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18 janvier 2022 2 18 /01 /janvier /2022 19:49
Croissant de lune

Sage et timide

j'étais étriquée

Dans la robe d’écolière

avec ce visage d'ange.

 

Je marchais dans les angles,

du préau pour devenir invisible

Et les tourbillons de feuilles

sont des portes dans l'univers.

 

Sage mais j'ai masqué ma peur,

sage mais j'ai masqué mes émotions,

sage mais j'ai perdu ma personnalité,

pour devenir l'ombre de moi-même,

et ne déranger personne...

 

Mes émotions intérieures

dans une centrifugeuse,

qui me fera me dissoudre,

tourbillonnant avec les feuillages.

 

Je suis l'enfant de l'angle de la cour

enfermée dans un mutisme,

ils savent que j'ai peur,

mais ils ne savent pas pourquoi?

 

Ils savent que je suis d'ailleurs,

Ils savent que je suis autre.

 

Mais ils ne savent pas la violence

à la maison, ils ne connaissent pas

mes véritables peurs.

 

Ils ne connaissent pas l'autre moi,

dansante, tourbillon de feuilles,

celle qui est autre que l'ombre.

 

Je suis devenue tantôt cette rock star

à la robe noire, exprimant une singularité,

qui est interprétée comme une tristesse ou

une colère alors qu'il y a autre:

tout un univers de mystères

et de beautés sombres

à la semblance des beautés d’antan.

 

Tantôt cette femme raffinée, lettrée,

sage comme un ange à la voix d'enfant.

 

Je ne sais pas comment concilier ses deux

personnalités de moi, je montre à chacun

l'aspect qui lui plaît le mieux, brimant l'autre.

 

L'autre ressent que je suis autre,

que je dissimule bien des goûts,

des sentiments tel un croissant

de lune et son autre est cachée..

 

Incomplète je suis troublante.

 

Je m'enferme dans la solitude,

je me sens incomprise.

 

Je ne sais pas comment être aimée

pour celle que je suis alors

on me perçois fille de solitude,

à la robe noire de loup mais au visage bien

sage, sans aucune méchanceté et que l'on

pourrait enlever, comme le vent ôte

les feuilles, les trous noirs dans l'espace...

 

Et personne ne me recherchera

dansante dans un écrin de folie.

 

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13 janvier 2022 4 13 /01 /janvier /2022 18:12
L'esprit de Yule

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13 janvier 2022 4 13 /01 /janvier /2022 18:08
L'air du temps

Pour le nouvel an

j'envoie des flocons

par milliers...

 

Parfois je n'arrive plus à habiter,

mes maisons deviennent ensorcelées

pour me faire m'envoler par la fenêtre

pense ma mère...

 

L'oiseau est dans ma maison,

il porte la fragrance L'air du temps,

il est posé sur la coiffeuse parmi

d'autres flacons, au côté d'Angel

qui est une étoile bleu.

 

Il y a des tableaux accrochés aux murs,

des livres qui débordent des étagères,

une lumière tamisée qui provient des bougies,

des oracles et des statuettes de fées.

 

Un chat blanc dort dans la penderie,

il est caché entre les longues robes...

 

Les amitiés savourent ici une tasse de thé

et la voûte m'écoute chanter, répond Écho

et les vibrations comme un astre.

 

Quand est-ce vais-je retrouver un petit nid

au calme? Je veux me sentir bien

chez moi, et voler de mes propres ailes:

 

Emprunter de nouveaux sentiers

en passant par la porte pour revenir,

dormir au chaud; les lettres d'êtres chers

sous les oreillers, un chat calé entre

mes pieds et qui tient chaud,

mes pieds veulent prendre racine,

mon esprit veut s'endormir la tête étoilé,

mon âme veut voyager toutes les nuits.

 

Le lendemain ma main veut écrire

le poème de mon rêve,

et je m'habille en robe

pour le faire s'envoler,

avec ma senteur sur le papier.

 

Souvent les mots

se noient

sous les larmes,

c'est ainsi...

 

Il n y a pas d'ancre

pour les retenir.

 

Mais de ma fenêtre

je vois les empruntes

d'un petit oiseau sur la neige:

une nouvelle page s'écrit,

comme l'espoir d'un nid

où l'amitié est invitée...

 

Les vitraux aux teintes mauves,

ne veulent pas se briser,

l'extérieur rustre

ne veut pas entrer,

dans mon âme poétique:

elle y serait dérangée,

puis perdue à l'image

d'un poisson hors de l'eau,

qui dans son sommeil

agite sa nageoire,

en apnée, se débat,

avant de se mourir.

 

Je fais des prières

pour retrouver

ce nid tant aimé.

 

Je suis en errance

mais j'ai le cœur

empli d'espoir,

comme si ce nid,

était déjà là,

niché au fond

de moi.

 

Comme un jeu

de miroir qui

réalise mon rêve.

 

Pour le nouvel an

j'envoie des flocons

par milliers...

 

L'air du temps
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13 janvier 2022 4 13 /01 /janvier /2022 14:46

Que centauresse ait remplacé centaurelle, dans les dictionnaires, c'est un fait. Et on ne peut aller contre. Les centaurelles ont disparu, et on dispose désormais d'un mot pour désigner la femelle du centaure. S'il faut absolument lui donner un nom. Et si on la rencontre. Je parle de la question. Car la chimère n'a pas besoin de nous pour disparaître. Ni pour apparaître d'ailleurs. Elle ne nous demande pas notre avis. Si elle se présente à nous comme centauresse, c'est son affaire. Et si elle veut revenir comme centaurelle, c'est sa liberté aussi. Si elle trouve le mot plus ailé, plus aérien, plus ressemblant. À ces créatures qui surgissent sous sa plume ou sous son pinceau.

Car Prisca écrit et peint. Ou dessine. Elle écrit avec un pinceau, elle peint et dessine avec des mots. Ses textes sont des tableaux. De petits tableaux. Des idylles avortées, où les rivières nous chantent de drôles de chansons tristes. Où les trous de verdure n'en finissent pas de saigner.

Ses centaurelles, d'où viennent-elles ?

De sa fréquentation de la mythologie, des elfes et sylphides qu'elle y a croisées, ou de son amour des plantes ? Il existe en effet, parmi les plantes rares et protégées par la loi, à côté de l'ammi élevé et de la filipendule vulgaire, une petite centaurelle particulièrement délicate ?

De la musique, qu'elle pratique aussi, d'un clip où elle les aurait vues galoper dans les herbes hautes, plonger dans les sous-bois ? Il y en a dans Street Song, de Fauness. Trois faunesses pourvues de queues de cheval. De vraies queues de cheval, comme dans un rêve. Très rock 'n'roll, ce rêve, d'où le titre du recueil.

Elle m'envoie régulièrement ses rêves, et je les lis au réveil. Pour ne pas me réveiller. Pour continuer à galoper, avec ses centaurelles.

Ses centaurelles à elles ne sont pas que trois, même si elles sont toutes un peu fées.

Elles ne sont pas cent mais presque. Cent avatars de celle qui signe aujourd'hui ce livre. Cent qui résonnent comme autant d'échos de son prénom, Prisca. Archaïque, ce latin qui précède le latin. La langue dans son enfance. Et parfaitement actuelle. Hybride, comme cette Violette Ours qui nous accueille. Dans son jardin. Un jardin où se mêlent végétal et animal. La fragilité et la force. Un jardin où l'on a rendez-vous avec son double. Sa sœur ailée.

Quand la demoiselle n'est pas une libellule, c'est un parfum qui flotte. Violette et rose ancienne. Un parfum de grand-mère. D'une grand-mère prénommée Alice. C'est elle qui ouvre ce livre, qui nous ouvre la porte du jardin. Une dernière fois.

C'est le parfum des fantômes. Ils reviennent, comme les fleurs au printemps. Des fleurs incueillissables. Comme on dit chez Proust. Du côté de Guermantes. Des pervenches refleuries.

Des pervenches, il y en a. Dans cette forêt où Emily n'a pas peur de se balader. Emily et Rose. Lorène et Violette. Les doubles fleurissent, dans ce livre. Et la mort est un cheval ailé. Qui n'attend que ça. Qu'on le chevauche.

 

Denis Montebello 

 

 

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13 janvier 2022 4 13 /01 /janvier /2022 14:40
Article de l'Angérien

Jeudi 6 janvier, 

 

«La dyslexie ne bloque pas la créativité»

 

 

Prisca Poiraudeau publie un recueil de nouvelles. Centaurelles et rock'n'roll est le septième ouvrage de cette jeune autrice angérienne. Cette jeune autrice se confit sur ses sources d'inspirations, ses difficultés et son univers.

 

Rien ni personne ne l’empêchera d’exercer son art . Dans son petit appartement à l'ambiance intimiste, Prisca Poiraudeau est à l’abri d'un monde extérieur pas toujours facile à appréhender. Ici, les murs sont couverts de tableaux et les étagères débordent de bouquins. L'artiste se plaît dans une lumière tamisée par les lampes de chevet et les bougies disposées aux quatre coins de la pièce. «J'ai toujours eu cette âme d'artiste, depuis toute petite. A l'époque, j'utilisais les rebords de fenêtre comme et les rideaux comme une scène et je jouais des petits spectacles pour ma famille, je chantais, je me déguisais...Ma mère dit que je dessinais beaucoup aussi.» raconte Prisca Poiraudeau.

 

 

Scolarité difficile

 

Aujourd'hui, la native de La Rochelle exerce ses deux arts de prédilection à plein temps: «J'écris et je peins. C'est un moyen de m'évader. J'ai un style et un univers qui tournent autour du surnaturel et du fantastique.» Avec ses longs cheveux, ses grands yeux noires et son style sombre, Prisca Poiraudeau semble tout droit sorti d'un film de Tim Burton. Elle ne cache pas sa fascination pour le poète Edgard Allan Poe et puise beaucoup son inspiration dans les peintures d'Edvard Munch.

Avec déjà sept ouvrages publiés, elle n'imaginait pas ce destin.

«J'ai eu une scolarité difficile et je suis dyslexique. L'adolescente que j'étais n'aurait jamais pensé écrire ne serait-ce qu'un livre. Ça paraissait trop grand pour moi», confesse l'autrice. Le système scolaire n'a certainement pas aidé Prisca Poiraudeau à prendre confiance en son talent, elle qui sous entend aussi des problèmes de harcèlement à l'école. Elle prend sa revanche à 18 ans, lors d'un atelier d'écriture dont elle faisait partie « C'est ce qui m'a aidé à m'épanouir dans mon art. Par la suite, j'ai pu me rendre à des rencontres littéraires. C'est à cette occasion que j'ai rencontré une maison d'édition parisienne qui a été séduite par mon travail.»

 

 

Nouveau livre

 

La jeune angérienne à su combattre sa dyslexie pour devenir une écrivaine à plein temps. «La dyslexie ne bloque pas la créativité. Je ne crois pas que ça soi un handicap pour écrire des livres. Il m'arrive de confondre des mots et des lettres mais je suis relue et corrigée avant d'être publiée. L'essentiel ce sont les histoires que je crée, les personnages que j'invente. Mon imagination ne sera jamais affecté par ma dyslexie.» témoigne Prisca Poiraudeau.

Pour son septième ouvrage, Centaurelles et Rock'n'roll, elle a pris soin de l'illustrer avec ses propres peintures et à choisi de rester dans le confort de l'univers décalé qu'elle connaît si bien, du petit monde qui lui permet de s'évader. « Mes livres débutent toujours par une réalité assez lugubre et tragique mais virent très rapidement dans le fantastique » commente la jeune femme. Ce recueil de nouvelles n'échappe pas à la tradition et conte un récit onirique où meurtres et créatures surnaturelles se confondent.

Domiciliée au cœur de Saint Jean d'Angely, elle avoue que les Vals de Saintonge sont une grande source d'inspiration : « Je me balade beaucoup dans le coin. J'adore la nature et le calme de la campagne» Parmi ses repères favoris, elle évoque la commune de Taillebourgh, les fontaines romaines et le chemin des escarbilles. « C'est une ancienne voie de chemin de fer où la nature à repris ses droits. Je me promène souvent là bas, avant de peindre où d'écrire » explique la jeune femme.

Malgré une créativité débordante et des sources d'inspirations multiples, Prisca Poiraudeau admet être touché par la fameuse angoisse de la page blanche qui affecte tous les écrivains. Un virus dont elle n'est pas près de guérir mais qui ne l’empêchera pas de continuer à noircir ses pages se pouvoirs surnaturels et créatures fantastiques.

 

Clara Rigoli

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13 janvier 2022 4 13 /01 /janvier /2022 14:37
Article Sud Ouest
Article Sud Ouest

Mercredi 5 janvier l'article de Sud Ouest à été publié au sujet de mon dernier livre! 

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20 décembre 2021 1 20 /12 /décembre /2021 17:19
Leonor Fini, femme chat

Leonor Fini, femme chat

Il me faut des flocons

 

Bien souvent mon cœur est froid

et mon âme est sauvage...

 

Je ne veux pas être approchée.

 

Je ne veux pas me sentir prisonnière

d'un amour ou d'amitiés où

les liens se resserrent

et font des nœuds.

 

Je suis un chat un peu fuyant...

 

Parfois c'est moi qui m'approche,

parfois je ne veux pas qu'on me parle,

qu'on me câline: je veux être seule.

 

Parfois je pleure seule

Je prend froid de mélancolie.

 

Non je ne sais pas aimer,

Non je ne sais pas être aimée.

 

Souvent on m'aime comme un vampire.

 

Je suis souriante mais j'ai un cœur

de glace ou une armure tout autour

de moi, mon épée peut briser

les cœurs des hommes...

 

Je ne voulais pas faire de mal,

je voulais juste être Alone.

 

Mon corps à trop mal,

mon corps à trop de souvenances

qui va s'éveiller sous les mains.

 

Je me fais belle

mais je suis inaccessible,

insaisissable et je veux

disparaître.

 

Je ne suis pas si glaciale,

Je ne suis pas indifférente, mais

il est mieux de me laisser m'approcher,

et ne pas vouloir m'appartenir.

 

Il me faut des flocons

des étoiles et l'espace...

 

Parfois je ne sais plus mes sentiments,

tellement je suis mélancolique.

 

Parfois j'ai même un cœur d’artichaut,

 

Parfois il n'y a de place que pour un amour

depuis toujours...

 

Alors qu'il a eu des étoiles dans les yeux,

un peu de romance mais maintenant

c'est le froid de la mélancolie,

je veux du silence, y a trop de bruits

dans ma tête et des envies de fugue.

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10 décembre 2021 5 10 /12 /décembre /2021 08:26
Petit garçon bleu

 

 

Le noroît s'engouffre

un p'tit peu par la fenêtre

et fait tanguer la maisonnée

le bois grince et

ce vaisseau tangue dans

sa nuit, sans s'envoler.

 

Le vent fantôme

chante dans la forêt et sous

les ardoises, la charpente,

s'engouffre dans la cheminé

dont il ne subsiste

qu'un peu de braise.

 

Un berceau sous un croissant

de lunaison, se berce seule

et l'enfant pleure derrière

la fenêtre embuée.

 

Le saule échevelé semble ondoyer

comme un diable et c'est sous

les premiers flocons en obliques

qu'une forme longiligne et

blanche se pose au chevet

du nouveau né.

 

Une fée à la robe de cristal

tient dans sa main une baguette étoilée

sourit à l'enfant, le borde, le berce

et lui chante une chanson.

 

Les flocons virevoltent dehors

tels des petites plumes angéliques.

 

Quand l'enfant dort,

la fée éveille les braises,

nourrit son feu,

dont les griffes à la semblance

de celles des dragons

s'agrandissent dans l'âtre.

 

Puisce que l'enfant au pyjama bleuté

et aux ailes naissantes est seule,

elle le prendra sous son aile

et habitera la demeure,

la fée de maison fera

tournoyer le balais afin

qu'il chasse la poussière

en dehors et les bouts de

chiffons astiquent seuls

le parquet et les meubles,

les embaument de cire

d'abeilles sauvages

en virevoltant.

 

Cette marraine à la voix si douce

de sa baguette en forme de stalagmite

a donné trois dons à l'enfant:

le don de double vue ça c’était déjà fait,

le don pour l'amour courtois et

le don musical et l'oreille absolue.

 

Tandis que la maisonnée

est allée au ciel,

tel un vaisseau dans

une mer démontée

l'écume des nuages.

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7 décembre 2021 2 07 /12 /décembre /2021 08:05
toile de Paul Delvaux

toile de Paul Delvaux

(Lire Chant de L'univers 1, et 2 sur le blog)

(...)

Journal intime de Silène

 

Ma chambre est celle de la poétesse. Ce lit à baldaquin était là lorsque je suis venue m'installer. La tapisserie au dos du lit représente une panthère noire dans la jungle comme une toile de Rousseau Le Douanier. Elle est d'origine. Les fougères ressemblent à celles dans la forêt près du pont ferroviaire. La nuit à bord de mon lit à baldaquin j'entends passer les trains. La pluie sur les vitres. Le vent qui veut s'engouffrer dans la charpente. La malle que j'ai mise dans le grenier aménagé en chambre se trouvait ici.

 

Au creux blanc ivoire de la baignoire griffue j'ai entendu une voix fluette chanter une berceuse. Je me suis fait couler un bain. L'eau bleu turquoise m’appelait. J'ai ôté ma chemise de nuit. Les arêtes étaient visibles sous ma peau diaphane. Je me voyais dans le miroir rond au-dessusdu lavabo en forme de coquillage. Mes veines bleues évoquaient des chemins sous la peau, plutôt des ruisseaux. Mais j'entendais seulement mon cœur comme si c'était là le gouffre.

 

Je me suis baignée dans un bain de sel et de lavande lorsque l'eau s'est refroidie. Je voyais la pluie comme des larmes à travers les vitraux. J'entendais une fille qui sanglotait sous la baignoire. Le bouchon en liège s'est mis à bouger tout seul, comme si quelque chose voulait l'ôter. J'étais tétanisée. Je ne respirais plus. Une tentacule longiligne a encerclé mon pied. Et la chose m'a enlevé dans les tuyaux. J'ai glissé comme sur un toboggan. Je me suis retrouvée sous les quais sous la terre. Dans l'eau parmi les sirènes des égouts.

 

Lorsque je me suis éveillée en sursaut la poétesse était assise au bord de la baignoire. Les pieds dans l'eau. Mais mes jambes passaient à travers ses pieds car elles s'agitaient à cause de la frayeur du rêve. Elle m'a caressé la joue pour m'apaiser. Puis elle s'est estompée. Datura aux yeux verts à sauté sur le rebord de la baignoire et s'est assis là où Élisabeth était. Il a miaulé comme pour chasser les fantômes.

 

Journal intime de Lucien Papesse

 

Je me pensais au beau milieu d'un rêve car nous fîmes un long voyage. J'étais pourtant endormi dans la chambre d'ami, j'étais épuisé par la répétition dans le cabaret. Dans le journal intime d'Elisabeth il y avait une carte. Probablement une lame qui provient d'un oracle. Cette lame se nomme Les Loups de Venise. On voit une petite fille installée dans une pirogue vénitienne. Elle est assise sur une malle semblable à celle-ci dans ce grenier. Cette fille a de grands yeux noirs qui mangent son visage. Elle est cernée par ses amis loups. Comme un clan. Ils sont à Venise. Je reconnais les ponts Vénitiens et les hautes maisons ainsi que le quai et ses élégants lampadaires à l'ancienne. Il fait nuit et ils semblent aller au bal masqué.

 

Je suis descendu par les escaliers tournoyants. Silène était devant le tableau symboliste. Le chat à ses pieds. Elle portait une robe argentée presque blanche, un peu phosphorée. Elle avait des ailes d'anges dans le prolongement de ses omoplates. Elle a pris son chat dans ses bras. Et moi je me suis agrippé à elle. En lévitation nous avons traversé le cabaret. La poétesse a traversé la toile. Elle avait des ailes de libellule de couleur mauve. Elle est allée au devant de nous. Nous sommes passés au travers la tapisserie d'Aubusson pour embarquer en mandoline avec la poétesse...Un hippocampe géant à tête de cheval était attelé et nous emmenait dans le flot. Les arches de pierres scintillaient comme si des étoiles étaient incrustées à la roche. L'eau était sombre. Des femmes aux écailles de poisson nous suivaient à la nage. Durant la traversée nous avons chanté avec les sirènes. Ce long tunnel semblait sans fin, pas même de lumière au bout. Les quais devenaient rarissimes. C'était un labyrinthe. Et parfois il y avait tellement d'algues que notre mandoline était agrippée comme dans les ronces. C'est à Venise que nous avons accosté.

 

Journal intime de Silène de La Rose

 

Dans les coulisses de l'Opéra on m'a coiffé et on m'a maquillé. Ma professeure de chant Florentine Paparazzi est venue m'embrasser avant le spectacle. Une fragrance mystérieuse flottait dans ses cheveux bruns. Ses boucles me chatouillaient le visage. Son visage rond me souriait comme la lune et il y avait une douceur dans ses yeux noirs. Elle ria de joie pour moi.

-Je suis très fier de toi Silène. Elle m'a dit.

Lucien entra dans la loge et salua Florentine en s'inclinant:

-Enchantée Mademoiselle. Silène m'a dit que vous l'avez beaucoup aidé moralement grâce au chant quand elle était chez sa maman endeuillée et nous étions isolés à cause de la grippe espagnol. Elle me disait vrai lorsqu'elle m'a dit avoir fait des progrès en chant. Elle a aussi appris de beaux chants grâce à vous.

-Oui elle était tellement timide...Je suis contente que son rêve un peu secret se réalise.

J'ai répondu en pensées (et je crois qu'ils ont entendues):

-Je n'osai pas le dire. Mais cela est un vrai rêve. Mais j’espère ne pas vous décevoir ce soir...J'ai si peur.

 

Lucien m'a fait un bise-main. Main dans la main il m'accompagna jusqu'à l'escalier qui menait à la scène. Sept grandes marches. Ce qui n'est pas pratique dans les grandes robes. Je regardais les sirènes peintes sur les coupoles du théâtre à l'Italienne et les arches étoilées.

 

Mon chant était celui de la sorcière. De la magie blanche. Il était très aigu et si peu réel. Je ne soupçonnais pas pouvoir chanter ainsi. En fait ce n'était peut-être pas moi. Peut-être une fée à l'intérieur de moi. J'invoquais les 72 archanges de par mon chant. Je dansais. Une danse intuitive. Les chandelles étaient allumées. Les encens se consumaient. La poétesse m'accompagnait à l'orgue et chantait les chœurs. Sa voix faisait des Ouh ouuuuuu très doux qui se dédoublaient. Lucien frappait le tambour chamanique. Les fées faisaient tinter les clochettes. 72 archanges ont atterri sur scène. Leurs corps étaient lumineux. Ils rayonnaient mais la lumière n'aveuglait pas. Leurs yeux d'une grande pureté exprimaient de la gratitude. Ils émanaient un amour qui apaise le monde et nous emplissaient de joie. Le public nous fit un tonnerre d'applaudissements.Florentine et Lucien m'ont apporté sur scène un bouquet de petites roses blanches et mauves.

Après ma prestation on a ouvert le bal. Devant la scène les gens costumés dansaient de magnifiques valses.Lucien m'a invité à boire puis à danser. C'était une nuit endiablée et magique.

 

*

 

Un ange diaphane aux cheveux blond platine leur a donné une plume bleue phosphorescente qui leur permet de lire l'écriture invisible du journal intime de la poétesse. Dans les bibliothèques ils ont retrouvé ses recueils de poésies sur Les Demoiselles (les petites libellules colorées) mais aussi des partitions de musique. Ils étaient assis devant le feu de cheminée. Datura était endormi sur les genoux de Lucien. Le chat a ouvert ses yeux verts pour lire le journal d'Elisabeth de par la pensée quand il le lisait puis il a mi-clos ses yeux.

 

Je m’appelle Élisabeth Barracuda je suis morte le 18 septembre 1930 à l'âge de 17 ans. Je me suis noyée dans ma baignoire par désespoir. Ma mère et mon père sont morts à cause de la grippe espagnol. Ils étaient alités durant trois mois et sont morts à la fin août. J'étais devenue orpheline.

Cette grippe est revenue. Elle est un peu différente. Vous avez traversé la solitude et un tunnel.

J'ai publié mes premiers recueils de poésies à l'âge de 15 ans. J'ai gagné le prix Rimbaud. J'allais à la chorale de l'école qui était aussi celle du conservatoire. J'étais une bonne élève mais très timide. J'étais le bouc émissaire de mes camarades.

 

Comme je me suis suicidée, je ne suis pas allée au ciel. Je n'étais pas en paix. J'errais dans ma maison. Silène De La Rose est venue s'installer ici et j'ai vu qu'elle a des dons. Pas seulement des dons artistiques mais aussi ceux d'une sorcière. Cependant les dons artistiques sont liés aussi au surnaturel. Alors je me suis dis que je pouvais lui retransmettre mes mémoires et partir en paix. Son ami Papesse, un compositeur Italien est venu la visiter. Je me suis réjouie. J'ai essayé de les aider et de veiller sur eux.

 

Siléne et Lucien ont re faits publier mes recueils de poésies et écrivent un nouvel opéra en mon honneur. C'est à la fête de La Toussaint qu'ils ont fait une fête païenne et romaine. Ils ont creusé une citrouille et on mit une bougie à l'intérieur. Silène portait un masque vénitien, de loup. Lucien était vêtu en noir, il portait une cape violette en soie. A la nuit tombée ils ont allumé le fanal en pensant à moi et ils ont fait des prières aux anges. Ils chantaient et dansaient à la ronde autour d'un feu et Datura le chat tournoyait lui aussi en galopant et bondissant.

 

J'ai préparé mon bagage. J'ai ma malle avec moi: flacon en forme de cygne, robe en dentelle, journal intime, receuil de poésie: Les Demoiselles, Oracle des métamorphes, Les fleurs du mal Etc... Je suis allée à la gare, celle dans les bois non loin de la lanterne des morts. J'ai pris le train direction le ciel. C'est un train à vapeur comme ceux d'autrefois. L'ange blond et diaphane m'a accompagnée. Elle est montée à bord avec moi. Même de très haut dans le ciel j'entendais leurs musiques et je distinguais la danse. J’entends le chant de Silène: sa voix qui monte très haut. Je veux bien être sa muse pour qu'elle écrive de belles poésies et qu'elle chante à l'image des Troubadours.

 

Elle a partagé le même mal que moi. Une forme de mélancolie et ne voulait plus grandir.

Mais les artistes malgré leurs propres nuits apportent beaucoup de lumière sur la terre et dans l'univers même s' ils ne le savent pas. Moi aussi j'étais liée à cette invisible et je le percevais. C'est pour ça que j'ai eu du mal à vivre sur la terre.

illustration de Jose Roosevelt

illustration de Jose Roosevelt

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7 décembre 2021 2 07 /12 /décembre /2021 08:01
Le Chant de L'univers 2

(lire le début Chant de L'Univers 1...)

*


 

Ils étaient assis devant le feu dans l'âtre

-Comment as-tu trouvé cette maison? Elle est extraordinaire! Lui demande Lucien avec son accent américain car il a aussi des origines américaines, il est né à New York et c'est toute son enfance même si ses origines Italiennes plus anciennes lui tiennent plus à cœur.

-Je suis descendue de la maison de par la cheminée, comme on vient du ciel, comme un miracle. C'était en décembre. Avant la fête de La Noël. C'était la maison d'une poétesse morte jeune dans l'oubli. Elle s’appelait Élisabeth Barracuda. Dans le grenier aménagé en chambre où tu vas dormir ce soir, il y a quelques souvenirs d'elle dans une malle . Et dans la bibliothèque quelques recueils.

-Quelle étrange nom. La maison n'est-elle pas trop habitée?

-Il y a une présence mais c'est une présence douce et discrète...Parfois j’entends une voix qui chante. Ça vient de la cave.

-C'est étrange ça aussi.Tu es à l'étage et pourtant un escalier très long te permet d'aller à la cave sans passer par les parties communes. Ça n'existe que dans les rêves.

-Et les autres voisins? C'est calme ici.

-Je ne les croise jamais, ils sont très discrets. Mon chat descend les escaliers jusqu'aux boîtes aux lettres et traverse le hall. Ça l'amuse beaucoup.

-Où est-il?

-Si tu es là, il nous observe et il est caché.

-Ses yeux sont toujours verts?

-Oui cela n'a pas changé.

-En tout cas, l'âme de la poétesse est moins discrète que tes voisins. Quel silence de marbre! L'on entend que le hululement d'une chouette.

Silène rit en buvant son vin au sein de son calice, ses dents blanches sont tachées de rouge-sang. Son rouge à lèvres trop foncé à débordé sur sa peau pâle. Avec son air un peu sournoise mais sans méchanceté, elle fait presque peur. Une ancienne poupée vivante déguisée en femme. Ses ongles longs peints en noir comme des serres de corneilles) teintent sur la table basse en verre non loin de la boîte de chocolat. Elle lui offre un chocolat en silence en dirigeant la boite vers l'homme au visage ovale.

-Je crois qu'ils ont peur des fantômes alors ils se tiennent à carreaux tandis que moi je fais marcher le tourne disque et je danse sur mon tapis d'orient...

 

Journal intime de Lucien Papesse

 

Le son d'une ancienne pendule est joli au cœur des nuits.

Je dors dans le grenier aménagé en chambre dans le lit bateau. Derrière la tête de lit Jésus sur sa croix est un peu cassé. J'ai regardé dans la malle les affaires de la poétesse, j'ai trouvé une petite robe en dentelle mauve, une couronne de fleurs, un flacon de parfum vide que j'ai senti (une senteur de Magnolia mêlée à celle du bois de Hô),un journal intime mais il n ' y a rien d’écrit (à moins qu'elle aie utilisée un stylo d'écriture invisible qu'on ne peut lire qu'avec un petit faisceau de lumière blue c'est à vérifier) , une figurine ange: une petite fille avec une aile fêlée. Les Fleurs du Mal tout écorné, un portrait ovale de la poétesse: une jeune fille pâle, les yeux en amande, elle a de longs cheveux bouclés et elle porte une robe d’écolière à col blanc. Au dos il est inscrit Élisabeth, 17 ans, septembre 1930. J'ai trouvé dans une sacoche d’écolière en cuir: un livre d’algèbre, un cahier de rédaction, un livre de géographie un peu jauni, Notre Dame de Paris de Victor Hugo. Je ne sais pourquoi Élisabeth est morte si jeune mais j'ai peur que mon amie se dédouble et souhaite être comme elle pour des raisons obscures. Des rêves malades plus grands que les rêves.

 

Journal intime de Silène De La Rose

 

Je suis allée chercher Lucien à la gare qui ne se situe qu'à 500 mètres de chez moi. Il n'avait qu'un seul bagage qu'il faisait rouler sur le trottoir. Au seuil de la maison bourgeoise j'ai composé le code pour entrer. Pour la première fois j'ai utilisé l'ascenseur au lieu de l'escalier tournoyant car la valise à roulettes semblait lourde.

 

Nous sommes allés marcher le long de l'ancienne voie ferrée, jusqu'au village voisin le long des quais.C'est une forêt. A environ trois-quart du chemin nous avons fait une pause sous l'arche de pierres où j'ai chanté. Ce pont ferroviaire est ma chapelle dans les bois. Au-dessus l'ancienne route romaine n'est plus praticable. Elle est envahie de végétation. Le soleil est descendu pour laisser place à la nuit. C'était un soleil orangé. Les rayons ont traversé l''arche et ils nous aveuglaient. Les papillons, le pollen, les feuilles mortes semblaient danser doucement dans les airs. Dans la nature subsiste une féerie qui semble irréelle aux hommes modernes que nous sommes devenus. Puis la nuit est tombée. Un cil de lune souriait. Les fougères aquatiques étaient phosphorées.

 

On a continué notre chemin. Nous étions en haut des remparts. Nous sommes descendus. Au bord du quai, il y a un petit restaurant intime, avec une terrasse en bois, éclairé par des lampions. Nous nous sommes installés à l'une de ses tables rondes élégantes en fer forgé. Les lumières se reflétaient sur l'eau noire, emportées dans le sens du courant, longilignes, comme si elles allaient s’effilocher. Je repensais à ses fougères filiformes, un peu aquatiques et à ce son d'eau, de fontaine qu'on ne distinguait pas...Sans doute de l'eau souterraine. Nous avons mangé des spaghettis au basilic et aux cèpes. Nous avons bu de la clairette de die. L’assiette de fromages était accompagnée d'une délicieuse salade verte au vinaigre balsamique.

-J'ai toujours aimé ta voix angélique et tu as fait beaucoup de progrès. J'aimerai te faire participer à mon opéra, Les 72 noms de Dieu, ce sont les noms des 72 archanges et je vais te prêter un livre qui contient ce savoir kabbalistique. Il faut que tu le lises.

-Cela serait merveilleux mais je suis débutante en chant lyrique et je ne sais pas lire la musique.

-Je n'utilise pas du tout les partitions «classiques». Tu n'en auras pas besoin avec moi...

-Qu'a tu pensé de mon chant?

-J'ai eu des frissons. Tes aiguës sont irréelles et tu descends bien dans les graves aussi. Le vibrato est beau et naturel. Tu as une voix pure.

 

Lucien a suivi Silène dans un passage secret, un quai sous la terre. Les chauves souris se sont envolées surprises par le faisceau lumineux de la lampe de poche de Silène. L'eau était pleine de lentilles. Ils ont emprunté une barque qui a accosté non loin du cabaret.

 

Lucien a mis en scène Silène. Il a allumé les chandeliers et il y a eu beaucoup de brume sur la scène du cabaret. Le chant est un rituel de magie blanche. Une invocation aux archanges. Silène avec sa voix pure est un ange dans la nouvelle pièce qu'il compose. Il a utilisé une sorte de tambour chamanique pour l'accompagner. Un instrument probablement viking. Silène chantait et dansait. C'était une danse rituelle où elle semblait possédée.

Le fantôme de la poétesse s'installa devant l'orgue poussiéreux et joua. Elle s'est mise à chanter,un chœur accompagnant le chant de Silène car sa voix se dédoublait à l'infini. Comme si c'était une chorale de cent choristes. Silène est la soliste dans le rôle de l'ange. Lucien regarda la poétesse toute de blanc vêtue. Elle est fine comme un enfant de huit ans. Elle est semblable à la fille du tableau symboliste (La toile qui cache le passage secret qui mène à la cave). Des bébés anges pinçaient les fils des toiles d’araignées et les fées passaient et faisaient tinter des petites clochettes. Datura le chat noir de Silène galopait après les petites fées car les clochettes l'amusaient.

 

(A suivre...sur le blog) 

 

Le Chant de L'univers 2
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