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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 10:42

Au abysse d’elle, une vouivre.

La maison familiale est magnifique. J’y vis avec ma mère et ma grand-mère. Maison de granit entourée d’un jardin qui ressemble à un près, en pente douce, à l’orée de la forêt. C’est une presque île encerclée par les bras de la rivière qui se nomme Corrèze. Les milliers de petites pierres scintillent dans l’eau transparente. Quelques arbres fruités, des arbres très anciens dont un aulne, un chêne. Une piscine devant le jardin d’hivers qui est aussi notre cuisine et salle à manger. Un salon avec une cheminée. Un couloir en L menant aux deux chambres, celles de ma mère et de ma grand-mère avec une salle d’eau et un cabinet. Un escalier étroit qui mène à un couloir devenue bibliothèque, ma chambre avec une salle d’eau. Elles communiquent secrètement entre elles.

Un weekend, en été, avec une amie

Un soir d’été, à ma table, ma belle amie lointaine, Stella…Blanche et maigre, les yeux en amande. Nous dînions à la belle étoile avec ma mère Aude, ma grand-mère Alice et mon frère Maurice. C’était la première foi que nous nous voyons. Elle habite à Lyon et moi perdue dans la campagne creusoise non loin d’Aubusson. Nous nous sommes échangées des lettres électroniques très profondes, et de sa photo je suis tombée amoureuse. Elle me fascine.

Ce soir la, elle portait un pull simple, peu épais, noir, et en pendentif une pierre de lune…Un peu de rose cerise à ses lèvres pulpeuses. Un fin trait de crayon noir sur ses paupières à la façon des égyptiennes. Elle ne parlait pas, perdue dans ses pensés. Sur la table, de la laitue de notre jardin relevée par du jus de citron, de la coriandre et du céleri. Des spaghettis à la bolognaise. Du taboulé fait maison…De la compote. Stella et moi ne sommes pas de grandes mangeuses. Nous n’avons mangé que de la salade. Je caressais le dos de Stella pour la rassurer. Je lui demandai si ça va, d’une voix douce…Félix, le chat noir et blanc s’est frotté contre sa cheville, réclamant quelques caresses. Des lampions étaient accrochés aux arbres. Les étoiles brillaient de milles lueurs. Le ciel se mirait dans ma piscine bleue turquoise. Des lucioles virevoltaient et disparaissaient dans la forêt. On entendait l’eau de la rivière chantait et le hululement d’une chouette. Quelques chauves souris, ombres volantes découpaient le bleu nuit céleste. Comme des origamis. Ou les ombres chinoises d’un théâtre de l’ombre improvisé.

Après le repas, nous étions seule, assise l’une contre l’autre, sur le rebord de la piscine, les pieds dans l’eau…Les mouvements de nos pieds palmées si blanc. Poissons polaire. Mes longs cheveux noirs ondulés, cascadaient mes frêles épaules, le bout trempé dans l’eau, se mouvant comme des algues. S’entortillant à la cheville de Stella. Un regard jaune dans le buisson. Un chien ? Un renard ? Surprise, nous sommes tombées dans l’eau, les deux lucioles qu’on a prit pour les yeux d’un animal se sont envolées. Eclats de rire. S’éclabousser…Puis s’étreindre. Dans l’eau l’apesanteur est semblable à celle de la lune. Nous nous sentions si légères. L’impression de flotter dans l’espace infini. Nos étoiles noyées dans l’eau.

Lorsque le tonnerre s’est mit à gronder, on est rentrés. Nous sommes montées à l’étage rejoindre ma chambre à tâtons dans l’obscurité. Nous étions serrées l’une contre l’autre, presque nue. Felix dormait à nos pieds. L’ombre des feuillages dentelait joliment les murs de ma chambre.

-Ce soir, tu semblais perdue dans tes pensés…

-Oui, une impression de déjà vu…Je connais cet endroit mais je ne me souviens de rien…Comme c’est étrange Olivia !

-Tu es âgée de vingt deux ans comme moi, et j‘ai toujours vécue ici…Mes parents on achetés cette maison en 1981. Trois années avant ma naissance. Elle appartenait à de riches fermiers, la famille Tonneraile…

-Ca alors, c’est le nom de famille de ma mère !

Je ne connaissais pas son nom de famille, sur Facebook, bien qu’elle n’utilisait pas de pseudo, elle ne précisait pas son nom. Juste son prénom. Stella.

-Etrange ! Etes-vous une famille originaire de la Creuse ?

-Pas que je sache, mais tu sais Olivia, je vis avec ma mère, je n’ai plus qu’elle…On n’évoque pas le passé.

-Mais elle sait que tu es en ce moment en Creuse ?

-Oui…C’est vrai qu’elle avait l’air surprise. Et pour seule réponse, légèrement enivré elle m’a dit : Qu’est-ce que tu vas foutre là bas ? Elle est alcoolique et écrivain, mais elle n’écrit plus…

-Et ton père ?

-Une aventure d’un soir sans doute. Ma mère Aude dans sa jeunesse était libre comme l’air, insaisissable. C’était la bohème.

Nous n’arrivions pas à dormir. Alors j’ai allumé à l’aide d’une allumette la bougie bleue en forme d’étoile sur la table de chevet et nous nous sommes fait des massages. Je versais dans mes mains quelques larmes d’huile d’amande douce et de l’huile essentielle d’ylang ylang. Son corps était d’une extrême maigreur mais sublime. Elle ressemblait à une douce fée, ses grands yeux bleus, son visage d’ange encadré par une si belle chevelure. Des filaments d’or.

Les éclairs zébraient nos corps de juments, nous nous ruons de plaisir telle des sorcières Wicca.

Le lendemain matin, alors que nous buvions notre thé minceur. Ma mère Murielle nous a demandé de faire un gâteau creusois pour le gouter ou bien le petit déjeuner. C’est délicieux mais tellement calorique que j’ai allégué la recette, j’ai mis moins de sucre de canne et deux yaourts biologique à la place du beurre…Les œufs de nos poules (qui picorent librement dans le jardin), la farine biologique, des pépites de chocolats et les noisettes en poudre. Stella m’a assisté.

-Je ne sais pas si j’en mangerai…S’inquiéta Stella.

-Moi, un petit peu, je ne peux résister…Je fais attention moi aussi, mais de temps en temps il faut savoir se faire plaisir…

-Tu sais bien que je suis morte…

-Pas tant que ça. Tu étais cette nuit très réceptive à mes caresses…

-Oui.

Stella rougit.

-Es tu inspirée ?

-Oui Olivia, j’ai écrit un conte au sujet d’une vouivre habitante d’un puits…

-Stella, tu me le liras ?

-Oh avec plaisir Olivia.

Elle m’a lu son histoire pendant que le gâteau dorait au four. Un conte bien sombre au sujet d’une vouivre.

Il était une fois une très jolie femme avec une queue de serpent à la place des jambes habitante d’un puits. Elle avait de grands yeux verts hypnotiques. Un beau sourire. De longs cheveux d’algue. Elle chantait des berceuses pour ensorceler les enfants s’amusant dans le jardin car elle adorait la chair tendre des enfants.

C’était en mai 1950, il faisait beau, le jardin était fleuri, Auguste, un petit garçon, cueillait des tulipes pour sa maman. Auguste entend une voix cristalline prisonnière d’un écho. Intrigué, Auguste s’approche du puits, la voix semble venir d’ici, il aperçoit un si beau visage au fond. Ses parents lui ont pourtant recommandés de ne pas s’approcher du puits mais l’enfant désobéit et se penche un peu trop, contemple le beau visage craintif dans le reflet de l’eau. Elle sanglote, et lui demande de l’aide, de l’eau surgit la frêle main, Auguste lui tend la sienne pour la remonter, il serait si heureux de sauver une si belle fée qui deviendra probablement sa princesse. Comme dans les contes. Du haut de ses six ans, il se prend déjà pour un homme, assez fort pour la sauver. Mais la vouivre saisit son poignet et le fait tomber dans le puits. Auguste s’est cogné aux parois minérales. Il gémit plaintivement. Il saigne. Il crie d’effroi en voyant les écailles d’un gros serpent s’entortiller autour de lui. La queue de la vouivre s’enroule autour de son corps, de ses griffes elle lacère l’enfant. Le gouffre avale ses hurlements pendant qu’elle le dévore tout cru, ouvrant grand sa mâchoire aux grandes canines…Comme celle des louves. Le digère lentement dans son ventre. Son ventre de serpente qui se tort pour broyer les os fin du gamin.

- J’en ai la chair de poule ! Quelle imagination ! Au fond du jardin nous avons un vieux puits. Ma mère remonte de l’eau pour arroser les légumes. Moi, je n’aime pas le faire, car deux vipères, un couple y dorment, leurs queues entortillées l’une à l’autre amoureusement. Cela me fait tord !

-Ah j’aimerai beaucoup y aller ! Car j’aime contempler la noirceur des abysses, cela me fascine, m’excite ! Les yeux de Stella pétille…Une sourire de défie se dessine sur son visage.

-Oui mais ne t’y penche pas trop pour mirer ton visage d’ange, je ne veux pas que tu tombes !

-Non Olivia.

-Ce soir après une balade, car il fait si chaud l’après midis malgré les arbres. Le puits est tout au fond du terrain, à l’orée du bois…Tu devrais écrire une suite à ton histoire…C’est trop triste. Un chevalier pourrait sauver l’enfant, en tuant la vouivre. Il l’éventrerait avec un poignard et l’enfant en sortirait sain et sauf. Et si Auguste était une jeune fille, elle lui aurait donné sa main.

-Je n’aime pas les histoires qui finissent bien ! Mais en tombant dans le puits, il pourrait dans un premier temps découvrir un autre monde…Cela deviendrait un conte initiatique. Le jeune homme qui devient chevalier en sauvant la princesse de SON démon, trouve la moitié de lui…

-Stella, Je trouve que l’élément eau revient sans cesse dans tes écritures…Et la noyade…Et ses tourbillons dans l’eau telle des tornades de l’envers. Ses siphons, ses bouches qui aspire les jeunes filles en les dissolvants comme des cachets effervescents…

-Tu le sais bien, je veux disparaître…

Nous avons sorti le gâteau du four. Et l’avons posé sur la table. Il avait bien l’allure d’un gâteau de la campagne, généreux et rustique, sa forme bien ronde, sa pâte gonflée et sa couleur noisette. Par endroit un peu trop cuit, mais moelleux à l’intérieur. Il ressemblait à un météore tombé du ciel. Tout cabossé et fumant encore…

Nous avons passées l’après midi dans la piscine. Des morceaux de soleil étincelaient sur la surface de l’eau bleue turquoise. L’ombre de l’eau, ses vaguelettes, se reflétait sur le mur de la maison et le seuil du jardin d’hivers. Comme l’ombre des feuillages. L’illusion que ma mère vêtue d’une longue robe, au seuil du jardin d’hivers, avait les pieds dans l’eau d’une mer transparente et calme… Je chantais d’une voix lyrique un chant que j’inventais au fil de l’eau et de l’air. Stella semblait danser, tourbillonner comme une jolie nymphe. Je l’imaginais avec des écailles de poissons.

A seize heures trente nous sommes sorties de l’eau. J’ai coupé le gâteau en quatre puis en huit. J’en ai mangé une part et bu un peu de cidre doux comme ma mère. Il était délicieux, peu sucré mais bien le goût des noisettes et du chocolat. Stella en a mangé au moins quatre parts…Ma mère et moi l’observions avec étonnement. Ma mère faisait de grands yeux de chouette. Ce petit corps si frêle comme pouvait-il supporter ça ? Elle qui d’habitude mangeait si peu…Elle allait le regretter.

Stella a disparu une bonne demi-heure. Je lisais tranquillement dans ma chambre Les Corbeaux de la Mi-Automne étendue sur mon lit. Le rideau se mouvait légèrement. Dansait comme une danseuse timide. La musique Anathème de Dark Sanctuary s’infusait au delà les murs de ma chambre d’un aura merveilleux. Un groupe de musique gothique, du néoclassique. Très atmosphérique, un peu comme les musiques de film. J’ai entendu d’étranges bruits. On aurait dit un démon qui ravalait bruyamment sa salive. Stella toussait. J’imaginais son corps ce tordre. Puis elle s’est mise à sangloter. Je suis descendu. Le bruit venait des toilettes. J’ai compris…J’ai frappé doucement à la porte. Elle m’a répondu d’une voix cassée. Elle était surprise et paniquée. Elle a tiré la chasse. Elle déroulait le papier toilette et nettoyait quelque chose avec car elle à mit du temps à m’ouvrir. Elle est sortie des cabinets, ses yeux étaient tout rouges et larmoyants, son nez coulait…Elle toussait à cracher ses poumons. Sa main était posée sur son ventre qui semblait endolorie. Elle rougissait. Je ne lui ai rien dit car je sais qu’elle a honte. Sa maladie est aussi la mienne. Je ne voulais pas ajouter de la souffrance avec des commentaires même si j’étais inquiète. Je sais bien que cela ne sert à rien. Juste des mots créant l’électrochoc douloureux se propageant dans tout le corps. Puis la colère après celui ou celle qui a montré le Démon dans un miroir. Elle semblait lucide mais ce n’était pas à moi de lui montrer les choses en face. Elle n’était pas prête à affronter ses démons. Sa vouivre de son abysse, de son puits sans fond.

Parfois je suis ce troll, ce vorace qui dévore tout…Cet être difforme, verdâtre, sans forme perdant le contrôle. Convulser douloureusement devant ce gouffre de toilette. Ce puits sans fond. Cette spirale.

Se vomir soi même! Un vers me grignote à petit feu, je suis un fruit trop mure tombée de l’arbre… Poupée de cire en apparence mais je suis pourri à l’intérieur… De la charogne !

Le soir nous sommes allées nous balader dans la forêt. Elle portait une longue robe bleue style médiéval avec un jolie décolleté qui me laissait entrevoir sa lingerie rose pâle et sa petite poitrine. Moi, je m’étais vêtue d’une petite robe noire. C’était simple mais cette tenue mettait en valeur mes longues jambes fuselées. Je la prenais en photo mais elle n’aimait pas trop…Chemin faisant, elle s’est confiée à moi.

-Ma mère et moi sommes très proches l’une de l’autre. Mais elle est dépressive. Elle m’insulte alors on se bat. On casse tout dans la baraque…J’en peux plus !

-Il ne faut pas rester chez elle…Il faut partir…Psychologiquement tu ne vas pas bien. Tu peux rester ici, si tu le souhaites…

-Merci, c’est gentil mais je ressens le besoin de rester à ses côtés pour la protéger. Elle irait mal sans moi…

Nous sommes allées voir le puits. Nous n’avons pas vu les vipères. Ni de vouivre. Mais Stella est devenue toute blanche, presque bleue. Elle s’est reposée le dos contre un chêne. Elle ne se sentait pas bien.

-Cette impression de déjà vu, je suis troublée. Comme l’eau. Les eaux profondes ne dorment pas…Je ressens comme un magnétisme ! Mon Dieu, j’ai mal à la tête ! Olivia je vais tomber dans les pommes…

Je l’ai fait assoir sur un banc. On est restées silencieuses quelques minutes…Main dans la main. Ses yeux semblaient halluciner. Sa bouche s’est ouverte mais elle n’a rien dit…Comme un poisson noyée sous l’eau, faisant des bulles. Puis petit à petit elle est revenue à elle.

Elle a retrouvé sa bonne humeur. Et repris des couleurs. Elle s’est penchée un peu au dessus du puits, mais je lui tenais le bras, elle me faisait peur ! Elle a chanté, sa voix semblait si lointaine, perdue au fond des limbes …Elle était fascinée et se mirait dans l’eau noire. Pour s’amuser elle a fait descendre le seau dans l’eau à l’aide de la manivelle et en le remontant elle a trouvé quelque chose. Une petite gourmette en or, Stella gravé dessus. Elle était si troublée qu’elle lui a échappé des mains. Vu la taille, c’était la gourmette d’un nourrisson. Et les deux vipères rampaient silencieusement vers nous. Elle l’a ramassé et nous nous sommes enfuies. Nos cœurs palpitaient. Le point de côté a ralentit notre course. Les herbes folles dans le vent semblaient courir plus vite que nous, mais les serpents étaient à présent loin. On est remonté calmement à la maison. Les serpents sont d’habitude craintifs, ils se sauvent aux pas des hommes, ils n’attaquent pas… On n’a pas marché dessus. Ces deux la étaient particulièrement agressifs.

Stella a essayé d’appeler sa mère Aude mais elle n’était pas chez elle et n’a pas de téléphone portable. Elle voulait lui poser des questions sur le passé. Le destin l’a guidé vers moi, ou plutôt vers cette maison où à vécue des membres de sa famille. Sa famille maternelle les Tonnerailes. Et cette gourmette trouvée dans un puits avec son prénom gravé dessus. Cette impression de déjà vu. Que signifie tout ça ? Et son conte sur la vouivre…Elle sait des choses mais elle n’en a pas conscience.

Avant d’aller au concert de hard rock en pleine air à côté de l’Eglise romane, assises sur le lit à baldaquin, je l’ai maquillé, elle m’a maquillé. Je l’ai coiffé, elle m’a coiffé. Le maquillage et la coiffure étaient simples, juste le plaisir de prendre soin l’une de l’autre et se souvenir du temps où l’on joué à la poupée.

Nous y sommes allées à pied, lampions à la main, longeant le ruisseau. On s’est un peu enivrée toutes les deux. Et l’on a bien dansé. Nos si beaux souliers nous faisaient mal. On a dansé pieds nues. Nous dansions si bien, avec sensualité (comme les danseuses de pop dans les clips) que les garçons étaient très émoustillés et nous encerclaient. Le chanteur était envoutant, son visage d’ange et ses longs cheveux. Ses yeux mystérieux maquillés de noir. Et sa voix chaude. Un autre groupe à jouait. C’était une jeune fille gothique qui chantait d’une voix cristalline pleine d’émotions. Give me reason de Portishead. On a dansé le slow, c’était romantique à souhait, vibrant.

Stella s’est levée dans la nuit. Le réveil indiquait 3 heures du matin.

-Tu ne dors pas ? Stella…

Elle ne semblait pas m’entendre et son regard était tellement absent. J’ai compris. Elle était en train de dormir. Elle me l’avait dit : « je suis somnambule ». Je l’ai suivi, elle a traversé le couloir, elle a descendu les escaliers, elle a ouvert la porte, est sortie dehors. Elle traversait la prairie baignée de larmes…Elle se dirigeait vers le puits. En longue chemise blanche, pieds nu, avec ses longs cheveux blonds, son visage diaphane et ce regard vide elle ressemblait à un fantôme. Dans la nuit je n’y voyais pas bien clair. Je l’ai pris par la main, je lui parlais d’une voix douce, je voulais qu’elle rentre, l’obscurité me faisait peur, même les arbres étaient effrayants…Elle m’a suivi jusqu’au lit, je lui tenais la main. Si je n’avais pas était là, elle aurait plongé dans le gouffre…Elle était en train de rêver. Son conte sur la vouivre cheminait en elle…J’étais certaine qu’elle allait rédiger la suite.

Le lendemain, je ne lui ai rien dit. Je ne l’ai pas dit à ma mère. Nous buvions notre infusion à la verveine. Nous étions épuisées.

-As-tu rêvé cette nuit ?

-Oui Olivia, il me semble, vaguement…Mais je m’en souviens plus. Une nuit assez agitée.

Nous nous sommes baladées dans le village. On est rentrées dans l’église romane. Nous avons fait brûler un cierge. On s’est promenées dans le cimetière, une toute petite tombe assez ancienne a attiré notre attention, encerclée de roses rose pâle. Couleur douce celle des bébés. C’était la tombe d’un enfant, d’un nourrirons. ‘Stella Tonneraile née le 3 avril 1955, morte le 3 mai 1955, assassinée par sa mère, noyée dans l’eau. Une offrande à la fée du puits. ‘ Gravé sur la stèle.

-Je suis née le 3 mai 1985 ! S’écria Stella.

-C’est étrange…Tu es son ancêtre mais probablement aussi sa réincarnation…

-C’est horrible ! Pourquoi cette femme m’a tué ? Euh, a tué son enfant, je voulais dire…La fée du puits n’existe pas…Ce sont des légendes.

-Dans les légendes, certaines fées enlèvent les enfants des humains…

Un étrange vieillard s’est approché de nous…Maigre, le dos vouté, les longs cheveux et la longue barbe blanche semblable à celle des druides.

-Cette légende embellit la réalité mais les fées n’y sont pour rien…Une légende, oui. La mère de l’enfant était âgée de seulement dix sept ans…Une bergère. Elle se nommait Pimprenelle. Son geste semble monstrueux mais c’était un être fragile et si pur. Un visage angélique. Ce nourrisson était issu d’un viol. Avoir un enfant hors mariage était une tare pour sa famille et le village…Pimprenelle a sombré dans la dépression. En proie à des visions elle a tué cette pauvre enfant…D’où la légende. Cette histoire de fée au fond d’un puits …

Il s’approcha de Stella, et lui caressa la joue

Mais vous êtes là, à présent…Vous êtes revenue ! Je suis si ému. Pardonnez votre mère Pimprenelle. Et combattez la vouivre au fond de vous, l’écriture est une belle arme…Elle est surtout clairvoyante !

Stella voulez poser une question mais l’homme a disparu…Elle est restée là, immobile, bouche ouverte, comme un point d’interrogation…Comme une statue. Je me suis retournée sur moi-même, le cherchant des yeux… On l’a cherché en vain dans le cimetière, mais il s’est volatilisé.

Plus on sait, moins on sait tant la soif de savoir est grande. Mais l’on n’a besoin de ne boire que l’essentiel pour se construire. Sinon le breuvage devient poison de pensés. Ruminement…

Stella a téléphoné à sa mère Aude qui lui a révélé certaines choses…Elle n’avait pas connaissance de l’histoire tragique de Pimprenelle sa grand mère. Elle, si douce qui aurait assassiné son enfant?! Comment est-ce possible ?! Aude est née en Creuse, fille de Diane et d’Hugues. A vécue dans cette demeure. Stella est issue d’une aventure d’un soir, un homme charmant rencontré au bal…Aude s’est éloigné de sa famille car elle ne supportait plus leurs rigueurs. Leurs fanatismes religieux. Ils étaient si sévères avec elle, et si peu affectueux ! Sortir le soir en cachette, en petite tenue comme une trainée ! Ce faire baiser par un inconnu. Tomber enceinte hors mariage…Il fallait qu’elle avorte, il lui mettait la pression ! Aude s’est enfuie. Pimprenelle sa grand mère, une maman pour elle…Cette femme en noire qui brodait devant la cheminée, tellement triste et si douce…Elle racontait à sa petite fille des histoires. Aude grignotait ses merveilles. Grand mère Pimprenelle et ses moutons qu’elle menait aux pâturages. Sa voix douce et ses yeux mélancoliques, sa petite silhouette si frêle, tremblante telle une flamme dans le vent…Qu’il était lourd son secret, leurs secret. Un singe caché dans le placard.

Le lundi, j’ai accompagné ma belle amie à la gare. J’ai hâte qu’elle me revienne…

La vouivre
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