J’apprends par la radio que la tempête n’aura pas fait de dégâts. Mais si le vent se calme dans la journée, il reviendra ce soir et pour la nuit bien plus dévastateur. Des promeneurs auraient trouvés sur la plage un cadavre de baleine. J’éteins la radio. Je pleure. Je bois ma tisane de sauge (car la sauge apaise les douleurs menstruelles).

-Je n’aime pas le jour, je n’aime pas le soleil, j’aime le vent, la pluie, la neige, la tempête…Je n’aime pas le soleil lorsqu’il fait sombre dans mon cœur. Ronchonne Lumi.

-Ne dis pas de bêtises, tu te nommes Lumière, Lumi porte cette signification…

-Mais c’est Lucifer qui porte la lumière. Dieux est sobre et sombre, droit comme la justice. Il est las. Il est sévère. Tandis que les anges déchus s’amusent et remettent en question la morale. Ce qui semble bien, n’est pas toujours bon pour soi. Je me méfie de la couleur blanche, de la pureté immaculée, elle est fanatique…

-Ne sois pas sombre, je suis là.

-Je manque de toi, tu m’écris mais on ne se voit pas assez, à la va vite dans un pub, c’est à peine si tu oses me prendre la main. Et moi, je pèse chacun de mes gestes, de mes paroles. Si j’ose te témoigner mon affection, je t’effraie comme une chouette qui s’envole. Je dois toujours porter un masque. Je suis en retenue. Pleine d’envies mais de peur. Peur de te faire peur. Tu m’as appris à ne plus espérer. Si tu me donnes un geste, je le garde, m’en contente, s’en en attendre plus.

-Je l’aime, j’ai de l’affection pour lui, pour moi la fidélité est sacrée. Ma famille le connait bien et l’aime. On doit se marier. Jamais ma famille n’acceptera notre amour homosexuel. Je ne veux pas perdre ma famille, je ne me sentirais plus en sécurité, en manque d’eux. Je m’occupe de son bébé et je m’attache à cette enfant qui a perdu sa mère. Je suis comme sa maman. Et puis regardes toi, tu es si fragile, si instable, je vais me noyer dans ton abysse. Ton feu de passion va s’éteindre comme une illusion, un tour de magie, une foi que tu m’auras goutté, consumé…Tandis que mon homme est sûr, ce n’est pas une passion, c’est un amour tranquille mais il ne brûle pas vite, ça brule à petit feu jusqu’à la fin de nos vies. J’ai une belle complicité avec Louis. Louis est équilibré…Je ne veux pas prendre de risque avec toi.

Mulan se fait couler un bain et reste une heure dans l’eau. S’amuse avec l’orque en plastique. Les effluves inondent la salle d’eau jusqu’à la chambre. Lumi se maquille devant sa coiffeuse, et cherche une tenue, fait un tas d’essayage. Elle enfile une micro robe rouge en velours avec une capuche, les manches évasés à partir des coudes…Elle porte des bas noirs fleuries d’hortensias. Elles vont s’amuser à se prendre en photo. Lorsque Mulan sort du bain, Lumi s’occupe d’elle, de la coiffer, de la parfumer, de la maquiller. Elle lui prête une robe en dentelle blanche qui s’ajuste comme un corset dans le dos et moule sa silhouette. Elle tire les rubans bleus pâles, la serre au maximum comme pour la retenir. Mulan met de la musique. Et elles commencent à se prendre en photo dans tous les angles de la chambre. Sur le lit, devant la coiffeuse à faire semblant de se faire jolie, dans la baignoire (tout de blanc vêtue) dans l’eau, noyé, puis devant le vitrail. L’appareil mitraille. Elles se pensent aussi douées que Man Ray. Les clichés sont dans le même esprit. Elles se prennent aussi toutes les deux grâce au retardateur.

Elles vont se balader dans les parcs enneigées, dans la ville, sur la plage et en prennent d’autres au milieu des arbres d’hivers, des ruines médiévales, de ruelles pavés. Elles jouent, et leurs personnalités de métamorphosent à l’infinie. Elles changent de poses, d’expression, d’une seconde à l’autre. Le soleil fait scintiller la neige.

J’ai retouché les photos, recadré si besoin, contrastes et luminosités, saturations, parfois je les ai mis en noir et blanc ou même sépia. Une atmosphère étrange émane de tous ses clichés. Nos cheveux dans le vent. Elle au bord de la mer, sur la plage enneigée, dans la carcasse d’une baleine comme sous une architecture contemporaine. Faire de la photo est un bon prétexte pour se revoir sans même inquiéter son homme. En douce, elle me prendra bien par la main. Cela ne sera pas grand-chose mais je m’accrocherai. Je m’accrocherai à notre art puisque ma muse s’amuse avec moi, en jouant l’indifférente, en s’en allant, puis en revenant vers moi. Lui aurais-je manqué ? Comme en équilibre, debout sur une barque qui tangue. Elle souffre de ses doutes, des bonnes mœurs qu’elle tient à respecter et de son amour pour moi…Ma muse cherche l’équilibre, elle tient une balance dans sa main comme sur le dessin de la lame La Justice dans le tarot de Marseille. Ma muse se torture. Ma muse s’est faite prisonnière. Tandis que moi je veux toujours la basculer contre moi et déchirer sa toile de bonnes manières. Je n’ai pas peur de la tempête, des étincelles…

L’après midi nous sommes allées à une exposition temporaire de mes trois illustrateurs préférés : Kay Nielsen, Harry Clarke, ainsi qu’Arthur Rackham. J’ai retrouvé avec plaisir l’univers des contes qui est le notre. Dans nos âmes chambres séparés. Parfois elle me lit et il se créait un pont invisible entres nos deux lits éloignées. Il y a aussi les lettres qu’elle tisse elle-même vers moi. Il y a toute une toile de fil d’or entres nous, invisibles. Elle me tisse sans même y songer. Notre attrape rêve créait une autre réalité où nous serions ensemble en astral.

Le soir de la pleine lune, le vent s’est fait bien plus violent et la lune fût si mauvaise que l’eau a inondé les rivages, engloutissant la ville. La ville sous les eaux. Les lumières noyées. Les lumières troubles en transparences sous l’eau. La rossasse de la cathédrale s’est brisée par la force des vagues de l’océan, l’eau s’est engouffré, une cascade d’eau et de poissons l’a remplit au ralentis. Comme une piscine. Les dalles blessées par le verre pillé se sont mises à saigner, des volutes rouges comme des volcans sous-marins tourbillonnaient vers le haut, dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Un orque s’est engouffré là, il est resté coincé, sa queue dépassait de la rossasse brisée, elle frappait de gauche à droite, de bas en haut. Le mammifère était si terrifié, mais d’un seul un coup de nageoire, le mur s’est écroulé…L’orque était blessé mais il a pu s’arracher d’un espace trop petit pour lui. Les gens installés dans les barques pleuraient.

En voyant l’animal s’approchait d’eux, ils ont tanguaient de toutes leurs forces pour lui échapper, un mouvement de nageoires, ils tombaient à l’eau, tant l’animal était énorme. La petite fille brune sanglotait si fort en regardant au ciel, le visage à la lune. L’orque, un brin d’humanité, se contenta de pousser doucement le radeau sans les faire chavirer et les emmena à l’abri dans un endroit où la mer était moins agitée. Les naufragés étaient émus.

Mulan et Lumi dans l’âme-chambre ne savent pas ce qui se passe à l’extérieur, déconnecté de la source des médias. Juste quelques coupures d’électricités. Alors elles s’éclairent aux chandelles. Elles lisent, se chuchotent des poèmes de René Vivien puis d’Angèle Vannier en se serrant la main. En buvant un peu de liqueur de fruits des bois. Elles s’enivrent. Lumi chante de sa voix cristalline et l’écho vouté de la cuisine l’a redit.

Pendant ce temps là, l’eau remonte par le siphon de la baignoire et la remplit d’une eau noire, l’orque en plastique tournoi. Un homme fantomatique s’extrait du siphon à la manière d’un génie qui sort d’un flacon. Le père de Lumi est debout, immobile, les pieds dans l’eau du bain avec ce regard bleu-hypnotique.

Il fait si froid, le vent glacé semble s’engouffrer. Une pellicule de glace recouvre les fenêtres. Elles allument un feu de cheminé. Mulan ne résistant plus à la sensualité de Lumi, la déshabille délicatement, en l’embrassant, en la caressant de ses doigts. Cette culotte en soie qui glisse entres ses bas d’hortensias. Le velours rouge de sa robe. Mulan lui révèle un secret. Le plus terrible des secrets.

-Avant de te faire l’amour, j’aimerai te révéler quelque chose, j’ai le sentiment d’être un homme malgré les apparences, adolescente j’étais un garçon manqué, à présent je fais des efforts pour ressembler à une femme. Ma famille préfère…Je suis une femme, je suis un homme et ma façon de te faire l’amour sera singulière. Je ne sais pas si tu aimeras mon corps. Si j’ai une taille très fine et des hanches, je n’ai presque pas de poitrine et j’ai des épaules un peu larges, des bras de nageuses, ce que je suis…Avec les vêtements, le plus souvent noir, cela ne se voit pas trop.

-Oh tu n’es pas la seule à te sentir garçon manqué…Tu ne t’es pas fait opéré pour devenir la femme que tu es. Tu l’es depuis la naissance. On cherche tous son identité.

-Si j’étais née en homme, avec un sexe masculin tout en me ressentant femme, ma famille n’aurait pas supporté que je m’habille en femme, et encore moins les interventions chirurgicales, ils ne sont pas ouverts…

Après l’amour, elles ne se sont pas réveillées, l’âme-chambre était sous les eaux. Elles étaient noyées, leurs corps en apesanteur au dessus du lit aux draps et aux rideaux mouvant, serrés l’une contre l’autre, car leurs longs cheveux comme des algues s’entortillaient à leurs deux corps ne faisant qu’un. Le père fantomatique nagé une farandole désenchantée autours d’elles. Des volutes de sang s’échappaient du sexe de Lumi et dessinait une sphère rouge autour d’elles-mêmes. Par la fenêtre, la lune rouge semblait elle aussi sous les eaux, ce n’était peut-être que son reflet. L’eau exerçait une pression sur les vitres, à les fissurer. Un orque regardait à l’intérieur d’elle, de ses yeux jaunes.

La mer s’est retirée petit à petit, la spirale du siphon à d’abord aspiré quelques flacons flottants, quelques vêtements dont de la lingerie blanche tachée de sang, puis s’en est pris aux meubles qui flottaient eux aussi (la coiffeuse, l’éventail, l’armoire à glace de la grand mère) devenant maniable comme de la pate d’argile, presque liquide. Cette mini tornade avait la force de tout aspirer en elle. Comme une bouche de piscine. Les deux jeunes femmes échouées à présent sur le bassin ivoire de la baignoire se faisaient lentement avaler par la bouche d’une baleine. Elles devenaient sableuses et entraient dans ce sanctuaire, cette architecture gothique, cette librairie qui nage. Le chant des baleines vibraient dans l’espace.

Le père fantomatique, les bras en croix comme Jésus sur sa croix, contre la rossasses, la faisait tournoyer comme une roue, et lui même s’enroulait sur lui même dans le sens opposé des aiguilles d’une montre. Les rayons de lunes traversaient le cristal métaphorique.

Boris et Luna sont venus pour la retrouver. Lumi était-elle saine et sauve avec la catastrophe qui venait de se passer ?! Il ne le savait pas. Il ne trouva rien dans l’appartement, mêmes les meubles n’étaient plus là. Le sol était recouvert de sable et de coquillages et c’est dans l’âme-chambre qu’il trouva les photos éparpillés, témoignage d’un weekend en amoureuse. Il les contempla en pleurant. La petite entra dans la salle de bain, et retrouva son orque en plastique dans le creux saillant de la baignoire. Elle le ramassa, il lui échappa des mains lorsqu’elle vit dans la glace le reflet de son grand père qu’elle n’a connu qu’en photo et à travers les souvenirs des autres.

L'âme-chambre sous les eaux (poéme, récit et illustration)

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