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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 16:05

Juste la senteur d’un baume de druide qu’elle a étalé entre sa poitrine pour apaiser ses angoisses. Un présent de Loudi. Anathème est brulante de fièvre. Pâle. Les yeux absents. Neige la féline blanche est étendue sur elle, l’arrière train entre ses seins, la gueule entres les pattes, très prés du visage. Sa maitresse à des vertiges. Anathème est entre veille et sommeil, presque évanouie. Si angoissée qu’elle n’a pas mangé depuis trois jours. Elle ne peut rien avaler. Dehors le tonnerre gronde. L’ombre bleuté d’un éclair zèbre sa joue à lui fendre les lèvres. Neige regarde inquiète sa bouche. Anathème n’est pas blessée, mais son sommeil semble agité. Elle marmonne des mots d’un timbre plaintif. Des perles de sueur coulent sur son grand front rêveur.


Un immense tableau méconnu de William Blake recouvre tout un pan de mur. Une femme nue aux rondeurs douces, à la peau de porcelaine, chevauchant un tigre volant, aux ailes de faucon tigrées de roux et de châtain. Neige s’imagine s'agrandir jusqu'à devenir une panthère blanche de Sibérie et sa maitresse la chevauchant, elles galoperaient dans les infinies forêts d’Europe. Grimperaient jusqu'à la cime d'un arbre pour côtoyer les étoiles, bondiraient de branche en branche avec un sentiment d’émerveillement et de liberté. Sa maitresse serait pour un peintre une énigmatique Vénus moderne, plus de rondeurs douces, mais un corps si éthéré. Évanouie sur la plage, elle ressemblerait à l’épave d’un bateau. Presque creuse. L’orage éclair par flash des pans du tableau : tantôt le sein droit de la femme, tantôt la patte griffue du tigre qui déchire le ciel puis la joue ronde ou bien le regard sensuelle de la tigresse. Un vieux recueil de poèmes de Novalis jauni et écorné est posé sur la table de chevet, une carte postale représentant la comtesse de Bathory sert de marque page, elle en est à plus de la moitié du livre. Une lettre de son amie Loudi. Loudi la petite bohémienne, danseuse de flamenco, sa roulotte sur les routes de Transylvanie à la muraille de Chine avec sa famille. Elles se sont rencontrée sur les bancs de l’école mais pas longtemps, Loudi n’y est restée qu’un mois, ils sont repartis…La petite Loudi jouait seul dans un coin de la cours de récréation, les autres enfants la rejetaient. Anathème et Loudi sont restées en lien, elles se sont écrites. Anathème rêve en Loudi. Loudi rêve en Anathème. Anathème n’est pas tout à fait seul, Loudi a l’autre bout de l’Europe, non loin du pays de soleil levant pense à elle.

Chère Anathème

J’ai pensé à toi en regardant ce dessin. Je ressens à distance comme ton corps te torture. Je ressens aussi a travers tes mots que tes entrainements intensifs d’escrime et de tir à l’arc sont bénéfiques pour toi contrairement à ce que pense les autres. Ils pensent que tu vas au-delà des limites. Ils peuvent penser que tu te détruis. Mais tu apprends à vivre en corps, tu le ressens…Ses courbatures dont tu me parles. Je ressens aussi que tu dois te faire des amis. Notre relation ne peut pas suffire, je n’ai pas de corps pour te prendre dans mes bras. Ni de voix, juste des mots mais nous vivons dans deux mondes différents et jamais tu ne viens physiquement dans le mien, ni moi dans le tien. Tu ne peux pas vivre seulement en un rêve, tu dois marcher pieds nus sur l’herbe fraiche, sentir le vent sur ton visage, sentir que tu as froid, sentir que tu frissonnes, sentir ton grain de peau qui se ressers…Tu dois entendre une voix, celle d’un ami qui chante et te guide vers lui. Il doit te serrer très fort dans ses bras et réchauffer ton frêle corps. Laisse la musique t’envouter et danse, ne te retiens pas…Cette comtesse de Bathory fût innocentes des crimes qu’on lui rapprocha. Son rêve de beauté absolu, un rêve macabre et dangereux pour elle, mais elle était pure. Ni superficielle, ni cruelle. Elle n’est pas comme la reine mère de Blanche Neige. C’est une facette plus profonde que révèle le miroir de la vérité. C'est presque la blanche neige qui se mire dans l'eau, et tombe dans les pommes. A bientôt dans nos nuits, nos rêves, ma sœur spirituelle Anathème.

Loudi.

Le chat écarquille les yeux lorsqu’il distingue une silhouette fantomatique au chevet d’Anathème. C’est Loudi, elle pose sa main sur le front d’Anathème, passe à travers. Elle caresse ses longs cheveux châtaigne. Elle bise sa joue. Anathème ressemble a une fée avec sa taille fine et ses longs cheveux châtaignes jusqu’à la chute des reins. Et ses yeux dorés.

Une voix fait sursauter Loudi, la voix d’un jeune homme, douce et grave, elle entend un poème…Elle ne voit personne. Elle ne comprend pas. Cette voix est celle d’un inconnu mais les paroles lui disent quelque chose. Loudi se retourne sur elle-même, sa robe nuageuse à volant tournoie. Un recueil de poème de Novalis, une carte postale qui sert de marque page…Le livre jauni s’ouvre tout seul. Elle reconnait la carte postale qu’elle lui a envoyée. La comtesse de Bathory. Elle se souvient bien du contenue de son message. Elle entend à nouveau la voix qui s’était tue.

Les mots lui disent sans lui dirent qu’elle avait tord. Elle est si troublée qu’elle entend la voix du poème mais ne saisit pas le sens. Le message essentiel n’est pas le poème, ni la voix charmante d’un poète, le message essentiel n’est pas là…Elle entend la voix du poète se dédoubler des mots, de chaque syllabe, comme un écho singulier. Le livre parle de vive voix. Loudi n’en revient pas comme les mots ont une voix et comme les mots enlacent et réchauffent un corps dans sa solitude. Loudi n’en revient pas de la puissance des mots et des rêves. Les mots seraient presque de la matière. Elles tissent un lien magique entres elles avec des mots, ce ne sont pas que des mots même si elles ne peuvent pas se voir, même si elles ne peuvent pas se toucher. Ce ne sont pas que des mots, se sont presque des corps qui s’aiment et s’enlacent.

Loudi rigole, et caresse la chevelure de sa lointaine et si proche. Neige trouve que le sommeil de sa maitresse est soudain plus apaisé grâce à la présence astral de Loudi.

Une effrayante sorcière, peut-être Lilith avec un immense serpent noir. Anathème est tombée dans le puits, elle est entres les griffes de la vouivre. Elle ressemble un peu à la fée maléfique dans une œuvre de Franz Von Stuck. Anathème est tétanisé. Elle tremble sur ses jambes, elles sont dans l’eau noire et boueuse. Ses pieds sont glacés. Elle veut crier mais aucun son ne sort…Et le serpent l’effleure. Elle ferme ses yeux pour ne pas le voir, serre les dents. Ressent l’effleurement glacé sur sa peau, et les frissons douloureux que ça provoque, elle est électrifiée…Elle s’évanouit. Elle est dans son lit, dans sa chambre, la tête lui tourne, elle a la nausée…Elle se lève même si elle se sent si faible, dérange Neige qui dormait sur elle, elle est au bord de l’évanouissement et s’agrippe tant bien que mal aux meubles. Elle avance lentement en titubant, en ayant peur de tomber…Elle va à la cuisine, se sert un verre d’eau et boit…Elle retraverse le couloir tant bien que mal et va aux toilettes. Une lumière s’allume. Sa grand-mère est insomniaque. Anathème à peur, il ne faut pas que sa grand mère la voit dans cette état, si elle l’a voit ainsi sa grand mère va appeler les urgences. Anathéme a si peur d’aller à l’hôpital. Anathéme assise aux toilettes, se dépêche, le décor tourne, interminable jet d’urine froid, elle se lève un peu trop vite, mouille l’entre cuisse et sa culotte. Quelque chose l’éclabousse, elle se retourne, de la mousse comme en forêt recouvre la lunette, un serpent noir s’agite dans une eau verdâtre. Elle tombe dans les pommes et se réveille dans un lit. Toujours cette sensation d’être très faible, au bord de l’évanouissement. Il lui faut boire un peu d’eau. Elle murmure faiblement le prénom de son amie.

Elle est là à son chevet en chair et en os. Elle lui a préparé une tisane a la verveine, elle la fait assoir dans son lit, la calle à l’aide de gros oreillers, elle l’aide à boire, lui tien la tasse, Anathème boit petite gorgée par petite gorgée le liquide chaud. Loudi repose la tasse sur la table de chevet. Loudi a aussi préparé une compote de pomme. Elle fait manger son amie à la petite cuillère. Celle-ci est anormalement trop vite callé mais néanmoins Anathème reprend légèrement des couleurs et elle sourit. Elle est heureuse d’être enfin avec son amie. Elle prend sa main dans la sienne qui passe à travers elle. Anathème est troublé. Loudi disparait.

Anathéme se réveille, son estomac cri famine et elle se sent faible, elle a mal à la tête. Est-elle encore dans un autre rêve ?! Est-elle réveillée ?! Neige ronronne et la dévisage avec inquiétude. Sa grand-mère est morte, elle ne peut pas l’appeler, elle est seule ici, sa famille habite loin. Il faut qu’elle se lève et qu’elle mange un peu. Mais elle est si angoissée, rien ne passe. Elle reste encore au lit. La nausée, la chambre tournoyante. Elle n’a pas envie de se lever, elle n’en a pas la force. Dans sa tête elle entend Loudi lui dire : Je suis là, tu es dans mon cœur, ne te laisse pas aller, fais le pour moi.

Loudi était bien là, c’était plus qu’un rêve. Elle frissonne de terreur en repensant à son cauchemar, a cet horrible serpent noir. A ses rêves dans des rêves, a la spirale, aux tourbillons a la profondeur des toilettes devenues puits. A la vouivre. Elle n’est pas sûre d’être réveillée. Car elle se sent dans le même état que dans ses rêves, au bord de l’évanouissement.

Des songes dans d'autres songes
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