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5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 10:39

Deux jeunes lévriers gris-bleu s’amusent autour de la table en bois. Elle semble rustique avec ses quatre pieds ronds emboités. Elle semble taillée à même un vieil arbre. Un peu rugueuse et traversée par deux fines fentes. Des herbes aromatiques (du romarin) sont posées dessus à côté d’une houe et une écuelle en bois. Des navets, des poireaux, des carottes sont disposés sur la table. Ainsi qu’une boule de pain. Dans un pichet en terre cuite, un peu de vin. Un chaudron sur le feu. Un potage à la viande qui odore la sombre pièce et embue le vitrail coloré. Epais mur de pierre. A travers le vitrail on aperçoit la forêt et en bas le portagé médiéval. Deux moines chauves préparent une parcelle de terre pour y semer des noyaux. Un lévrier s’approche des jeunes filles, tandis que l’autre se dirige vers la porte…Quelqu’un les surprend. Elles sursautent.

Un homme très mince en longue robe blanche ajusté à la taille par une ceinture de lierre entre…Il a de longs cheveux noirs et une longue barbe…

-Limkidia et Elodie, Chères Damoiselles du futur, je vous attendez…Vous êtes châtelaine de l’autre monde…Vous avez besoin d’aide et c’est ici que vous trouverez, peut-être la solution… Le passé n’est pas passé. Chaque époque vit sa vie parallèle. Mais les temps n’aiment point s’effleurer, s’entrechoquer, se mélanger…Les lois du cosmos sont ainsi. Il ne sera pas facile de rentrer chez vous…Jamais un homme de l’autre monde n’est venu. N’ont pas trouvés la porte. Ignore l’existence de cette porte.

On entend une voix lyrique qui chante et s’approche ainsi que des pas qui claquent sur des dalles de pierres. Peut-être un escalier.

-Nous ignorions l’existence de cette porte, et nous ne sommes pas ici de part notre volonté. Répond Limkidia d’un air courtois.

Une femme ronde aux longs cheveux d’ébène entre avec un panier en osier remplie de cerises, le pose sur la table.

-Merci Marthe ! Nous avons deux hôtes pour ce soir, préparez leurs chambres…Ainsi que deux écuelles en plus pour ce soir…Elles boiront bien un peu de potage et une part de galette…Elles viennent de loin, les voyages creusent…

-Limkidia n’a pas beaucoup d’appétit, je ne sais point si elle pourra honorer ce repas…Prévient Elodie.

-Oh, elle est malade ?! Demande le druide.

-La pauvre enfant n’est pas bien grasse! On voit ses os à travers le tissu ! S’exclame Marthe d’une voix blanche.

Limkidia baisse les yeux et rougit.

Le druide rit dans sa barbe, lui tapote l’épaule :

-Mais non, elle est en forme, pour la santé c’est mieux d’être frêle, les hommes du futur le savent, ce n’est pas grave…Elle est bien charmante avec son ventre lisse, sa taille fine. C’est vous qui devriez manger un peu moins, vous êtes une belle fleur mais pour la santé…

*

La biche morte, tué aujourd’hui par un chasseur, semble seulement endormis. Disposée joliment sur un tapis de fougère…Cuite à l’intérieur, le cuisinier lui a remit sa robe. L’animal est aussi gracieux que la jeune princesse Aliénor. Un tient si diaphane comme la neige, de grands yeux émeraude strié d’or, une si longue chevelure blonde… Une taille de guêpe. De jolis poignets élégants, décorés de bijoux, si fins qu’on aurait peur de la casser aussi facilement qu’une brindille d’arbre. Des doigts longs et fins. Cette douce princesse parle d’une voix veloutée. Se sert du vin dans sa corne de bœuf. Elle savoure avec grâce et lenteur. La flamme de la chandelle éclaire son visage lunaire. Le feu dans la cheminée crépite. On devine sur les tapisseries décorant les murs, des scènes de chasse. La quête de la licorne.

La lune, rien qu’un cil brille ce soir, fébriles, derrière le vitrail. Limkidia contemple Aliénor, fascinée. Ils ne sont pas nombreux à table : Marthe, le Druide, Elodie, Limkidia, Aliénor et Madeleine. Madeleine, une femme ronde aux longs cheveux roux qu’elle a joliment tressée. Des fleurs dans les cheveux. Un décolleté plongeant. Une poitrine généreuse. On ne sait plus où poser les yeux, surtout qu’elle porte un pendentif entre ses deux seins qui attire le regard. Un scarabée. Madeleine chante en langue d’Oc, Madeleine joue de la harpe, Madeleine conte des histoires…

*

Les jeunes filles du futur n’arrivent point à dormir dans ce lit où il faut se tenir assis car la position allongée fait penser à la mort, aux cadavres dans les cercueils. Elodie se souvient d’avoir visité des châteaux avec ses parents, et le guide donnait souvent cette explication. Le lévrier bleu allongé sur leurs jambes pèse un peu lourd. Elles entendent une chouette hululer dehors, l’ombre des feuillages se berce dans la chambre. Une forêt s’étend à l’infinie et l’on entend une cascade.

-Je suis inquiète Elodie, je veux retourner chez nous…

-J’aime bien l’époque médiévale, j’aime l’ambiance, la musique, les danses, les toilettes des damoiselles, les légendes, c’est si raffinée et romantique, je ne souhaite pas rentrer chez nous.

-Nos parents vont s’inquiéter, pense à eux !

-Mon père ne s’inquiète pas pour moi. Tu le sais très bien…Et nous sommes ici pour lui venir en aide. Nous sommes dans un monde de sorcellerie, de magie…Le druide pourra nous aider. Au XXIème siècle la plupart des secrets ancestraux ont été oubliés. La médecine moderne ne peut pas grand-chose pour lui. Dire que tu en as rêvé…Mais où sommes-nous ?

-A Poitier je pense, Aliénor est née à Poitier. Nous ne sommes pas si loin de La Rochelle.

*

-Cette nuit, j’ai pensé à la maladie de votre père et j’ai médité dessus. Vous devez partir en forêt, Richard cœur de lion va vous escorter et vous protégera, il y a pas mal de danger en ses temps obscurs, les sentiers ne sont pas toujours bien tracés, on se désoriente facilement, les bêtes sauvages sont affamés, les brigands rodent, et des sorcières vivent dans des grottes ou des troncs d’arbres…

Une lueur espiègle brille dans les yeux du druide. Il remarque que son discours ne rassure pas ces deux damoiselles et ça l’amuse intérieurement. Il les met en garde contre les dangers en prenant un air grave.

Certaines sorcières pratiquent la magie noire ! Par de là la forêt, vît une reine dans un petit château agrippée à un duc rocheux, c’est la tisseuse du destin. Elle est un peu froide…Son âme est très tourmentée mais c’est la seule fée qui peut panser votre père, réparer son fil de vie, modifier son destin, et surtout vous faire revenir dans votre siècle…Il ne faut surtout pas la froisser, elle est narcissique, elle fait le bien comme le mal. Elle a transformé son amoureux en chauve souris car il n’a pas été délicat avec elle. Elle a eu tord car c’était bien le seul à l’aimer. Méfiez vous d’elle ! Elle n’est guère jolie, la légende raconte qu’elle fût aussi belle et gracieuse qu’une licorne…Elle est prisonnière de son apparence, d’un charme et voudrait s’en libérer. Elle a essayé de se donner la mort à de nombreuses reprises mais La Tisseuse du Destin est éternelle, heureusement pour nous…

C’est dans le petit jardin médiéval suspendu dans le ciel brumeux, qu’Aliénor vêtue d’une somptueuse robe bleue ciel offre des présents aux damoiselles du futur. Pour Elodie, un sanglier magnétisé par le druide en pendentif, un petit bijou délicat en or, son œil est une minuscule pierre de jade incrusté. Ainsi qu’une eau de toilette à la violette. Et pour Limkidia, des boucles d’oreilles protectrices magnétisées par le druide en forme de licorne. Elles sont en or, les cornes en pierre de lune. Elle reçoit aussi en souvenance de l’époque médiévale, une tapisserie miniature de la Dame à La Licorne. Les jeunes filles remercient chaleureusement Aliénor et lui font la révérence. Richard Cœur de Lion contemple Aliénor avec fascination. Bise sa main blanche. Aliénor rougit et éclate de rire. Ses yeux pétillent. Sa fine main passe dans les longs cheveux noirs du chevalier d’une manière taquine.

En bas du château, Elodie chevauche le cheval blanc. Richard Cœur de Lion chevauche le noir, soulève Limkidia et l’installe devant lui. Elodie sait monter à cheval mais pas Limkidia. Elodie envie son amie. Mais Limkidia se sent mal à l’aise, elle espère que le chevalier n’aura pas des mains baladeuses.

Les jeunes filles se laissent émerveiller par la beauté féérique de la forêt. Des papillons dansent dans les rais de lumières formés par les branchages. Des violettes encerclent un très vieux chêne. Ils longent un ruisseau scintillant. Des poissons aux écailles bleus remontent le courant. Au loin, Limkidia aperçoit un renard. Dans une clairière une biche assiste à un combat de cerfs.

Le soir commence à tomber, les trois voyageurs se sentent épuisés. Ils descendent à terre. Les jeunes filles aident le chevalier à faire un feu en ramassant un peu de bois. Le chevalier fait cuire à la broche un lapin que Marthe lui a donné. Ils mangent la viande avec les doigts et un peu de pain, boivent un peu de vin rouge. Richard Cœur de Lion est assez silencieux. Tous les trois, dans un demi-sommeil, contemplent les flammes dorés intrépides, par moment le feu est bleu et même violet. Richard Cœur de Lion sort un genre de flute et se met à jouer un air. Sa musique ressemble à un chant d’oiseau. Elodie et Limkidia chantent. Des lucioles virevoltent autour de l’ancestral frêne, une chouette hulotte est dissimulée dans le creux de l’arbre, ses yeux dorés phosphorés comme ceux des chats.

Sur un tapis de feuille et de fougère ils s’endorment, tandis que les flammes veillent encore et les protègent des loups. Dans les profondeurs de la forêt on entend leur lugubre litanie à la lune. Les chauves souris s’agitent, et ombrent de leurs ailes le visage des voyageurs. Les chevaux craintifs, attachés à l’arbre, ne dorment que d’un œil.

*

Chemin faisant, ils aperçoivent trois femmes, elles se ressemblent comme trois gouttes d’eaux, elles ont de longs cheveux, sont grandes et ont une taille très fine. Elles se baignant dans la rivière, une se savonne sous le puissant jet de la cascade. Elles chantent. Elles sortent de l’eau et viennent à leur rencontre. Elles les invitent à boire une infusion dans leurs maisons creusées à même un arbre. Un châtaigner énorme. Une grosse racine s’abreuve à la rivière, les autres à la terre. Des boutons d’or, des ficaires, et des cèpes encerclent le châtaigner, un oiseau si bleu est perché, il est si bleu qu’il se confond au ciel. Elles enfilent leurs robes qu’elles avaient suspendues à des branchages. Ouvre la rossasse bleutée et invitent les voyageurs à entrer. Une lampe à pétrole en forme de croissant de lune éclaire une table basse décorée d’un joli napperon. Un escalier en colimaçon mène à leurs chambres. Une fait chauffer de l’eau dans un mini chaudron, fait infuser des pétales de rose mauves. Elles leurs servent un peu d’infusion dans d’élégantes petites tasses en cristal, ainsi que des petits biscuits en forme de biche. Des biscuits aux glands et des bonbons à la sève d’érable. Assis en tailleur sur le sol en mousse ils savourent cette pause, discutent avec les dames de la forêt. Les chevaux s’abreuvent à la rivière, broutent un peu d’herbe.

Au fil a mesure du voyage, la forêt s’assombrit, les sentiers sont moins bien dessinés, les ronces griffent…Ils aperçoivent enfin une tour agrippée à un roc, un faucon virevolte au dessus.

*

La tisseuse du Destin porte un masque vénitien pour cacher sa laideur. Elle est plutôt squelettique, un peu bossu. Elle est vêtue d’une longue robe noire. Assise devant sa quenouille, elle tisse de ses vieilles mains abimées. Un petit dragon noir est perché sur son épaule. Un voile cache le miroir d’une coiffeuse en or. Les braises d’un feu survivent dans l’âtre.

-Je vous attendez. Vous êtes les Damoiselles du futur. Je peux vous aider mais avant j’aurai une faveur à vous demander. Ma sœur fée était jalouse de moi, nous aimions le même homme. Cet homme ne s’intéressait pas à ma sœur, mais à moi si. Ma sœur m’a jeté un puissant sort. Avant j’étais la plus belle du royaume et ma jeunesse était éternelle. A présent, je suis prisonnière de mon apparence. Je ne ressemble plus à une fée mais à une vieille sorcière hideuse. Je ne me supporte plus. Limkidia connait bien cette souffrance qui semble superficielle aux yeux des autres. Nous rêvons de beauté absolue. Une unique Licorne noire pourrait me libérer mais cette créature est prisonnière d’un cyclope, habitant des entrailles de la terre. Cette licorne noire est la seule qui puisse briser le sortilège. Je suis si âgée et si fatiguée, je ne puis l’affronter moi-même…Limkidia vous, vous me comprenez. Je m’engage à panser votre père, Elodie, il souffre, je peux réparer son fil à l’origine, démêler les nœuds, modifier sa destinée et la votre. Un destin moins douloureux. Mais j’aurai aussi une surprise pour vous Limkidia.

-Je sais ce que tu veux offrir à Limkidia, je le devine, je ne veux pas que ça devienne dangereux pour elle…Grogne le chevalier un peu méfiant.

-Cela sera sans risque. Elle sera même protégé, non pas de son désir de beauté …Ce n’est pas un cadeau empoisonné. Ne me froisse pas !

-Elles sont fragiles, crois-tu qu’elles puissent affronter ce cyclope ?

-Tu vas les aider et moi aussi. Toi tu as la force, mais elles, elles sont très fines d’esprit.

-Si moi je peux combattre ce cyclope, pourquoi ne pas me l’avoir demandé plus tôt? Pourquoi faire venir des jeunes filles du futur ? Tu veux les utiliser, je n’aime pas tes principes !

-Ce n’est pas sûr que tu puisses le combattre seul…De plus, j’ai entendu les prières de Limkidia, j’ai ressentie sa souffrance …Je veux bien les aider mais ce n’est pas gratuit. Si elles refusent de m’aider, ou échouent, elles resteront prisonnières de l’époque médiévale. Elles penseront à leurs familles…Mais elles s’aiment et sont ensemble, c’est l’essentiel. Ce n’est pas une situation si horrible que ça, leur époque n’a pas le charme du moyen âge, leur époque n’est guère raffinée, ni romantique… Elles pourraient vivre avec Aliénor au château, la reine les aime bien.

-Le pacte me semble raisonnable a moi aussi, mais si elles libèrent la licorne, laisse les choisir de partir ou de rester.

- D’accord elles pourront choisir de rester ou de s’en aller. Même si elles décident de rester, je panserai le père d’Elodie et j’offrirai un présent à Limkidia.

-Vous n’êtes pas très causantes les filles ! Qu’en pensez-vous ? Demande le chevalier.

-Nous acceptons de vous aider Tisseuse du Destin, mais avant nous aimerions-nous reposâmes. Cela fait deux jours que nous voyageons…Les chevaux n’en peuvent plus. Ils s’impatientent en bas, j’ai vu des écuries, pouvons nous les installer ? Ils ont soif ! Explique Limkidia

-Je vais aller m’occuper des chevaux. Répond le chevalier.

*

Encerclés de rose rouges, assis autour de la longue table ovale, à la lueur de chandelles noires, le soupé est servit. Le dragon est perché sur l’épaule de la tisseuse, elle le caresse de ses doigts griffus. Du sang chaud de sanglier en potage. Des crapauds à la confiture de figues en dessert. Richard Cœur de Lion et Elodie fond honneur aux plats par politesse. Mais Limkidia est blanche, ne touche pas à son assiette et demande si elle peut aller se coucher. Explique qu’elle se sent fatiguée. Si le sang de sanglier passe assez mal, le crapaud à la confiture de figue est surprenant. Dehors le tonnerre gronde et une averse tombe.

-Lorsque ma sœur m’a métamorphosé, l’homme que j’aimais, lui ne m’aimait plus, il s’est intéressé à ma sœur…J’étais tellement en colère après cet ingrat, je l’ai transformé en chauve-souris. Raconte La Tisseuse.

-Heureusement, que vous ne l’avez pas transformé en crapaud, nous serions peut-être en train de le manger. Plaisante le chevalier.

-Ah mais je mange aussi des chauves-souris, en vinaigrette c’est un délice !

Elodie se sent très mal à l’aise. La reine est un peu malsaine. Néanmoins, elle interroge La Tisseuse.

-Certains hommes ont une belles destinées et d’autres…

-C’est le karma qui souhaite cela…Ce n’est pas vraiment une punition, c’est plutôt un apprentissage…Un moyen de faire évoluer une personne dans le bon sens.

-Vous habitez au moyen âge, c’est étrange…

-Il est sûr que je suis sans âge et un peu en dehors du temps…Je suis entre. Mais le moyen âge est ma période préférée. En réalité, je ne peux pas tisser le destin des hommes comme je le souhaite, il y a des lois très strictes…Une destinée n’est pas gravée dans le marbre, l’homme est libre, il a des dons, il travaille de vies en vies, il fait des choix, c’est lui qui oriente sa destinée, pas moi…Il faut être libre, sans faire du mal aux autres…

- Parle-nous de ton époque Elodie, Damoiselle du futur. Demande le chevalier.

-Mon époque est en apparence différente de la votre, mais au fond rien à changé, l’homme est travaillé par ses sentiments…Il y a l’amour. Les jeunes gens sont les mêmes que ceux d’hier avec leurs espérances et leurs souffrances. Il y a toujours des guerres de territoires ou de religion. Toujours des pauvres et des riches. La Tisseuse dit que mon époque n’est pas romantique, je ne suis pas d’accord. Nous les hommes du futur, nous sommes très liés à vous, hommes d’hier, nous aimons vos châteaux et nous les restaurons, nous apprenons votre ou plutôt notre histoire dans les livres…Des historiens, des archéologues tentent de découvrir la véritable histoire. Des musiciens jouent encore vos musiques sans jamais nous lasser. Nous sommes libres de songer à votre époque, de la rêver. Nous en faisons des films…

*

-Limkidia, La Tisseuse m’a donné une pomme pour toi, si tu as un petit creux…

-Merci, c’est gentil.

Limkidia pose la pose la pomme sur la table de chevet.

-Tu aimerais rentrer chez nous ? Demande Elodie.

-Je ne sais pas, si tu restes, moi je reste, si tu pars, je pars…Je veux rester avec toi. Nos familles vont nous manquer, et ils vont se faire un sang d’encre si on ne revient plus…C’est égoïste de rester ici, c’est du passé, une époque résolue. Si ton père ne boit plus, ta vie deviendra bien plus lumineuse…Tu dois assister à sa guérison, si il guérit mais que tu n’es plus là, il sera triste, sa guérison n’aura pas de sens. Il aurait tant de chagrin ! Bien sûr nos parents ont fait des erreurs avec nous, mais puisqu’ils nous aiment, nous n’allons pas les punir…Notre époque n’est pas aussi romantique, mais c’est déjà beau d’avoir pu vivre deux nuits et deux jours dans ce monde médiéval.

-Il serait plus sage de rentrer chez nous, mais laissons nous du temps pour y réfléchir ! Demain nous devons réussir notre mission !

*

La tisseuse guide les trois voyageurs jusqu’à l’entré de la grotte, habitat du cyclope. S’ils ne se perdent pas dans l’infinie forêt, la pluie ne cesse de tomber, le vent souffle…Les Damoiselles frissonnent de froid et éternuent. Les chevaux trainent des sabots, ils avancent péniblement dans la bouillasse, et les ronces les blessent. La tisseuse arme Limkidia d’un arc et de sept flèches. Limkidia a gagné des compétitions de tir à l’arc lorsqu’elle allait au collège. La tisseuse a sans doute deviné son don. Ils s’engouffrent dans l’antre, à peine visible, encerclée par le lierre et les fougères. Elodie enflamme la mèche d’une chandelle, Richard Cœur de Lion les suit armé de son épée. Ils marchent avec prudence et se retiennent aux parois car le sol est extrêmement glissant. Elodie écrase une limace.

-Beurk, c’est dégoutant ! S’exclame Elodie

-Ce n’est rien ! Chochotte ! Rétorque Limkidia

-Silence, si l’ogre nous entend ! Chuchote Richard Cœur de Lion

Ils contournent de magnifiques stalactite et stalagmites. Au reflet des eaux cela ressemble à de magnifiques royaumes féériques légèrement troublés par les gouttelettes. Elles dessinent des ronds qui s’agrandissent puis s’effacent. Ils traversent des galeries, à certain moment, ils doivent se baisser afin de ne pas se cogner. L’écho d’une chute d’eau fait un bouquant d’enfer, à faire trembler le sol et les parois rocheuses. Une rivière leur coupe le chemin. Une rivière aux reflets bleu-nuit pailleté. Limkidia la traverse à la nage tandis que ses compagnons hésitent, l’eau doit être froide. Richard Cœur de Lion ne sait pas nager.

-Tu ne sais pas nager, mais tu peux utiliser ton bouclier, lui flotte sur l’eau, tu te tiens à lui et tu meuves tes jambes pour rejoindre l’autre rive. Conseille Elodie à Richard Cœur de Lion.

-Ah, je n y avais pas pensé, c’est ingénieux ! Tu as oublié d’être sotte !

-L’eau est sans doute glacée mais au moins elle est très belle.

Même si l’eau est glacée la jeune fille et le chevalier n’hésitent pas trop. Ils ont assez de fierté pour ne pas trop dévoiler leurs faiblesses devant Limkidia, celle qui s’est jetée à l’eau sans réfléchir. Limkidia n’a pas l’esprit à se moquer, elle est assise sur le sable, elle grelotte sur l’autre rive, claque des dents, elle est si pâle. Elodie fait glisser la chandelle sur l’eau sans l’éteindre. Ils doivent lutter avec force contre le courant qui aimerait les emporter. Le chevalier est musclé mais Elodie peine à rejoindre l’autre rive. Elle lutte tant, elle oublie qu’elle à froid. Le chevalier gagne la rive avant elle, il lui tend la main pour l’aider. Elodie lui tien la main, il la serre très fort, il la fait glisser sur l’eau, la ramène à lui, sur le sable.

Ils se faufilent dans d’étroites galeries, en manque d’oxygène la chandelle s’éteint. Alors qu’Elodie tentent de l’allumer avec deux silex, ils distinguent dans l’obscurité des flammes, une fumée s’élever. Ils entendent un feu crépiter. Il y a bien un passage, mais il est si étroit, seul Limkidia est assez frêle pour passer. Mais avant de s’engager, ils réfléchissent un peu. La paroi est fissurée, en grimpant un peu, Limkidia peut observer la scène. Le cyclope est assis devant son feu. Il ressemble au cyclope d’Odilon Redon. Il est velu comme un singe, a une forme disgracieuse et incertaine, un seul œil au milieu du front. Le cyclope ne la voit pas. Elle retient son souffle pour ne pas qu’il l’entende. Les autres restent immobiles. Alors qu’elle se prépare à tirer, une pierre se détache de son pied. Le cyclope un peu surpris par le bruit sursaute et se retourne dans sa direction. Limkidia à failli glisser, elle s’est agrippée, son genoux est écorché. Elle vise l’œil de la bête, le transperce. La bête devenue aveugle gémit de douleur. Limkidia tire d’autres flèches, et blesse la bête. Mais au lieu de le tuer et de l’affaiblir, le cyclope semble fou de rage. Son grognement strident fait trembler les parois, les pierres se détachent et dégringolent dans un bruit assourdissant. Le chevalier se protège des pierres avec son bouclier, Elodie se colle contre lui, tandis que Limkidia se faufile dans cet étroit passage. Elle dérange un serpent noir. Elle est effrayée mais elle le prend dans sa main, il se glisse a son bras droit, la gueule au bout de ses doigts… Elle s’extrait du passage, se relève arme entre sa main, effleure le cyclope, le serpent le mord. Le cyclope tombe à terre. Il respire encore péniblement mais il est immobile et raide, il à la gueule ouverte, son corps convulse douloureusement. Tétanisée Limkidia le regarde, le serpent se glisse dans l’œil crevé du Cyclope et disparait en son corps disgracieux.

L’élégante licorne montre son museau, s’avance timidement vers Limkidia mais la jeune fille à des vertiges, elle se sent partir, elle s’évanouit. Elle ne parvient plus à lutter, à présent il est mort, elle a bien combattu, elle n’a plus de force…La licorne noire ne ressemble pas à un cheval, ni même à une chèvre, mais plutôt à un grand lévrier, des sabots de biches à la place des pattes. Avec sa corne, elle transperce le font de Limkidia sans la blesser. La jeune fille s’éveille. La licorne lui parle, mais elle lui parle dans son esprit, elle n’entend pas sa voix, elle la devine douce et cristalline. La licorne l’invite à boire son lait pour reprendre un peu de force. Limkidia essaye de la traire, mais le lait pailleté passe au travers sa paume de main, il ne reste rien juste une senteur florale entres ses doigts. Alors elle boit le lait avec sa bouche, ses lèvres serrent légèrement les mamelles de l’animal mystique. Le lait à un goût sucré de miel.

*

La reine s’est vêtue d’une robe corset bleu-céleste avec un ruban doré pour l’ajuster à son corps. De magnifiques cyclamens sont brodés au fil d’or. Une fine dentelle blanche encadre son décolleté. Elle s’est tissée cette robe en espérant sa métamorphose. Elle est dans le petit jardin médiéval, entourée d’hortensia bleu et de violettes. Le petit dragon noir plane comme un avion d’enfant au dessus du jardin. La licorne noire s’approche d’elle. La tisseuse retire son masque laissant apparaitre un visage parcheminé par le temps. La tisseuse pleure, et cache son visage avec ses mains, tombe à terre sur ses genoux. Elle n’a pas l’habitude d’ôter son masque vénitien, elle à la sensation d’être nue et vulnérable. Son visage est vieilli, son corps est décharné, elle est bien plus maigre que Limkidia, Limkidia est très gracieuse. Le visage de la tisseuse est creusé, elle ne se supporte pas. Ses cheveux gris et abimés tombent sur ses épaules. Son dos bossu est douloureux, elle a mal aux articulations. Elle aurait pu être belle et jeune pour l’éternité si sa sœur ne lui avait pas jeté un sort. Elle aurait pu vivre son amour si elle était restée belle. Mais cet ingrat ne l’aimait que pour son apparence… Ses larmes verdâtres passent entres ses vieux doigts griffus, ses mains squelettiques. La licorne la console, en lui disant intérieurement de sages paroles.

-Ne pleure pas, tu n’es pas si laide que tu le pense, ton regard gris est si doux, si hypnotique, si profond…Ce visage parcheminé conte la vieille histoire de tes émotions. Cette robe te va bien, même sans ton masque vénitien. Tu me fais penser à une fleur à la longue tige, bercé par le vent…

-Oui mais je veux retrouver ma jeunesse, grâce à nous tu es libéré…Aide moi, je t’en supplie ma belle licorne !

-Fais moi la promesse que tu seras sage, n’accomplira que le bien…Tu as tes raison d’avoir touché à la magie noire, je te pardonne, mais ne recommence plus et sois heureuse…Sinon tu redeviendras vieille et seule. Si tu es belle, tu dois l’être aussi à l’intérieur ! C’est ta beauté intérieure qui doit illuminer ton visage et ton corps.

-Je le promets, je donnerai tout pour être belle.

La licorne à pas gracieux de biche, s’approche un peu plus de la reine, fait claquer ses sabots sur les dalles. Comme les talons-aiguilles d’une femme fatale des temps moderne. Sa corne traverse le front de La Tisseuse sans la blesser. Une douce chaleur envahit le corps de la reine. Une lumière pure s’infuse en elle et se diffuse. La licorne est concentrée.

Le visage de la reine semble si jeune, si pure, un peu plus rond. Un visage diaphane mais des petites joues roses. Ses cheveux sont longs, très brillants et dorés. Sa bouche est rouge comme les roses. Son corps n’est plus bossu, très mince mais bien moins qu’auparavant, elle ne paraît plus malade. Sa poitrine est même épanouie. Ses mains sont blanches et jeunes comme celles d’une fée, elles ne sont plus veilles et abimés.

La reine contemple ses mains. Elle embrasse le museau de la licorne et toutes deux entrent au château, elle dévoile le miroir en or et se découvre. Les larmes bleues de joie coulent sur ses joues. Ses yeux pétillent. Avec sa robe bleu-céleste elle a envie de danser devant le miroir comme une petite fille. La tisseuse est même plus jolie qu’autrefois. Autrefois elle était très belle, mais froide et dur. Cela se lisait sur son visage, dans ses yeux. Maintenant la douceur et la sensualité émane d’elle.

*

La reine à passé sa nuit à réparer le fil du père d’Elodie. Elle a même préparé un élixir magique pour limkidia. Dans une petite fiole elle a introduit une émeraude mais strié d’or, et à l’intérieur en transparence, une libellule. La licorne lui a donné un peu de son lait qu’elle a versé dans la fiole ovale.

*

La belle Tisseuse est assise devant sa quenouille. Le petit dragon noir perché sur son épaule. Une raie de lumière bleue provenant du vitrail éclaire son doux visage ingénu. La Licorne noire est couchée à ses pieds. Les deux jeunes Damoiselles du futur s’approchent d’elle. Elles sont fascinées par sa beauté. La Tisseuse les regarde et sourit. Caresse le visage de Limkidia, prend la main d’Elodie.

-Elodie, chère enfant, j’ai réparé le fil de votre père, il est pansé…En réparant les fils j’ai découvert l’origine de son mal être. Cela se déroule à l’époque médiévale, c’était un troubadour, il est tombé amoureux d’une fée, il lui a demandé sa main, mais elle ne l’aimait pas. Ils se côtoyés en amitié, il allait chez elle la visiter dans son hottier de fée, elle lui offrait des liqueurs alcoolisés et il a prit goût à l’alcool. Cela comblait un vide. Car même si ils étaient amis, la fée était distante, froide parfois, car son amour lui faisait peur, il était toujours trop démonstratifs, il lui offrait des fleurs, des poèmes, des bijoux, il lui composait des chansons…Je pense qu’il ne s’est jamais remis de cette frustration. Il a toujours eu besoin de boire pour combler le vide. Bien sûr, à présent, il a d’autres raisons de boire, je vois un petit garçon maltraité.

A présent la Tisseuse s’adresse à Limkidia

Limkidia, je t’offre cet élixir. Cette fiole contient une pierre très spéciale, grâce à elle tu vas mincir autant que tu le désire et te maintenir, tu vas être belle, à ton image, mais tu n’auras plus besoin de te priver de nourriture. Je te sens épuisée alors j’ai mit du lait de licorne dans cette fiole. Le lait de licorne est très léger, il est très riche en vitamines et protéines. Tu dois boire une à trois gouttes le matin, pas plus. Lorsque la fiole sera vide, il restera la pierre magique à l’intérieur. Tu la remplis d’eau d’une source sacrée. Il existe des fontaines à fée ou même un simple ruisseau qui te semble lumineux. Observe l’eau, si tu aperçois des libellules c’est plutôt bon signe ! Tu seras belle, très menue et en pleine santé…Prend soin de toi, et retrouve ta gourmandise. Aimes-toi !

La tisseuse donne la fiole ovale à Limkidia. Celle ci la regarde et la tient comme un bijou, la pierre en transparence dans le liquide pailleté.

Je vous aime beaucoup mais il serait peut-être plus sage de revenir chez vous…Quel est votre décision ?

Les jeunes filles s’interrogent des yeux, elles ont beaucoup discutés durant la nuit. En chœur, elles répondent :

-Nous adorons l’époque médiéval mais nous préférons rentrer pour nos famille, par sagesse…Et aussi parce que nous aimons certains aspects de notre époque.

La tisseuse sourie en guise d’adieu, un sourire qui déchire le cœur. Elle reprend son ouvrage, fait tourner la roue de sa quenouilles, les damoiselles se fantômatisent, la roue qui tournoie les hypnotise, elles deviennent sans consistance comme de la fumée, elles s’effilent dans les rouages, tournoient et repensent à la grande roue à La Rochelle, la roue qui se situe entre la gare et la grosse horloge et encercle les rouages du temps, les cycles, le jour, puis la nuit, l’hiver puis le printemps…Rien est immobile, tout est mouvement, tout est éternelle, tout renaît de ses cendre, comme le serpent qui se mord la queue.

*

Les jeunes filles atterrissent à la gare, non pas celle du train fantôme à la fête foraine mais la gare de La Rochelle. Une jeune fille nue assise sur un banc les intrigue. Le regard vide. La peau diaphane, des rondeurs douces. Personne ne fait attention à elle sauf Limkidia et Elodie.

Une exposition des toiles de Paul Delvaux à la gare de La Rochelle. Les voyageurs contemplent les toiles en attendant leurs trains.Ils compostent leurs billets. Limkidia et Elodie sortent de la gare, se séparent en s’embrassant sur la bouche.

-Je t’invite chez moi, demain soir, propose Elodie.

-Avec plaisir.

Limkidia longe le vieux port, le soleil matinale fait scintiller l’eau, le ciel est pastel, elle passe sous la grosse horloge, s’achète un croissant à la boulangerie, elle prend un bus à la place de Verdun, ligne 16. Mange son croissant durant le voyage et rêvasse.

*

Les parents de Limkidia dorment encore, il n’est que huit heures trente selon l’horloge. Elle allume l’ordinateur pour savoir la date. Depuis le pique nique, et la fête foraine, une seule nuit est passée. Jeudi 28 septembre 2014. Il est probable que ses parents ne se soient rendu compte de rien, d’ailleurs ils dorment paisiblement. Comme un rêve. Ses parents ne travaillent pas aujourd’hui. Aujourd’hui Limkidia n’ira pas à la fac, elle a besoin de repos. Le professeur Linkia lui a dit. En y réfléchissant un peu, même si cela ne lui à pas sauté aux yeux toute suite, il ressemble au druide mais sans la barbe, sans les longs cheveux. Elle éteint l’ordinateur, va dans sa chambre dormir un peu…Le manga est restée ouvert à la même page, l’épisode de la jeune fille au chat qui se fait percuter par un train. Limkidia referme le livre. Cela ressemble à un rêve mais dans le miroir elle s’aperçoit avec ses boucles d’oreilles en forme de licorne (magnétisées par le druide). Elle a aussi la tapisserie de La Dame à La Licorne en miniature offert par Alienor. Limkidia boit deux gouttes de l’Elixir et s’allonge dans son lit.

Elle se réveille dans la soirée, amincie de deux kilos et en pleine forme. Elle va dans la salle de bain prendre une douche, se contemple longuement devant la glace. Elle est à son image. Après avoir pris un bain, elle décide de se préparer un repas mais quand elle pense à ce qu’elle aimerait manger, rien ne lui fait envie. Elle entend La Tisseuse lui conseiller avec amour et inquiétude : Retrouve ta gourmandise ! Prend soin de toi ! Aimes toi ! Mais Limkidia à besoin de temps, d’avancer petit à petit. Avec l’élixir de minceur elle ne risque plus de prendre des rondeurs. Pour l’instant le lait de Licorne lui permet de retrouver son énergie.

*

Après la fac, Limkidia prend le même bus qu’Elodie. Elles étudient un nouveau chapitre avec Linkia, la littérature médiévale.

-Tu ne m’invitais jamais chez toi Elodie.

-Je n’avais pas envie de te mêler à mes problèmes de famille, à un père ivre et parfois violent…Maintenant qu’il ne boit plus, tu peux venir aussi souvent que tu le souhaites. Et puis tu ne mangeais pas beaucoup, t’inviter à diner était source d’angoisse.

-Je mange assez peu, sauf hier matin, j’ai craqué pour un croissant !

-Tu as minci grâce à l’élixir, cela se voit vraiment, mais tu as bonne mine, tu es rayonnante, ça me fait plaisir de te voir ainsi !

-Il est beau Linkia, s’il pouvait se souvenir de sa vie antérieur…J’aimerai lui raconter mais il ne me croira pas.

Les filles amoureuses lune de l’autre, parlent de leur merveilleux professeur Linkia ! Un professeur qu’elles admirent. C’est leur sujet de conversation préféré. Linkia par ci, Linkia par la…Leurs yeux pétillent, leurs joues rougissent.

Limkidia en embrassant le cou d’Elodie embrasse aussi sans le faire exprès le sanglier magnétisé par le druide. Le pendentif offert par Aliénor à Elodie.

*

Le père d’Elodie est guitariste. Il joue de la guitare électrique. Son groupe suit les pas de Joe Division, The Cure…Ils commencent à être connus. Arthus aime aussi la musique métal mais si elle est douce, par exemple le métal néo-classique. Ou le métal avec des influences médiévales ou celtique. Lorsque les filles entrent dans l’appartement, Arthus est en train de jouer un solo de guitare. Il est vêtu de son pantalon en simili cuir, de son blouson à frange, sa tête s’agite au rythme de la musique, ses longs cheveux noirs virevoltent. Comme il est grand et maigre cette tenue lui va plutôt bien. Elodie et Limkidia prennent chacune un micro et l’accompagnent en chantant. Le visage d’Arthus est marqué, sa démarche est fragile, on le sent épuisé par la vie.

Il cuisine aux filles un repas d’automne, du potimarron et des cèpes qu’il a cueillis lors de sa promenade dans le petit bois, non loin de la cité. Dans ce petit bois, il s’est assis au bord d’une fontaine qui se nomme « La Fontaine de jouvence ou fontaine de La Tisseuse ». Une petite statuette en pierre de lune la représente avec sa quenouille, elle est si frêle, si belle avec ses longs cheveux, si jeune. A présent, il aspire à une vie plus saine, il trouve que la nature lui fait du bien. Il prépare aussi une tarte aux pommes.

Ils dînent aux chandelles. Limkidia mange lentement mais avec plaisir.

-Vous avez une belle voix Limkidia, une voix très médiévale ! Complimente Arthus, sa voix à lui est un peu cassée.

-Merci. Limkidia rougit.

-On pourrait créer un groupe Limkidia ! Un groupe de musique médiéval. J’écrirai les chansons et toi tu chanteras. Moi aussi je chanterai. Et nous avons même un petit studio d’enregistrement !

-Avec plaisir !

*

Limkidia ne rentre pas chez elle, elle reste dormir avec Elodie. Elles sont toutes nues, assises sur le lit, éclairées d’une lumière tamisée, la pluie tombe sur les vitres. Elles se coiffent l’une et l’autre, se maquillent, se contemplent dans un petit miroir en imitant la Comtesse de Bathory. Ou la Reine Fée dans Blanche Neige. « Miroir, mon beau miroir, qui est la plus belle du royaume ? » Elles éclatent de rires. Elodie bise le cou de Limkidia, celle-ci rougit, frisonne. Elles s’embrassent sur la bouche.

La main d’Elodie se fraie un chemin entres les cuisses de Limkidia. Elle, elle caresse timidement les seins d’Elodie. Sa main glisse sur sa hanche assez large. Elodie la plaque brusquement sur le lit, et lui lèche le sexe. Elle remonte un peu. Bise et mordille son ventre tout en caressant sa petite poitrine. Elle se heurte à ses petits os saillants. Mordille ses oreilles. Limkidia sent son souffle chaud dans ses oreilles. Limkidia gémit légèrement en s’imaginant un sanglier galoper dans la forêt.

Le train fantôme (deuxiéme partie)

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