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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 10:23

Mai 1950, Limidia, prénommée la fée, aux yeux mauves, couleur de l’améthyste, pierre des évêques danse avec Bastet, la déesse chat, dans le somptueux salon de la demeure ancienne de style gothique avec des ornements orientaux. Le vinyle tournoie, la musique se diffuse comme une senteur à entendre. Un parfum, une atmosphère qui envoûte. Elles tourbillonnent l’une contre l’autre, dans une douce euphorie de l’amour. Elles tremblent, leurs cœurs battent la chamade. Elle est ravissante, pense Limidia. Bastet rougit. Elles éclatent de rire, elles sont si troublées comme sous l’eau rêveuse. Baignées dans une ambiance intimiste. Bastet a offert à Limidia pour la séduire un bouquet de violettes au reflet de leurs amours secrets. Les autres pensent que c’est une amitié entre elles. Dans la rue, elles sont discrètes, et se disent sœurs. C’est un peu vrai, leurs parents artistes se connaissaient et elles ont des souvenirs en commun, d’enfance. Des violettes de la couleur des yeux de Limidia. Au reflet de la personnalité: timide, discrète, modeste, douce et spirituelle. Limidia a sentit cette senteur raffinée, délicate. Bastet, elle, est une femme joviale, sensuelle, pas du tout timide, au contraire…Mais comme un chat elle est indépendante et mystérieuse. De la violette, elles aiment en manger en salade, c’est un festin de fée. Parfois la violette parfume leurs sorbets, ou les pâtisseries glacées qu’elles s’offrent l’été et savoure à une terrasse de café. Lorsqu’elles se promènent dans la forêt, déjeunent dans les prés (farci végétal tartiné sur du pain de campagne, salade de pissenlit et de tomates, camembert, confiture à la groseille et vin rouge) elles en trouvent des centaines. Leurs pieds nu entres les fleurs, les violettes entres leurs orteils. Elles sont deux jeunes femmes très frêles, diaphanes, à la chevelure noire corbeau. Elles sont toutes les deux très élégantes comme les actrices Hollywoodiennes. Et fument élégamment avec un fume-cigarette. Leurs manucures sont parfaites, les ongles longs d’un beau rouge. La fée Limidia est l’inventrice du premier appareil photo couleur avec un zoom et l’a offert à Bastet. C’est une autodidacte, une passionnée de technique, elle a tout appris dans les livres… Depuis Bastet s’est découvert une passion pour la photographie. Elles habitent dans un bel appartement dans une petite ville de campagne, Elena, en Corréze. Comme elles ne peuvent pas avoir d’enfant, elles ont adoptée une petite chatte blanche magnifique. Une envie de Bastet, elle-même un peu féline. Elles l’ont prénommée Flocon. Flocon a des petits airs angéliques, elle est mystérieuse. Elle est très câline, coquine et espiègle. Elle sort par le balcon et se promène sur les toits comme une digne chatte de gouttière. Les demoiselles n’ont pas de soucis d’argent. Elles vivent une douce vie de bourgeois bohème. Ne travaillent pas. Elles lisent : Virginia Woolf, Colette, René Vivien, Edgar Allan Poe, Angèle Vannier, Leonora Carrington, Agatha Christie, Gaston Bachelard…Elles visitent des musées, vont à des vernissages, au théâtre, à l’opéra. Voyagent à Paris, à Madrid, en Egypte…S’achètent des parfums, du maquillage, de somptueuses toilettes. Fréquentent Jean Cocteau. Savourent des liqueurs avec lui en philosophant, en parlant de littérature. Fument de l’opium. Et montrent leurs photos. Il les encourage. Bastet expose ses créations. Des paysages de ville, et de campagne, de fleurs, d’oiseaux, de visages et de silhouettes, Limidia est très présente dans l’œuvre de Bastet ainsi que la chatte Flocon…Des scènes naturelles, la vie de tous les jours…Une sorte de journal intime embelli, laissant apparaître aussi les tourments. Elles semblent heureuses mais Limidia est en proie à des crises d’angoisses, fait des cauchemars la nuit qui la réveillent en sursaut. Des nuits agitées. Parfois elle se sent si vide, pleure sans raison. Limidia à subi des négligences et des maltraitances verbales et physique de la part de son père maniaco dépressif. Sa mère est morte en la mettant au monde, c’est pour cela que son père lui en voulait. Son père s’est suicidé alors qu’elle avait dix neuf ans. Alors même si elle a, à présent, tout pour être heureuse, l’amour, l’argent, elle est traumatisée. Limidia est très émotive, un peu trop. Bastet à eu une enfance plus douce. Une mère danseuse orientale. Un père professeur d’université et poète comme le père de Limidia. Elles les visitent à chaque vacance. Ils croient que c’est de l’amitié entres elles. C’est une fête de voyager en orient ! Le thé, le souk, les spectacles de danses orientales, les conteurs dans le désert, les balades en dromadaire, les palais de Shéhérazade, les visites de pyramide …

Bastet préfère faire de la photo le matin ou le soir car la luminosité est plus enchantée.

C’est le matin, Limidia sanglote, recroquevillée, assise par terre dans l’angle de sa chambre. A l’ombre du lit. Bastet s’accroupit devant elle, caresse sa joue, pose sa main sur le genou de Limidia, bise ses larmes. Les larmes salées brûlent la peau. Elle lui dit des mots afin de l’apaiser et la photographie. Flocon s’approche d’elle en miaulant d’une voix douce, se couche contre son ventre en ronronnant. Sur le cliché les larmes semblent bleue turquoise, et son visage semble se diluer. Coulis de rose si pâle.

Pour se changer les idées Bastet emmène sa fée se balader. Elles se promènent dans la forêt, longe le ruisseau scintillant sous les rayons du soleil. Elles retirent leurs souliers, se baignent les pieds. Bastet prend l’eau en photo. Et sa belle amie. Leurs chevelures sont soyeuses avec de beaux reflets bleutés. Les yeux mauves de Limidia pétillent. Elles se tiennent par la main.

Bashet aperçoit une libellule qui se pose sur une tige. La libellule reste immobile comme si elle comprenait qu’elle souhaite la prendre en photo. Bastet utilise son zoom. Un charme invisible entre elles. Par moment elle meut ses ailes. Bastet tente de la prendre en vol. De temps en temps, elle s’envole et Bastet n’a pas le temps d’appuyer, mais par chance elle se repose non loin des jeunes femmes, presque au même endroit. Les jeunes femmes s’en étonnent. Comme si elle posait pour elles. La libellule s’est posée sur la blanche main de Limidia, a ouvert ses ailes. Bastet appuie, cette fois au bon moment. La photo sort de l’appareil. Elles découvrent le cliché instantanément tandis que la libellule s’éloigne. Elle sait qu’elle a accompli sa mission de modèle et peut retourner vagabonder. Le cliché est magnifique, un peu flou mais cela donne la sensation de mouvement, le traduit bien. Les couleurs sont douces. La libellule et les hautes herbes, la blanche main semble sous l’eau transparente. La libellule a un corps violet, phosphoré, et de belles ailes noires.

Elles dinent dans la nature. Allongées dans l’herbe Limidia feuillette un livre, et lit à voix hautes les poèmes. Bastet dresse la table. Etend la jolie nappe en tissu par terre. Elle sert la salade de tomates dans les belles assiettes en porcelaine de Limoge, un service qui appartenait à la grand mère de Limidia. Boivent du vin dans de somptueux verres en cristal. Elles mangent lentement et se câlinent, se disent des mots tendres. Un magnifique coucher de soleil les inonde. Des nuances pastel.

La nuit est tombée. Elles remontent le chemin vers chez elles, éclairées par la pleine lune. Une chouette hulule.

Le matin lorsqu’elles se réveillent, la vie, le monde qui les entourent semblent différents. Au début, elles ne savent pas en quoi il diffère…Mais les couleurs semblent plus tristes…L’ambiance plus pesante. Mais, mais…Il n’y a plus de couleur ! Le monde est en noir et blanc, sépia comme sur les photos anciennes ! Seuls, les yeux de Limidia sont restés mauves. Elles ont beau regarder par la fenêtre, tout est en noir en blanc. Bastet à l’idée d’éparpiller les photos en éventail, elles sont en couleur ! Bastet prend quelques photos dans l’appartement, n’importe quoi, le rideau qui hier encore était rose et non gris, par exemple, c’est juste un essai. Le monde sur les photos apparait en couleur. Elles vont se promener, voir si le village à côté est en couleur…Mais non.

Elles demandent à leurs voisins, voisines si eux voient le monde en couleur, ils prétendent que oui. Sont-ils des menteurs ? Ou des imbéciles heureux ? Le vieux d’à côté avec sa vache, prétend qu’il voit la vie en rose ! Il dit cela d’une voix tremblante. Il rit dans sa longue barbe blanche.

Paniquées, elles consultent un ophtalmo. Il observe attentivement leurs yeux, complimente sur la beauté de leurs regards, surtout celui de Limidia qui est si singulier et étrange. Cela signifie quelque chose. Mais il ne voit aucune anomalie. Elles ne sont pas vraiment daltoniennes. Elles consultent le médecin généraliste, il pense que c’est un symptôme psychosomatique. Elles consultent un psy, il pense qu’elles sont psychotiques. Limidia inonde le cabinet de larme en parlant de son enfance malheureuse. Ses yeux mauves sont encore plus jolis ainsi, quand elle pleure. Le psychiatre imagine ses larmes violettes. Comme les larmes de Adan et Eve lorsqu’ils sont chassés du paradis.

Seuls les yeux de Limidia sont en couleurs, même la nuit, ils sont phosphorés. Alors pour voir la vie en couleur, elles prennent en photo la vie. Sur les clichées, elle est colorée. Mêmes si les couleurs sont triste c’est un monde en couleur. Limidia a inventé ce fabuleux appareil photo qui voit les choses en bleu, en jaune, en vert, en violet…

Elles exposent. Leurs photos ont beaucoup de sucés. On parle d’elles et de leurs problèmes aux yeux.

La légende conte qu’elles sont passées de l’autre côté du miroir. Que la libellule nommée aussi Demoiselle était une fée. C’était un sortilège. Si elle a accepté de poser, de se montrer aux humains, il y avait un prix à payer. D’autres plus rationnelles, disent que c’est un symptôme psychosomatique, à force de se sentir triste on finît par percevoir l’univers en gris ou psychique, elles étaient folles, déliraient…

Bastet se console en se plongeant dans les yeux en couleur, mauve de Limidia, sa bien aimée (elle pense aux petites violettes, et leur senteur lui revient). Limidia se console en regardant le violet intense de ses yeux dans le miroir. Elles se consolent en contemplant les photos, le monde de l’autre côté, la vrai réalité, disent les autres. Et Flocon voit-il les choses en couleur ou en noir et blanc ? Est-il daltonien ? Voit-il la vie avec philtre violet, ou bleu ? Lui n’a pas rencontré la libellule violette.

Dans leurs têtes elles se passent le film de leurs derniers moments en couleur, dans la vraie vie, au bord du ruisseau. Leurs balades. Le coucher de soleil, les nuances pastelles. Puis la nuit. Et toujours la nuit. Elles se réfugient dans l’activité de photographe, seule espace où les choses semblent en vie. Vibre. Sont-elles devenues des fantômes ?! A la fois en vie et pas en vie. Envie.

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