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27 juin 2015 6 27 /06 /juin /2015 14:50

Le 7 janvier

Un soir, devant la coiffeuse de Leonora. La pluie tinte sur les vitres.

Lior brosse les longs cheveux de son amie Leonora. Cascade d’or. Douceur entre ses doigts fins…Tout le passé de son amie file entre les lignes de sa main, de la destinée, revenant à l’endroit où elles se sont rencontrées, se baladant sur d’autres chemins, du passé à la destinée. Un œil au creux de chaque main. Lior a caressé longuement la chevelure de Leonora en lui murmurant des poèmes de Baudelaire. Les cheveux de Leonora se souviennent de ses mains fragiles, les reconnaissent, l’émotion au bout de ses doigts. Lior en aime la texture, l’odeur. Leonora est envahie de frissons, elle ressent les ondes, le magnétisme de son amie lorsqu’elle la coiffe avec douceur. Leonora est une frêle jeune fille dévoreuse de livres et de bandes dessinés. Un peu timide…Elle va au lycée, elle est en terminale littéraire. Son père Renald est écrivain, sa mère Alice est morte dans un accident de voiture, Leonora était âgée de trois ans. Lior est moins douée à l’école, elle n’a pas confiance en elle…Elle fait un apprentissage de maquilleuse dans les coulisses des défilés de mode. Lior en brossant les cheveux de son amie regrette d’avoir coupé les siens, elle les avait longs, elle aussi. Très longs. Lior est très pâle, de grands yeux bleus, une chevelure de jais, si brillante, presque un miroir. Elle ressemble à Blanche Neige. La coiffeuse lui a coupé beaucoup le passé. Lior ne voulait plus être la princesse à sa maman. Ce lien fusionnel l’empêchant de voler de ses propres ailes. Sa maman Chrystelle la coiffe aussi. Lior dort encore avec sa maman. Elles prennent des bains ensemble. Sont comme deux amies. Lior ne l’a pas dit à Leonora.

Leonora est tombée amoureuse de la photo de Lior, des photos…Elles se sont rencontrées sur internet, sur facebook. Lior est très mure, elle a grandi trop vite, cela se devine sur certains clichés, mais le plus souvent elle a un air enfantin. Lior ressemble à une adolescente de quatorze ans mais elle se sent vieille. Lorsqu’on la connait mal, on la prend pour une gamine mais si on l’écoute parler… Lior est profonde, si profonde que son apparence enfantine est troublante. C’est une voix cristalline mais elle vient d’un abysse. Elle est pleine de paradoxes. Elle à un visage si expressif qu’on ne la reconnait pas toujours. Elle semble fée, son visage est angélique. Parfois elle est plutôt un fascinant vampire. Elle ressemble à une poupée, ou à un personnage de manga. Ses grands yeux bleus sont mélancoliques. Elle est belle, si belle, mais si tourmentée. Elle est écorchée vive, cela se lit sur son visage. Elle fait de la peine. Une grande douceur émane d’elle. Ce visage lunaire, ses yeux doux, tristes et rêveurs. Elle nous recouvre de ses ailes de rêves, protectrices. Elle est intemporelle. Mystérieuse. Elle à la grâce d’un félin. Lorsqu’elle est moins triste, elle peut être très espiègle.

Leonora ressemble plutôt à Maetel un personnage de Leiji Matsumoto. Très grande, très fine, de grands yeux, de très longs cheveux blonds…Leonora ne connait pas le secret de son amie. Mais elle sait qu’elle en a un. Douloureux, qui s’éveille, sillonne dans son corps tel un orage.

Leonora demande à Lior :

-De quelle déesse, fée ou personnage suis-je l’âme sœur ?

-Il faut que je réfléchisse un peu…Tu me fais penser à Mélusine, une fée saintongeaise, hors tu es née à la Rochelle. Tu peux rester des heurs à te baigner dans ton bain. Tu es une fille de l’eau, de la mer. Même lorsque l’eau est glacée tu n’hésites pas à plonger dans le grand Océan. Cette mer déchainée d’Atlantique. Tu imagines des châteaux, tu les ériges par la force de la pensée, tu erre entres les murs de ses maisons intérieures…Puis tu peux tout détruire. Ta queue s’entortille, tournoie, créant les ouragans. Tu deviens ruine. Tu as ses yeux. Tes yeux changent de couleurs selon ton humeur. Lorsque tu es triste, ils sont si pâles…Lorsque tu es mystérieuse, ils sont noirs. Lorsque tu es en colère, ils deviennent verts… Et tu pourrais jeter un mauvais sort.

Flocon, le chat blanc bondit sur la coiffeuse. Regarde sa maitresse Lior, miaule d’une petite voix. Elle le caresse, ses bracelets de gitanes tintent entres eux. Et c’est dans le miroir que Lior aperçoit le pendentif de Leonora. Une perle de la mer.

-C’est magnifique !

Leonora rougit.

-C’est un garçon qui me l’a offert…Un inconnu au bord de la mer.

Elle ne souhaite pas tout dire à son amie. Et change de sujet…

- Excuse-moi, mais maintenant je dois étudier.

Leonora se lève, sort sa trousse, ses livres et cahiers et s’installe sur la table de la cuisine. Lior sort une pizza du congélateur…Leonora s’écrit :

-Ah non, pas de la pizza…On fait attention à notre ligne ! Fais cuire des légumes à la vapeur !

Leonora jette la pizza à la poubelle. Lior est surprise, fait de grands yeux à cause de ce geste radical, mais applaudit. Leonora soupire. Lior rétorque :

-Grace à moi, tu as perdu déjà trois kilos ! C’était ton souhait !

-Mais ce n’est pas ça, il y en a qui meurent de faim, qui fouillent dans les poubelles…Et nous, on gaspille la nourriture. Pourtant nous sommes étudiantes donc pas bien fortunées.

-Tu n’étais pas obligée de la jeter, tu pouvais la donner à ta mère.

-Oui, mais le temps qu’elle est ici, en train de me sourire, de me séduire, avec ce beau visage rond…Elle me tente trop. Ma mère est aussi au régime.

Lior sort des carottes et un poireau du bac à légumes. Epluche trois carottes. Découpe le poireau en rondelle pendant que l’eau salée bout dans la casserole. Attend patiemment ses légumes. Les clous de girofles tournoient, parfumant le bouillon.

Pendant que les légumes cuisent lentement et que Leonora étudie La Machine infernale de Jean Cocteau, Lior va prendre son bain.

Elle s’aperçoit dans le miroir de l’eau. Elle est belle, semble heureuse…Elle se dessine un sourire pour elle-même. Elle ne semble pas fatiguée…Pas abîmée. Elle lisse l’eau, son visage. Ce visage parfait cache son abysse, sa profonde blessure. Le chat pousse la porte, entre dans la salle d’eau…Lior pense au peintre Balthus. A ses toiles. Lui en chat souriant (il a dû lire Alice), qui contemple des jeunes filles souvent nues. Parfois leurs poses sont troublantes, dérangeantes…Une peinture symboliste. Elle pense aussi à l’Egypte à cause du chat et de ses cheveux noirs corbeau. Son nez long et droit. Elle s’imagine peinte sur une fresque égyptienne. Elle pense aux sphinges. A Fernand Khnopff. C’est ainsi que sa pensée s’écoule…Elle rêve maintenant aux défilés de mode…A ces modèles qu’elle maquille. Puis sa pensée s’assombrit, elle pense à la comtesse Erszébeth Bathory qui selon la légende prenait des bains de jouvence avec le sang des vierges. Une cousine éloignée de Vlad Tepes l’Empaleur (Dracula). Elle repense au film.

Elle retire le bouchon de la baignoire…l’eau tourbillonne aspirée par le siphon. Lior regarde l’eau s’en aller. Mais une étrange bestiole remonte le tourbillon, à contre courant. C’est un hippocampe. La jeune femme est surprise, elle remet le bouchon et remplit à nouveau la baignoire. Elle ira le remettre à la mer. Vivre dans les canalisations n’est pas une vie. Pas une vie pour un cheval de mer. Lior sort de l’eau, enfile le peignoir de Leonora. L’appelle pour lui faire voir. Leonora pousse un cri, surprise.

Lior la taquine :

-Ca va, ce n’est pas une araignée ! Tu ne vas pas avoir peur d’un hippocampe !

-Celui là n’est pas normal, qu’est ce qu’il foutait dans les canalisations ?! Tu peux me le dire ?! C’est dégueulasse !

Leonora pleine de courage met la main dans l’eau pour retirer le bouchon, mais lorsque l’hippocampe l’effleure, elle cri et la retire, ça lui passe partout… Leonora replonge sa main dans l’eau. Lior la pousse pour l’en empêcher. Elle n’a pas envie que l’hippocampe disparaisse. Ou qu’il reste échoué dans la baignoire en apnée dans l’air.

-Leonora t’es vraiment cruelle avec les animaux ! Laisse-le ! Je m’en occupe.

-Demain matin je veux me laver…Jette le à la mer ou met le dans ton aquarium ! Mais je ne veux plus voir ce monstre !

Lior éclate de rire, se moque de son amie :

-Un monstre, tu exagères. Cet animal est fabuleux ! Il nous portera chance.

Leonora se met à pleurer.

-Non, tu ne comprends pas, il y a une douleur qui est remontée à la surface. Elle a pris cette forme.

-Ma pauvre, tu es schizo, tu lis trop de livres de psychologie… Tu es influencée par la pensée de Carl Gustav Jung…

-Lior, tu as un secret en toi… Si tu ne parles pas, ça va devenir un monstre…Et c’est déjà un monstre, qui va grossir, ça va prendre des proportions !

-Tes propos sont surréalistes, fumeux…Fiche moi la paix !

-Tu ne souhaites pas le dire, enfouis le à la mer, tente de noyer le poisson dans l’eau…Mais cela va prendre des proportions !

-C’est une menace ?! Tu me jettes un sort yeux de vipère ! Méchante Mélusine ! Détruis donc ton appart si cela te chante ! Moi je vis chez ma maman…

Leonora imite la voix d’un bébé pour se moquer de Lior car celle-ci l’agace :

-Moi je vis chez ma maman ! Ouinnnnnn

Bah retourne chez elle ! Mais emmène ton monstre, protège le, je n’en veux pas. Ta mère n’attend que toi…Ta mère ne m’aime pas car elle t’aime tant, elle t’emprisonne dans une tour ! On dirait deux amantes et non pas une relation mère fille !

Lior hurle, les fenêtres se fissurent, et la pluie entre…

-Pourquoi tu dis ça ? Tu as l’esprit mal placé ! Tu me fais toute une histoire, une scène à cause d’un hippocampe…Mais j’y suis pour rien si il est remonté à la surface ! Tu es folle !

-Tu as raison, je m’emporte, je monte sur mes grands chevaux, je suis remontée contre ce cheval de mer…C’est un cauchemar. Je suis fatiguée.

-N’aie pas peur du cheval de mer, il est inoffensif… Tu as une perle de culture à ton cou, c’est peut-être lui qui te l’a offert. L’inconnu au bord de la mer, c’était peut être lui…Les émeraudes on les trouve dans les entrailles de la terre…Les mineurs les cherchent dans l’abysse ! Dans les glauques souterrains…Ta perle de mer, il l’a trouvée dans les canalisations…

Leonora rétorque en riant :

-Les fleurs ne poussent pas dans les canalisations, mais une femme à pu la perdre, elle est tombée dans le siphon…Et l’hippocampe l’a trouvé, un hippocampe mineur. Et c’est moi que tu traites de schizo…Tu lis trop de contes ! Mon prince n’est pas un hippocampe, il est plus charmant que ça…

Lior n’est pas d’accord, s’émerveille :

-Les hippocampes sont des animaux fantastiques, féériques…S’ils n’existaient pas, Tolkien les aurait inventés !

Réconciliées, les deux amies dînent ensemble. Le repas en lui-même n’est pas vraiment festif…Lior ne sait pas cuisiner, c’est sa mère qui lui prépare à manger d’habitude. Les carottes à la vapeur, sans huile, sans aromates n’ont aucunes saveurs. Les clous de girofles n’ont pas suffi à relever le goût. Lior sort le ketchup du frigidaire et en met une tonne sur ses légumes. Elle pleurniche.

-J’en ai marre d’être au régime, j’ai faim et ce n’est pas bon !

-Mais tu ne sais pas faire la cuisine…

Lior ne répond rien. Elles mangent en silence. Le téléphone portable ne cesse de sonner. Chrystelle harcèle sa fille, elle est inquiète, elle aimerait que Lior rentre à la maison.

Après le repas, Lior récupère l’hippocampe dans un bocal, salue son amie, mais au lieu de rentrer chez elle, elle se dirige vers la plage. Elle éteint son mobile. Sa mère l’étouffe. Il ne pleut plus mais il fait froid, le vent est polaire, la nuit est d’encre. Lune noire, pas une étoile…L’océan est déchainé. Lior retire ses chaussures, marche sur le sable, s’avance dans l’eau gelée. Libère l’hippocampe.

Elle aperçoit un homme à cheval. Un beau cheval blanc. L’homme a de longs cheveux blonds, des yeux bleus, un visage ovale, il est mince mais musclé. Il porte une belle chemise blanche à manches longues.

Il s’approche de Lior. Descend de son cheval, et s’incline mains jointes devant elle.

-Je m’appelle Océane. Puis-je vous offrir une perle de la mer…

Il sort de sa poche le pendentif. Et l’accroche au cou de Lior.

-Mais mon amie Leonora a la même…Un inconnu lui a offert. Un homme qu’elle a rencontré sur la plage…C’était vous ?

-Peu importe...Cette perle je l’ai trouvé dans votre abysse, dans vos galeries secrètes…

-Dans les canalisations ?

-Je ne puis vous le dire. Vous devriez rentrer chez vous. Ce n’est pas prudent de vous promener la nuit.

Lior rentre chez elle. Sa mère se faisait un sang d’encre. La jeune fille se déshabille, enfile une chemise de nuit et rejoint sa mère dans le lit. La mère la câline tendrement, embrasse son front.

-Tu as les pieds froids ma fille.

-C’est une étrange histoire…J’ai pris un bain chez Leonora et un hippocampe est sorti du siphon…Je suis allée à la plage, je l’ai mis à l’eau…

-Tu n’aurais pas dû ma chérie, tu aurais dû attendre demain matin, se promener toute seule la nuit, c’est dangereux ! Ne recommence plus !

Lior s’endort.

Leonora danse avec le prince de la mer sur la plage, puis sur la mer. La longue robe turquoise de Leonora finit en vague, en vaguelette, se confond à la mer. Sa perle de mer scintille entre sa poitrine. L’homme aux longs cheveux blond la regarde amoureusement. Ils tournoient. Un hippocampe géant surgit de l’eau. Un dragon de mer. Ils ne le voient pas encore. Lior sur la rive essaye de les prévenir, mais les amoureux n’entendent pas, ne voient pas. Son cœur bat trop vite. La trompe de l’animal effleure le bras de Leonora. Elle s’écrit, elle se retourne. Mais il est trop tard. Sa trompe les aspire. De la tête au pied, les digère lentement tel un serpent.

Lior prend un bain avec l’hippocampe. Il chante d’une voix fantomatique…

-Affronte tes peur, tes souvenirs, je viens de l’abysse, viens…On trouvera une émeraude.

Lior rampe dans les canalisations, suivant l’hippocampe, elles débouchent dans une mine. Dans les entrailles de la terre, il y a une pieuvre. Le cheval de mer lui donne son sabre. Le tentacule de la pieuvre s’entortille autour de son frêle corps, elle tente de s’extraire sans succès, lui donne des coups de sabre…Elle veut crier mais aucun son ne sort de sa bouche.

Elle se réveille en sursaut, cela réveille sa mère. Elle penche son visage au dessus de celui de sa fille, ses cheveux larmoyants cascadent les joues de Lior. Dans le noir, sa mère lui fait peur. Surtout lorsqu’elle la surprend alors qu’elle n’est pas tout à fait éveillée. Celle-ci caresse sa joue en disant :

-Ma pauvre chérie, tu as fait un cauchemar, raconte à maman !

Lior se lève brusquement.

-Fiche moi la paix !

Journal de Lior

9 janvier

J’avais raison, l’hippocampe porte chance ! J’ai revu Océane ! Mon travail commençait à 16h. Mais pour sortir, j’ai dû mentir à ma mère…Je lui ai fait croire que mon travail commençait à 14h. Elle voulait me déposer. J’ai refusé. Je suis allée me promener sur la plage. Je l’ai vu. On s’est assis sur un rocher, on a discuté, de tout et de rien…Puis il m’a pris par la main. A embrassé ma main. Je frissonnais. Nos bouches se sont goutées. Je suis montée à cheval, derrière lui. Puis c’était l’heure de rejoindre les loges pour maquiller les mannequins. Le thème du défilé : clair/ obscur.

12 janvier

J’ai reçu une belle lettre d’amour de la part d’Océane. Heureusement que je suis allée chercher le courrier ce matin là, ma mère aurait ouvert ma lettre, lu tous nos secrets…Ou m’aurait posé des questions. Une écriture élégante, sur un papier turquoise. Il m’a dessiné une sirène. A parfumé ses mots d’une senteur océanique. Il m’aime. Rendez-vous à la plage, demain. Il va falloir que je trouve un prétexte pour sortir de chez moi.

13 janvier

Je ne sais rien d’Océane. Je ne sais pas où il vit. Sans doute pas dans la mer…Que fait-il ? Peu importe, je l’aime. On s’est promené main dans la main. Nous sommes allés au cinéma. Il m’a offert une glace. Ma mère se doute de quelque chose…Je suis joyeuse. Je me maquille trop. Et il y a une perle de mer suspendue à mon cou. Je lui ai fait croire : « C’est Leonora qui me l’a offert ». Elle me pose plein de questions. Elle s’imagine que je suis homosexuelle maintenant. L’amitié entre filles est souvent ambiguë. Notre relation est certes affectueuse, mais amicale…Je n’ai pas de nouvelle de Leonora.

14 janvier

A midi Océane m’attendait à la sortie des cours. J’étais surprise. Je l’ai emmené chez moi, comme ma mère était au travail. J’ai fait du café. Il a jeté un œil à ma bibliothèque.

Dans ma chambre nous avons fait l’amour. C’était ma première fois. J’ai saigné. Au début ses caresses étaient agréables, je frissonnais. Puis il est venu en moi. C’était divin, une chaleur s’infusait en moi jusqu’au bout des pieds, mais après je me suis sentie très angoissée. Ses mains, son sexe…Cela me passait partout. Douloureusement. Un orage glacé a sillonné mon corps. J’étais tétanisée. J’ai sangloté. Mes sanglots m’étouffaient. Alors il est sortit de moi, il s’est excusé. Plus d’une fois, peut être mille fois. Il se sentait coupable. Je me suis recroquevillée, je ne supportais même plus qu’il me prenne dans ses bras. C’était un peu comme s’il m’avait violée, alors qu’au début j’avais du plaisir. Il m’a recouverte d’une couverture. Et a voulu me préparer une infusion, m’offrir un escargot en chocolat. Il cherchait dans les placards, fouillait dans la cuisine car il connait mal ma maison…Ce n’est pas de sa faute, je lui ai dit. Il m’a rassurée en me disant que les premières fois sont rarement agréables. Mais il n’était pas rassuré. Cela se lisait sur son visage. Et il n’osait pas me poser sa question…C’était un sujet intime et douloureux. Des lions affamés pouvaient s’échapper de nos bouches. Du moins c’était une impression. Il m’a dit gêné, d’une voix étouffée « On t’a fait du mal en fait…J’ai réveillé quelque chose.» Un éclair polaire à sillonné mon corps. J’étais mal à l’aise, mais non, BIEN SUR QUE NON, on ne m’a pas fait ce qu’il sous entend…D’après mes souvenirs, il ne sait rien passé, pourquoi sa question me rend si mal à l’aise…Je lui ai répondu un peu sèchement: « Non, non on ne m’a pas fait de mal. C’est ma première fois.» Et ce n’était pas un mensonge. Mais aurais-je une sexualité épanouie un jour? Si je ne peux pas faire l’amour, je ne vivrai jamais une belle histoire d’amour, car tous les hommes ont besoin, ils ont un sexe…Mais moi aussi j’ai du désir, des fantasmes…Toutes les questions, les peurs se sont bousculées dans ma tête. Faisant un boucan d’enfer. J’ai eu mal au crâne. J’ai avalé un doliprane 1000 mg à l’aide d’un verre d’eau. Il a conclu : « En fait tu es homo, tu ne le sais pas, mais tu ne peux pas faire l’amour aux garçons… ». Suis-je homo ? Peut-être…Mais Océane m’attire. Je ne lui ai pas dit que je dors avec ma mère et prend mon bain avec elle…Mais il n’y a rien de mal à ça. Elle ne me touche pas. C’est affectueux. Je vis une relation fusionnelle avec elle.

17 janvier

Je n’ai pas revu Océane. Ni son cheval…Déçue de lui, triste, j’ai enlevé la perle de mer. Il a des airs de prince charmant…Mais il ne m’aime pas. Si je ne peux pas baiser, il ne m’aime pas. Il aime mon corps et s’interdit de le toucher, il ne faut pas le réveiller, le loup…Lui aussi, il s’est fait manger. Manger son orgueil d’homme. Mon corps n’est pas le mien. Il appartient au chien loup qui monte la garde…Il faut être comme ce chien loup pour me baiser sans scrupule. Océane ne m’aime pas, il désirait mon corps…Mais il a assez de respect pour s’interdire mon corps si sensitif. Mais pas assez d’amour…Il ressemble à un chevalier, mais il n’est pas ce chevalier. Ce n’est pas un homme. Ce n’est pas vraiment un salop, c’est juste un adolescent qui est trop léger. Voilà que je lui donne des excuses, cherche à comprendre… Même si j’aime (peut-être) les filles, je l’aime.

18 janvier

Ma mère et moi on a pris notre bain ensemble. Elle est restée belle pour son âge. Mais ses seins qui tombent me dégoûtent. Avec la ménopause, elle est moins belle qu’avant, elle a pris des formes…Je ne voulais pas qu’elle me savonne le dos…Je ne voulais pas la shampouiner. Cela devient gênant. Ma poitrine est plus volumineuse, elle m’écœure. Même si je mincis mes courbes se dessinent. Je deviens trop femme. Je repense a cet hippocampe…Des volutes de sang sont remontées à la surface…Le fait d’avoir pensé à ce cheval de mer des canalisations, des enfers…J’ai rougi devant ma mère. J’étais honteuse. Elle est sortie du bain, elle a voulu me sécher, m’enrouler dans une serviette…En me disant, avec son sourire « Ce n’est pas grave, tes règles ne sont pas sales. »…Mais moi je lui ai arraché la serviette des mains. Je l’ai poussée en dehors de la salle de bain. Je me suis enfermée à clef. Elle tambourinait à la porte. Moi, je sanglotais, assise par terre, enroulée sur moi-même, dans l’angle.

19 janvier

Une collègue à moi a bien voulu me couper les cheveux…Encore. Ce n’est plus ma mère qui me coiffe. Et Emma m’a fait une teinture rousse. J’ai une peau si pâle, cela me va bien. J’ai pleuré. Elle est si douce que je me suis confiée à elle. Je lui ai dis : « Je dors avec ma mère, on prend des bains ensemble…Ne vois pas le mal, c’est juste qu’on est fusionnelle. Mais j’étouffe.» Elle a bien compris, n’a pas vu le mal. Mais elle m’a donné un conseil qui ressemblait à un ordre : « Il ne faut plus que tu dormes avec ta mère, tu peux la câliner mais ne dors pas avec…Et ne prenez plus vos bains ensemble ! Ce n’est pas sain. Révolte-toi un peu ! Gentiment comme une adolescente qui prend son envol et pose ses limites…Il y a une intimité à respecter. Tu dois cultiver ton jardin secret ! »

Je sais qu’elle a raison. Mais j’ai conscience que cela va être compliqué de changer les choses. Avec cette nouvelle coiffure, j’ai l’air d’une femme. Ce que je deviens.

Nuit du 19 au 20 janvier

J’ai refusé de dormir avec elle. Elle m’a giflé mais pas bien fort, elle était triste, elle pleurait…Je l’ai câliné. J’ai essayé de lui expliquer. Elle m’a supplié. Elle ne veut pas que je grandisse trop vite, que je quitte la maison…Je comprends, pourquoi ça fait si mal de faire l’amour. Je ne veux pas ou ne peux pas devenir une femme, alors mon corps manifeste cette angoisse…Je suis sa fille, sa petite fille. Je suis une petite fille malgré ce corps qui devient femme. J’ai dormi dans ma chambre, dans mon lit…Je n’ai pas dormi, l’obscurité me fait peur…J’aurai eu besoin d’une veilleuse, d’un nounours. Il y en a pleins dans ma chambre. Ma chambre d’enfant. Petite fille, lorsque mon papa vivait encore, je dormais dans mon lit...Il est mort dans un accident de voiture. Je suis tombée dans la dépression, je passais des nuits agitées, je faisais des cauchemars…Alors ma mère est venue dormir avec moi. Puis moi je l’ai rejointe dans son lit. C’est surtout moi qui l’ai consolée de son chagrin. J’ai pris la place du mort, de mon papa. Et c’est devenu une habitude.

J’ai refusé de me laver avec elle…J’ai fermé la salle de bain à clef, tourné le verrou.

Soir du 20 janvier, Lior et Leonora se retrouvent dans un pub irlandais.

Leonora est vêtue d’un pantalon en sky, d’un joli corset, elle boit un diabolo framboise à la paille d’un air sensuel. Son corps se berce légèrement au rythme de la musique. Lior porte une robe bleue nuit brodée d’étoiles. Elle boit un déca.

-Le roux te va à merveille ! Complimente Leonora.

-Comment vas-tu Leonora ?

Leonora sourit, rougit, se tortille une mèche de cheveux, ses yeux pétillent.

-J’ai revu Océane !

Dit-elle d’un ton excité. Lior est scotchée, mais la laisse parler. Elle évite de lui montrer qu’elle est jalouse et qu’elle est en colère après cet ingrat. De toute façon Leonora se fait avoir…

- Raconte !

-Je suis allée en vacances avec lui. C’était féérique. Dans un chalet, dans la forêt. Il neigeait, c’était beau ! On a fait des balades à cheval…De la luge. Devant l’âtre, il me lisait des contes. Il me serrait très fort dans ses bras. Il bisait ma nuque, ma joue…Tous les soirs, il me préparait un dîner aux chandelles. Il me faisait cuire de bons champignons, des châtaignes, du potimarron dans un diable posé sur les braises. J’aimais dormir contre lui, entendre les éléments se déchainer, le vent spectral…Les animaux s’approchent de lui sans peur…Des lapins, un cerf, une biche…Grâce à lui, j’ai pu caresser le museau d’un caribou. J’aimais qu’il m’entende chanter lorsque je prenais ma douche. J’aimais qu’il puisse me voir danser.

-Je vais te faire de la peine…Peut-être qu’il t’aime très fort. Mais il a flirté avec moi…Il m’a offert aussi une perle de la mer. Et il ne me donne plus de nouvelles depuis qu’on a fait l’amour car cela s’est mal passé… J’ai sangloté. Mais il est peut-être sincère avec toi, mais reste vigilante…

-Il m’a dit que vous aviez commencé une relation, mais il a préféré arrêter car il te sent fragile…Il a dit qu’il n’a pas la force de te soutenir, il est plus fragile que toi, écorché vif.

Lior baisse les yeux, et dit d’une petite voix ronchonneuse :

-C’est surtout qu’il ne m’aime pas…

-Oui, tu es triste, tu as une toute petite mine…Tu sembles ne pas m’en vouloir pour Océane, moi je m’en veux…

-Ne t’en fais pas, Océane est très beau, il m’a fasciné au début…Mais je ne suis pas amoureuse de lui. Je n’ai pas eu le temps de m’attacher à lui. Tu l’aimes, s’il ne te fait pas de mal, si il est sincère, je suis vraiment heureuse pour toi, ma chère amie. Je suis fatiguée pour une autre raison…Je ne dors plus très bien la nuit.

-Tu es une véritable amie Lior.

-Comment s’appelle son cheval ?

-Il s’appelle Rêve.

Le 6 février au soir (en vacances chez le père de Leonora, Renald, qui vit dans un château médiéval agrippé à la falaise)

Après un concert de métal, les deux copines longent la côte. Le talon de Lior s’est cassé, elle boite…Et finit par retirer ses souliers. Marche pieds nus. Les étoiles sont floutées par le chagrin de la nuit. Elles sont un peu euphoriques car elles ont bu. L’océan est tumultueux, les vagues les éclaboussent…Elles rient aux éclats. Leurs pieds roulent sur les galets. Leurs chevelures virevoltent.

Elles empruntent un escalier abrupt. Traversent le pont-levis. Deux lions de pierre les accueillent. Leonora sort une grosse clef de son sac à main, l’introduit dans la serrure, la tourne. Tourne le loquet, le portail massif grince sinistrement. Le vent qui s’engouffre à l’intérieur souffle sur le chandelier en cristal. Il se balance. Un bruit de chaines rouillées, de balançoire…Une chouette effraie perchée sur le chandelier a prit son envol, est passée par le portail en bois…Les jeunes filles sursautent. Des morceaux lumineux flottent sur la voûte d’ogive, un feu crépite. Leonora se déchausse. Elle prend plaisir à faire glisser ses pas sur l’ancestral carrelage, Lior l’imite. Losanges bleus nuit étoilé et losanges or. Elles tournoient le long d’une colonne. Empruntent un couloir infini décoré d’une fresque datant du moyen-âge…La scène illustre la légende de Mélusine. Leur faible chandelle éclaire les visages au passage. Elles tournoient dans l’escalier en colimaçon, les marches sont hautes et étroites. La chambre de Leonora se situe au dernier étage de la tour nord, elle mène au chemin de ronde. Elles croisent un chevalier en armure, immobile. Lior sursaute de peur. Leonora éclate de rire, son rire dévale les escaliers, tournoie…L’écho rend son rire inquiétant.

Dans la chambre de Leonora, les rayons lunaires sont filtrés par la belle rosace. Les jeunes filles épuisées se déshabillent. Flocon le chat de Leonora bondit sur le lit à baldaquin. Avant d’aller au lit, Leonora prend la main de Lior dans la sienne, l’emmène dehors sur le chemin de ronde. L’issue est dissimulée derrière la tapisserie d’Aubusson. Elle représente une scène de chasse.

La neige tombe. Des flocons s’accrochent à leurs chevelures. Elles observent la mer frappant les rochers, éclaboussant. La nuée de chauves souris dansantes. Et l’œil du phare clignoter. Elles ont si froids qu’elles se serrent l’une contre l’autre, observant le spectacle de la nature avec émerveillement.

Ils rêvent (Lior, Leonora et Flocon), le même rêve.

Un bal costumé sur la plage, au pied du château. Un concert de métal. Un cheval de mer géant surgit de l’océan, il est attelé d’un beau carrosse. Océane est dedans. Souriant. Son teint est si pâle, ses dents si blanches, ses canines pointues…

Le 7 février, le matin

Leonora prend son bain dans une salle d’eau voûtée, elle ne veut pas être dérangée. Lior s’habille, descend dans la cuisine. Renald lui sert une tasse de thé. Lior souffle doucement dessus pour le refroidir. Renald boit une bière et fume une cigarette. Il a l’air pensif, ses yeux bleutés sont tristes. Sa barbe est mal rasée, ses cheveux ébouriffés. Il est grand et mince.

-Leonora m’a dit que vous écrivez des livres. Qu’écrivez-vous ?

Sa voix est un peu cassée.

-J’écris des contes...

-Vivre ici doit être inspirant.

-Je serais très inspirée si Alice était là. La mère de Leonora. Je pense tout le temps à elle…Parfois ce sont les vivants qui hantent les morts ! Si ma fille n’était pas là, je me serais jeté de la falaise…Comment trouves-tu Leonora ? Est-elle heureuse ? Elle me parle tant de toi…

-Leonora est très espiègle. Elle n’est pas triste, elle est très rêveuse…Je crois qu’elle se sent bien au lycée. Elle adore la littérature. Elle a beaucoup d’amis, cela la met en joie.

-Tu es son amie préférée. Elle ne me parle que de toi…

-Elle doit me trouver fragile…

-Oh oui, elle s’inquiète pour toi…

-Leonora a perdu sa maman, moi j’ai perdu mon papa…Et elle a beaucoup de chance d’avoir un père comme vous. Et moi, j’ai beaucoup de chance d’avoir une maman, même si cela n’est pas toujours simple entre nous. On est très fusionnelles.

-Tu es timide, tu n’as pas l’air d’avoir confiance en toi…

-Je suis esthéticienne et maquilleuse…Je fais un apprentissage dans l’univers de la mode. Cela m’épanouit, m’aide à grandir… J’aime faire ça. Mais c’est un peu épuisant, je suis tout le temps debout…

Lior se promène dans le jardin médiéval enneigé. Suit les empreintes d’un lapin...Entre dans un labyrinthe de buis, s’y aventure jusqu’au centre…Les ronces des roses s’agrippent à sa robe blanche, elles veulent l’empêcher d’avancer. Mais Lior s’échappe de leurs griffes, en déchirant sa robe. Lior s’enfonce dans le labyrinthe, suivant les traces du lapin. Elle découvre une sépulture ancienne entre les racines du vieux chêne millénaire. Elle retire la neige avec ses doigts. Ses doigts se bleuissent. Sur la pierre tombale, un cheval est gravé, ainsi que le mot Rêve au milieu des vagues. Lior pense à Océane, à son cheval, à l’hippocampe…Elle pense à ses rêves étranges.

Elle se précipite au château, va rejoindre Leonora dans la salle de bain…Elle frappe trois petits coups à la porte. Leonora ne répond pas. Elle tourne le loquet…Leonora n’est pas là. La mousse de savon déborde de la baignoire. Sur un petit autel devant le miroir ovale : un cierge brûle, une mèche de cheveux est nouée d’un ruban rouge. Des cheveux blonds, sans doute ceux de son amie. Lior pose ses mains sur le miroir. Elle le trouble. Ses mains passent au travers. Elle n’a pas le temps de réfléchir, une spirale se créé et l’aspire.

Elle a la tête qui tourne. Où est-elle ? Elle se le demande. Elle est dans l’obscurité, à l’étroit, les parois semblent arrondies. Elles sont humides, une odeur de moisissure flotte… Elle pense qu’elle est dans les canalisations. Elle crie d’une voix angoissée. Elle avance à tâtons dans sa nuit. Elle chute. Son corps glisse…

Une lumière intense jaillit au bout…Leonora est nue sous une cascade, elle marche sur l’eau, s’avance vers Rêve, le cheval de mer. Ses pas créaient des ronds dans l’eau. Dessinent la ronde des chagrins. Elle enlace Rêve dans ses bras fragiles.

Un vaisseau ovale et bleuté venue du ciel descend dans la crevasse sans un bruit…Son rayonnement bleu fait briller les étoiles blanches de la paroi rocheuse. Une femme descend du vaisseau. Elle ressemble étrangement à Leonora mais en plus âgée. Son visage est glacé, ses yeux sont grands et striés d’or. Elle est vêtue d’une robe liquide, sa longue chevelure dorée cascade, infuse de l’or dans l’eau. L’étrange apparition tient dans sa frêle main un bel écrin ouvert, une émeraude. Elle s’avance vers Leonora, souriante, caresse sa joue timidement en lui murmurant d’une voix fantomatique :

- Je m’appelle Alice, je suis ta maman.

Leonora rougit. Alice pose son long doigt effilé sur le troisième œil de sa fille. Un petit trou se forme sur son front, entre ses sourcils presque transparents. Alice lui pose l’émeraude qui s’ajuste d’un cliquetis. Leonora tournoie, des ailes poussent dans le prolongement de ses omoplates. Des écailles de poisson apparaissent sur ses longues jambes fuselées. Leonora se penche, plonge dans l’eau. Lior regarde la scène immobile, elle est sans voix. Le chat, Flocon, se frotte contre sa cheville, surprise elle baisse les yeux…Prend le chat dans ses bras. Sur le miroir de l’eau, un visage masculin apparaît. Il a son regard. Il lui sourit. Elle lui demande :

-Qui êtes vous ?

Il lui répond :

-Je suis ton père.

Elle veut caresser son visage, elle le trouble, ses mains passent à travers ce visage, formant des cercles…Les ondes grésillent. Lior sur la plage s’avance dans l’eau en robe blanche, le cherche, d’une voix angoissée l’appelle, seul l’écho lui répond, elle n’a presque plus pied, elle se noie dans un tourbillon d’émotion. Le chat sur la rive des chagrins miaule plaintivement.

Lior s’éveille à l’aube sur la plage, Océane dans ses bras. Elle le regarde amoureusement.

-Tu m’as sauvé. Mais où est Leonora ?

Océane lui explique :

-Elle n’est personne, c’est un personnage, une jumelle que tu t’inventes car tu aimerais être une autre. Mais elle sera toujours là, tant que tu ne l’oublies pas, l’imagines.

Ils s’embrassent fougueusement. Rêve, le cheval blanc, s’avance vers eux, marche dans l’eau. Le vent fait virevolter sa crinière blanche.

Le cheval de mer

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