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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 13:20

Les escaliers sont si hauts et si abruptes que je m’assois sur les marches pour descendre. J’ai la peur du vide. Dans un conte Souris des villes, Souris des champs, on voit la souris des champs glisser sur la rampe. Comme l’immense toboggan à la piscine. Je ne glisse pas sans mon papa. Je coince Sissi ma poupée mannequin entres mes cuisses. Sa chevelure virevolte comme la mienne, papa n’y voit plus rien, le visage dans les cheveux. L’eau éclabousse légèrement sur le côté, le corps s’incline à droite puis à gauche, l’air nous fouette. Un peu comme lorsque je fais de la luge. Nous avons des cheveux de sirènes nous les petites filles, surtout au contact de l’eau. Je n’ai pas l’impression qu’ils soient emmêlés sous l’eau. Si je vivais sous l’eau, papa n’aurait pas besoin de me coiffer, car quand il me peigne ça fait très mal. Maman est un peu plus douce. Malgré ma frayeur j’en redemande encore. De glisser avec mon papa. Papa en a marre. Il aimerait nager. Grimper les marches est fatiguant. J’ai presque peur, c’est un peu monter en haut d’un phare. Si j’allais à la piscine la nuit, en haut du toboggan ma chandelle clignerait comme des paupières, comme l’œil d’un phare.

Je suis presque arrivée en bas. Je me mets debout, c’est moins haut, je n’ai plus peur. Hector me lèche la goule, je le prends dans mes bras, mes mains s’agrippent à ses longs poils noirs mais pas trop fort, je ne veux pas lui faire du mal. Un peu comme lorsque je passe mes doigts à travers la chevelure de maman. J’ai essayé de chevaucher Hector mais il n’est pas docile. Cela serait si amusant ! Lorsqu’il neige j’aurai aimé qu’il soit un chien de traineau. Mais alors la, papa m’a grondé. Il m’a dit de laisser tranquille Hector cette brave bête. Hector ressemble à un ours.

Dans la cuisine Copy Cat de Lacrimosa vibre sur les fenêtres qui donnent sur la forêt. Je vois ma mère cheveux blond platine vêtue d’une micro robe moulante en skaï, yeux charbonneux, bouche rose rouge elle danse au rythme de cette musique sombre en diable tout en faisant la cuisine. Elle prépare un gâteau. Monte les œufs en neige. Tandis que papa, assis sur le canapé, le regard dans le vide, fume et boit un peu de Ricard, l’air pensif. Mes parents sont très jeunes à peine vingt et un ans. J’aime l’odeur alléchante de la cuisson d’un gâteau.

On me sert de la purée de pois cassé avec un filet de poissons aux écailles argentées. Je dois le manger sinon je serai privé de dessert. Mais voila ce poisson dans mon assiette me donne un haut le cœur, à chaque bouché j’ai l’impression que je vais vomir. Un peu comme lorsque je bois du lait, cela m’écœure. Je préfère le poisson pané ou le poisson à chair blanche ou bien le saumon. Je ne comprends pas ce goût pour la peau, peau grise, peau de serpent et le gout de ce sang, un sang quasi métallique, quasi de la rouille…Et ses arêtes a chaque bouchée. Mes parents ne m’aiment pas pour me faire subir un tel supplice. Je pleure à chaude larme, l’arête dans ma bouche, l’envie de vomir. Papa avec sa grosse main me cogne si violemment que je tombe par terre. Je suffoque déjà. Je n’ai pas si mal, je suis terrifiée. Je ferme les yeux, je me protège le visage avec les mains. Il m’attrape et me fesse tout en montant les escaliers, m’emmène dans ma chambre, me met dans mon lit. Plus je pleure, plus je l’énerve, plus il a envie de me gifler. Il me laisse seule dans mon lit. Je suis mieux seule. Je n’arrive pas bien à respirer, je suffoque. Je crois avoir avalé l’arête. Vais-je mourir ? Je veux mourir tant mes sanglots m’étouffent.

*

A l’école la maitresse nous fait lire le conte Le petit Poucet. Cette histoire m’angoisse. Être pauvre est-ce une excuse pour abandonner ses enfants ? Les abandonner dans un lieu très incertain. Les enfants aiment d’instincts leurs parents, eux. Au fond les parents n’aimaient pas leurs enfants. Mais le père avait du remord. La méchanceté a ces nuances. Les êtres cruelles n’on jamais de remord, ne sont pas tourmentés. Cela ne signifie pas qu’ils n’ont pas souffert par le passé mais ils sont devenus irréparables et resteront cruelles.

*

En ce moment la conductrice du mini bus qui nous ramène à la maison est malade. Ils n’ont pas trouvés de remplaçant. Maman ou papa doivent venir me chercher mais je suis devant l’école et je ne vois personne. Mais je ne suis pas la seule, il y a d’autres enfants qui attendent. Mais moi je me sens déjà angoissée. J’ai les larmes qui montent.

J’avais raison tout le monde est partie, je suis seule devant cette immense grille. Les voitures passent, la pluie tombe, le soleil se couche…Je me mets à frissonner de peur ou de froid. Mes parents ne veulent pas m’abandonner mais j’ai peur qu’il se soit passé quelque chose. Maman et papa se disputent et se cognent. Bientôt les phares des voitures s’allument. Le temps passe et je ne les vois pas venir.

La maitresse m’a vu. Elle s’accroupit devant moi, me prend dans ses bras, ses longs cheveux noirs cascadent mes épaules, mon dos, c’est un peu comme l’aile d’un ange. J’en senti son parfum à l’agrume. Elle prend ma main dans la sienne, et m’emmène à l’abri dans la salle de classe. Me recouvre d’une couverture moi qui suis trempée. Elle essaye d’appeler mes parents mais personne ne répond. Elle laisse un message sur le répondeur. Elle m’offre une infusion bien chaude et des petits gâteaux. Il fait nuit. Elle tente d’appeler à de nombreuses reprises mais personne, tandis que la pendule indique déjà vingt et une heure. La maitresse vas t’elle finir par appeler la police ? Je dormirai à l’orphelinat. Cette perspective est effrayante, aussi effrayante qu’une forêt. La maitresse se mord les lèvres inférieures, elle semble penser que mes parents sont irresponsables. Et aussi qu’elle n’aurait pas dû nous faire lire Le petit poucet. Seulement, elle ne pensait pas que l’une de ses élèves serait abandonnée comme dans les contes.

La silhouette sombre de ma mère apparait derrière la baie vitrée. Je cours vers elle. Je me blottie bien fort dans ses bras. Ses cheveux à l’odeur de tabac mêlé à celle de son eau de toilette. Maman est malade, s’est endormi, ne s’est pas réveillée, n’a pas entendu le téléphone sonner.

La maitresse a souris mais d’une manière un peu crispé, elle jetée un regard froid à ma mère.

La voiture se fraye un passage dans la nuit, les sapins nous dévisagent…La radio grésille. Les petites lumières nichées dans des précipices sont bien mystérieuses. Les cascades scintillent aux reflets de la lune. Les bois des cerfs se confondent aux branchages des forêts. Un lièvre blanc traverse la route, ma mère freine à temps.

Papa est à l’hôpital à cause de ses ulcères à l’estomac. Lorsque nous arrivons le museau d’Hector lèche ma main. Attila la tigresse descend les escaliers en miaulant, vient se frotter a mes chevilles et aux pattes du chien. Moi je n’ai même pas encore retiré mon manteau, ni posé mon cartable. Maman a le visage blême, elle me prépare une salade de tomates et un bifteck haché. Je mange seule devant un dessin animé. Les aventures de Tintin. J’adore la musique du générique. Je me brosse les dents avec un dentifrice à la fraise. Je me mets au lit, je serre mon ours contre moi. Le chat bondit sur mon lit, et s’installe, en boule, contre mes cuisses. Maman vient me faire un bisou.

*

J’ai dis à mes parents que je ne les aime plus, que j’en ai assez d’être au milieu des disputes. Je n’aurai pas du dire cela. Mes parents déménagent comme tant d’autres fois mais cette fois ils ne m’emmènent pas avec eux. Je vois la maison se vider. Les murs blancs immaculés. La maison est grande et tellement vide. Je vois le camion de déménageur s’éloigner. Je suis seule. Il ne reste que la coiffeuse blanche en fer forgé dans leur chambre. Au reflet de la maison, je me sens si vide. Au reflet de ce miroir intérieur je me sens si vide. Je souris pourtant devant le seul petit meuble qui reste. Plus tard, je reviens m’y regarder et j’ai un sourire fané. Des lèvres marrons, gercés. Mon sourire est pourri. Et je me sens si seule. Si angoissée. La forêt et ses ombres encerclent la maison et entrent à l’intérieur par les ouvertures.

*

Papa à l’hôpital. Ulcère à l’estomac. Cette odeur d’eau de javel. Ses couloirs infinis, ces murs si diaphanes, ses escaliers en bétons et ses ascenseurs. Ses chambres impersonnelles. Ses blouses blanches souvent souriantes. Ses infirmières qui se ressemblent comme des clones. Papa sur son lit d’hôpital, perfusé…Marcher dans les couloirs avec les perfusions jusqu’à la cafète, jusqu’au jardiner pour prendre un bol d’air ou une bouffée de cigarette.

J’ai souvent joué au docteur avec mon papa, j’étais le docteur, il était malade. Nos jeux ne l’ont pas pansé. Pourtant j’ai tout ce qu’il me faut dans ma mallette pour le guérir, un stéthoscope, un tensiomètre, un petit marteau, une piqure…

J’entends papa vomir la nuit comme si il allait cracher son estomacs, ses boyaux. Il est plié en deux.

*

Hector aime monter dans la voiture pour aller se promener. On se balade en forêt. Papa et maman cueillent des champignons. S’enlacent, s’embrassent. On pique nique au bord de la rivière. Le feuillage d’automne est magnifique. Mes cheveux châtaigne virevoltent. Tandis que je mange une tartine de rillettes et que maman, elle, croque une rondelle de radis noir et que papa boit un peu de vin rouge, j’aperçois un écureuil. L’eau me semble intrépide. Sa couleur est belle.

*

Danser j’adore. J’adore ce beau tutu rose. Et je suis douée pour la danse. La professeure me complimente. Mais j’ai toujours peur que maman ne vienne pas me chercher. J’ai comme un nœud dans ma poitrine qui se serre de plus en plus fort à m’étouffer. Je demande à maman de m’attendre devant l’école de danse. Elle m’attend dans la voiture durant deux heures tous les mercredis après midi et pourtant je continus à avoir terriblement peur. Je ne vois pas qu’elle s’éloigne de la voiture, faire une course, a la sortie je veux qu’elle soit là !

J’abandonne la danse, comme j’ai abandonné le cheval. Mes parents disent de moi que je ne me tien à rien. Mais je suis une petite fille qui à peur de tout et je suis devenue une jeune femme qui a toujours peur, peur de tout. J’aurai pu devenir une danseuse étoile si je n’avais pas ressentie tant d’angoisses, tant de vide. Mais être une étoile c’est effrayant, le ciel c’est immense, c’est illimité, les échos de l’espace portent des sentiments d’insécurités. Je peux m’émerveiller si sur mon siège je suis bien attachée, et ma voiture roule sur cette route incertaine.

*

A l’école je joue seule dans la cours de récréations les autres enfants ne m’aiment pas. Et la maitresse est agacée par moi. J’ai redoublé mon CP, je suis même allée dans une classe spécialisée, nous étions que sept enfants. Mais je ne sais toujours pas lire, et ça fait rire mes camarades. Je ne sais pas pourquoi ? Je suis la seule qui ne sait pas lire. Je suis une imbécile c’est pour cela que je n’y arrive pas. Je suis peut-être mongole. Tout le monde me trouve bizarre. Lorsque je serai grande comment vais-je faire si je ne sais pas lire et pas écrire?!

Alors que des petits garçons me tiraient les cheveux, je me suis fais pipi dessus. Tout le monde s’est moqué de moi.

A sept ans je n’ai plus l’âge. Marie Paul la conseillère d’éducation était un peu froide quand elle m’a prêté des vêtements aux vestiaires. Papa m’a rouspété lorsque je suis rentrée. J’ai honte.

Cette école me semble immense, la cours s’étend à l’infinie, il y a de nombreux bâtiments à étages, aux couloirs labyrinthiques. Je suis perdue au beau milieu de tous ces grands. Le bus n’est plus un minibus. Ce sont de grands bus qui nous attendent devant l’école, j’ai toujours peur de me tromper de bus et de ne plus pouvoir revenir chez moi.Ou de le rater, la sonnerie sonne je n’ai pas encore finis de recopier la leçon, ni écrit les devoirs à faire sur mon cahier de texte, il faut que je me dépêche. Mais j’ai très envie de faire pipi. Plus je suis angoissée, plus je me dépêche, plus j’en meurs d’envie. Je me suis retenue toute la journée car je ne vais jamais aux toilettes à l’école.

*

Je suis âgée de quinze ans, mes parents se sont séparés. Mon père à rencontré une femme, une Brésilienne, il est parti au Brésil avec elle. Il ne me donne plus de nouvelles depuis six mois. Je pleure souvent son absence. Un vide immense. De la colère aussi. Mon père ne m’aime plus.

J’écoute couler les sons à la radio. J’écris un journal intime. Je soigne ma peau contre l’acné. Je suis mal dans ma peau. Je ne suis pas aussi jolie et coquette que les filles de ma classe. En sport je suis maladroite, personne ne veut faire équipe avec moi. Toujours le même rejet. Des jours d’ennuies et infinis mais je les préfère au jour de classe. Quelque balade à la mer. La forêt est loin à présent. Et je pense à la mort, je me scarifie.

*

Je suis au reflet de ses maisons abandonnées, et vides. Je flotte dans l’espace. Il n y a qu’un seul miroir intérieur, je danse devant, je fais mes pointes à la barre. Je suis seule dans cette grande et labyrinthique demeure, même Hector est mort. Par la baie vitrée je vois des tornades danser dans les champs et détruire tout.

La solitude des étoiles

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