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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 10:30
Le taurau sur l'herbe folle (texte déjàs publié mais dans cette version il y a une suite)

Elle s’est caressée en pensant à lui. Elle était toute frissonnante. Ce rêve semblait si réelle tant elle y pensait fort.

Tant d’année, ce corps fermé à clef, oublié, parfois maltraité…Comme si elle n’osait pas l’habiter, comme si elle n’était pas vraiment chez elle. Elle le déteste, car il fait souffrir. Il lui semble qu’il est la source de tout son mal être. Plus on s’y fait une toute petite place, plus il rétrécit. Quand il n’y a que la peau, elle devient tissu, passé tant de foi à la machine à lavé. Spirale infernale. Et plus l’âme s’y fait petite, pour se trouver une petite place, pour se protéger du vide, plus elle se perd dans l’immensité de cette demeure. Car les petites cabanes rassurent, plutôt que les immenses demeures où l’on se perd. La sienne n’est pas si grande que cela, mais elle est si petite…Son âme. Et paradoxalement si immense.

A force de ne plus écouter son corps, elle n’entend plus, ne ressent plus rien…Car Elda est loin d’elle même…Comme mutilé. Elle est moins sensitive.

Seulement un geste tendre de l’être aimé, un sourire…Lui a suffit pour ressentir une onde de désir dans le bas ventre. Des petits papillons. Le bruissement des feuilles. Le vent. L’éveil de la nature. Le taureau sur l’herbe folle, elle dans sa robe rouge.

Quand elle s’est réveillée de ce fantasme, juste après l’orgasme, Elda s’est mise à pleurer de tout son être. Elle frissonnait. Elle se sentait triste. Ce n’était pas pleurer de joie même si le plaisir avait été intense. Elda s’était réveillée, elle avait ressentit. Son épiderme diaphane à fleur de peau. Frissonnant. Les herbes folles de la lune blanche. Et ce taureau qui se frottait à elle, elle étendue sur le ventre.

Elle pleurait peut-être parce que Diego était loin…Se réveiller d’un beau rêve, rend triste. Revenir à soi, dans son immensité, son silence, rend triste.

Elda était peut-être triste pour plusieurs raisons. Faire l’amour est onde, vibration et déplace des énergies subtiles. Après l’euphorie, la chute, elle a pleuré en tombant. Dans le gouffre.

Durant les rapports sexuelles parfois l’angoisse, la panique de la carpe frémissante vient bien avant l’orgasme, alors que le plaisir était en cours. Elle prenait du plaisir. Comme on remonte un ruisseau, et qui émoustille les petites pierres au fond de l’eau. Il s’est passé la même chose…Le même symptôme. Peut-être. La mémoire du corps. Mais elle n’en est pas certaine. Car elle l’a rêvé si fort. C’était si réel. Avec celui qu’elle aime, pourrait-elle se donner sans que l’angoisse vienne gâcher leurs amours ?

Autrefois, tant de morale…La religion, les tabous. Des femmes hystériques à l’asile que les infirmières soignaient par le massage génital. Le vibro masseur fût jadis un instrument médical. Hystérie vient du mot grec hystéria qui signifie utérus. Platon décrivait ses manifestations ainsi: «L'utérus est un animal qui désire engendrer des enfants. Lorsqu'il demeure stérile trop longtemps après la puberté, il devient inquiet et, s'avançant à travers le corps et coupant le passage à l'air, il gêne la respiration, provoque de grandes souffrances et toutes espèces de maladies.»

Il fût un temps où se masturber était considéré comme un acte diabolique. Les femmes ne devaient pas faire l’amour pour le plaisir, mais pour avoir des enfants. Aujourd’hui, se caresser demeure tabou pour certaines personnes. Elda, elle se caressait sans en avoir honte, mais elle ne faisait presque jamais l’amour car cela ne se passait pas bien. Les terreurs du passé revenaient… Elle n’était pas bien dans son corps. Elle n’avait plus de désir.

Elle, qui a ses propres blocages, ses milles clefs, est une femme malade, malade de ne plus faire l’amour durant des années. Ca la rend malade… Un chagrin enroulé.

Elle a rêvé de cet homme, Diego. Dans son songe, une nuit de pleine lune, elle emprunte le chemin des lucioles, elle le croise. L’homme baraqué. Les yeux de l’homme brillent d’une étrange lueur bleutée. Il la dévisage mais ne lui dit pas bonjour et poursuis son chemin. Alors elle le suit, elle s’effondre à ses pieds, en sanglotant. Elle le supplie.

-Je veux qu’on m’aime…Je veux qu’on m’aime. Regarde-moi Diego !

Ses mains enlacent la jambe de Diego. Elle le sert très fort. Lui emboite le pas. L’homme la regarde d’un air incrédule. Il reste immobile, ne répond rien…

Elle avale ses chaudes larmes qui lui brulent les joues. Suffoque. La femme se laisse tomber violement par terre, éclaboussure de cailloux, en déchirant sa robe. Des petits boutons de sa robe s’éjectent sur l’herbe bleue.

- Fais-moi l’amour, je veux qu’on m’aime !

L’homme est désemparé. Il dévisage sa poitrine nu, son ventre diaphane, ses bas en dentelle. Mais il n’a pas envie d’elle, bien qu’elle soit sublime, la voir ainsi est douloureux. Il ne va pas profiter même si elle semble s’offrir. Elle ne s’offre pas, elle est désespérée. Elda est à bout de nerf. Comme une fleur de peau. Elle sanglote et dans la forêt on l’entend déchirer le silence d’une nuit.

- Prend moi!!! Prend moi ! Je veux qu’on m’aime ! Je t’en supplie Diego ! Aimes-moi Diego !

D’une voix étouffée mais sensuelle mêlée de sanglots violents.

La femme maigre tremble…Une épave flottante en proie à une mer déchainée. Une mer verdoyante. Ou les taureaux de la luna galopent libre dans l’infinie. L’homme s’accroupie et lui caresse son visage liquéfié par les larmes. Il mélange ses deux yeux étoilés dans son vide infini. Elle embrasse sa main. Il s’allonge à ses côté, pose son visage contre son buste devenue sable, le grain de sa peau s’éparpille, volatile dans le vent. Il caresse ses cheveux chauds qui coulent entre sa main. En lui murmurant

- Calme-toi Elda ! Calmes toi, tu disparais, les émotions t’emportent…Tu n’es plus la reine de tes émotions. Tu vas te transformer en rivière…Je t’en prie Elda, calme toi, redeviens roche.

Il lui murmure ses sages paroles, d’une voix terriblement angoissée, à son oreille qui semble si prés de sa bouche, même si il est allongé sur sa poitrine, car cette oreille a glissé dans le flot de larmes comme un coquillage.

-Diego, tu viens si tard…

Dit la voix d’eau.

-Je suis là, Elda, reste.

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